VIOLENCES ELECTORALES EN RDC : ENTRE CYCLE DES CRISES ET CRISES DES CYCLES (2018-2023)
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Yves BINGA MABANDU
Assistant et Apprenant en DES en Sociologie à l’Université de Kinshasa

Résumé : Cet article analyse la persistance de la violence électorale en République Démocratique du Congo comme un habitus et ce, sous un prisme sociologique. Puisant dans l’histoire du pays caractérisée par un environnement de crises répétées, et comparant les cycles de 2018 et 2023, l’étude démontre que la violence n'est plus un épiphénomène, mais une composante structurelle du champ politique congolais. L'auteur soutient l'hypothèse d'une institutionnalisation de la violence comme une stratégie d’acteur pour la régulation du pouvoir et tente en même temps de donner un autre sens au concept violence électorale. L'article explore comment la méfiance institutionnelle et la renégociation forcée du contrat social transforment le rendez-vous démocratique en un rituel de confrontation sociale qui reproduit la crise.
Mots-clés : RDC, Sociologie politique, Violences électorales, Cycles, Crises.
Abstract
Title/Subject: Electoral Violence in the DRC: Between Cycle of Crises and Crisis of Cycles (2018-2023)
This article analyzes the persistence of electoral violence in the Democratic Republic of the Congo as a habitus, through a sociological lens. Drawing on the country's history, characterized by an environment of repeated crises, and comparing the 2018 and 2023 cycles, the study demonstrates that violence is no longer an epiphenomenon, but a structural component of the Congolese political field. The author supports the hypothesis of the institutionalization of violence as an actor strategy for power regulation, while attempting to redefine the concept of electoral violence. The article explores how institutional mistrust and the forced renegotiation of the social contract transform the democratic process into a ritual of social confrontation that reproduces crisis.
Keywords: DRC, Political sociology, Electoral violence, Cycles, Crises
INTRODUCTION
La préoccupation de la violence et des crises ne date pas d’aujourd’hui dans l’histoire de l’humanité, elle est aussi ancienne que les velléités expansionnistes pharaoniques, tout comme l’hégémonie de l’empire romain d’occident d’autre fois.
De l’antiquité au temps moderne, cette problématique jalonne aussi bien les réalités des sociétés dites civilisées que celles dites moins civilisées au point que toutes les sociétés du monde semblent s’équivaloir en cette matière et la société congolaise n’y est pas épargnée.
Cependant, il y a de ces sociétés là où les violences sont épisodiques, sporadiques, ponctuelles et localisées mais dans d’autres, elles sont généralisées et demeurent structurelles, systémiques et multidimensionnelles et se vivent de façon cyclique au point d’entraver à la paix sociale de tout un peuple.
En République Démocratique du Congo, l'exercice démocratique semble indissociable d'une instabilité chronique qui interroge la nature même des transitions politiques. Si l'on se réfère à la thèse de Yao Assogba (2012, p. 11), les vagues de démocratisation en Afrique amorcées dans les années 1990 sont le fruit d'une "convergence d’un certain nombre de conditions et d’évènements" tant nationaux qu'internationaux. Cependant, le cas congolais révèle une réalité plus complexe : loin d'aboutir à une stabilisation, cette convergence débouche sur une forme de paradoxe structurel. Le pays se trouve ainsi pris au piège entre une crise des cycles, marquée par l'incapacité technique et politique à organiser des scrutins réguliers, apaisés, démocratiques et transparents, et un cycle des crises, où chaque élection devient le catalyseur de nouvelles conflits et violences, nonobstant le fait qu’il soit à son quatrième expérience électorale depuis le premier cycle de 2006. Le processus électoral congolais semble être loin de se stabiliser, marqué par plusieurs irrégularités et non moins les moindres. Dès lors, la violence électorale en RDC ne doit plus être vue comme un simple accident de parcours, mais comme le symptôme d'une démocratisation dont les "conditions de convergence" peinent encore à produire un contrat social pacifié, les acteurs l’utilisant comme stratégie pour se maintenir dans l’arène du pouvoir sans pour autant améliorer la qualité de la gouvernance au profit des citoyens pour lesquels en principe chercheraient-ils le pouvoir.
Cette problématique peut justifier le raisonnement selon lequel les idéologies métropolitaines répandues en Afrique noire ont sous la carte d’autres objectifs illicites et très importants que ceux présentés ouvertement par ceux qui les véhiculent ou qu’il y a un problème d’inadaptation à la culture africaine traditionnelle. Le système électoral en Afrique serait donc piégé et plus particulièrement celui de notre Pays, la RDC, qui, depuis l’euphorie de son accession à l’indépendance formelle vis-à-vis de la Belgique en 1960, présente un lien conflictuel et complexe entre moult processus électoraux déjà réalisés et instabilité générale toujours récurrente dans le pays.
C’est pourquoi, cette étude se préoccupe de savoir, comment et pourquoi la tenue répétitive des élections en RDC contribue-t-elle à la reproduction des violences et crises sociales et institutionnelles ? Comment y remédier ?
C’est à ces deux questions que cette étude tente de répondre dans les lignes qui suivent. Ainsi, subdivisons-nous cet article en trois points à savoir : en premier lieu, nous analysons le cycle des crises, en deuxième lieu, la crise des cycles et en dernier lieu, nous proposerons une voie de rupture.
Objectifs de l’étude
Cette recherche vise une réflexion sur les conditions de stabilité des États africains postcoloniaux, où les élections sont souvent sources de tensions au lieu d’être des vecteurs de changement pacifique et de stabilité institutionnelle. Cette recherche pourrait apporter des éclairages importants en explorant les rapports entre élections, violence et stabilité institutionnelle. Ainsi, elle se propose comme une contribution pertinente à la sociologie politique ou à la sociologie des élections en apportant une analyse critique des crises électorales en RDC non comme des accidents occasionnels mais des stratégies des acteurs politiques pour se repositionner dans l’arène du pouvoir congolais et ainsi, avoir accès aux ressources du pays.
Aspect méthodologique
Pour y arriver, nous avons mobilisés la théorie des champs de Pierre Bourdieu couplée à l’analyse stratégique de Crozier et Friedberg, l’approche qualitative à travers les techniques de l’observation directe, l’analyse documentaire et les entretiens semi-directifs nous ont servis à produire ces données.
1. CYCLE DES CRISES
Nous examinons ce cycle des crises à travers la trajectoire des violences vécues dans notre pays depuis l’époque de la traite négrière jusqu’à ces jours. Nous considérons que ces violences sont et ont toujours été des stratégies mobilisées par les acteurs pour atteindre de buts variés et maintenir des rapports de domination suivant chaque période.
1.1. Trajectoire des Violences en RDC
Qualifiée de « capitale mondiale du viol » (Margot Wallström, cité par FIDH-RDC, 2013, P.11), la République démocratique du Congo est le terrain d’un conflit qui dure depuis plus de 30 ans, marqué par la perpétration massive et systématique de violences sexuelles et de violences basées sur le genre, constitutives de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, après l’exploitation humaine brutale, l'imposition d'un régime d'oppression durant les périodes de la traite négrière, l’esclavagisme et le colonialisme, sachant que le même cycle des violences semble se perpétuer aujourd’hui encore mais sous une autre forme d’exploitation humaine, tout en gardant le même mobile en toile de fond, l’acquisition du capital politique et/ ou économique.
Comme le note E. BONGELI (2022, p. 16), « l’histoire de la RDC est et reste tumultueuse, émaillée des violences les plus extrêmes : d’abord celle de la traite des esclaves, arabo-musulmane à l ’Est, et euro-christianiste à l’Ouest. Ces violences esclavagistes sont suivies de la féroce exploitation léopoldienne sous l’Etat indépendant, systématiquement poursuivie par la Belgique colonisatrice qui, ensuite, procédera à sa décolonisation chaotique ». C’est ce qu’argumente aussi Makhily Gassama (2010, p. 9) quand il souligne que les souffrances subies durant « deux Grands Dérangements », la colonisation après la traite négrière, ont été la forme la plus virulente d’exclusion qu’avaient pratiquée les Européens contre les Africains: d’abord l’exclusion de l’humanité des peuples « sauvages » qu’il fallait humaniser par la violence, ensuite, l’exclusion de toutes les instances de commandement et de jouissance des dividendes économiques de la colonie au seul bénéfice des structures et acteurs allogènes.
Sans se départir des méthodes barbares d’autres fois, l’on a perçoit vite que la visée de « civiliser » qui comporte quelque peu l’aspect humain masque l’objectif « économique » rationalisé dont l’opérationnalisation s’effectue de façon méthodique avec la combinaison efficace de trois composantes, d’une trinité coloniale, comprenant l’Administration coloniale avec son arsenal d’outils de répression comme appareil d’Etat répressif, l’Eglise catholique romaine avec ses méthodes molles, d’amollissement des âmes rebelles, des méthodes douces mais non moins symboliquement brutales comme appareil idéologique d’Etat, et les Entreprises comme instruments d’exploitation des richesses locales (Bongeli, 2022, p. 21).
A en croire l’abondante littérature qui aborde sur la traite négrière, l’esclavagisme et la colonisation, ces sales besognes des vrais sauvages, l’essentiel de ces violences eurent comme but, semble-t-il, de civiliser les noirs qui étaient sauvages et inferieurs aux blancs (Pernille Roge et Marion Leclair, 2012, pp.117-130) alors que l’on sait bien qu’elles visaient plutôt fondamentalement l’exploitation économique à travers le travail forcé pour générer des profits bon marché en faveur de leurs pays.
L’imposition ou l’importation des démocraties occidentales mieux à l’occidental avec tout ce qu’il va avec (KASSESE J.D., 2024, pp 9-11) ou le modèle démocratique belge qu’on tente d’imposer sans préparation à notre pays ne réussit guère et l’entraina dans des crises politiques non intégratives. L’absence criante de culture politique des nouveaux dirigeants entretient jusqu’à ce jour un sous-développement politique que l’imposition de la démocratie à l’occidentale a davantage rendu complexe (Bongeli, 2022, p.), ayant en son gibet, les élections, perçues comme mécanisme pacifique et démocratique de légitimation du pouvoir, ayant entre autres pour but, rompre avec ce cycle infernal de violence et barbarie ainsi que des crises multiformes orchestrées également par les pouvoirs autoritaires au sommet des Etats Africains post-indépendantistes dont la grande victime demeure la population. Mais l’on observe en pratique qu’elles les ont malheureusement perpétuées avec l’imposition à la tête de plusieurs Etats, des leaders qui devraient servir à la gloire des intérêts de leurs maitres, la métropole (L’on se souviendra du rapport vassal-seigneur dans le système féodal). La politique en RDC est donc restée au service du capitalisme mondial et des politiciens locaux, ceux-ci agissant plus en gardiens locaux des intérêts financiers et géopolitiques étrangers que comme intégrateurs des congolais au sein d’un Etat-Nation en processus de construction et de consolidation (Bongeli, 2022, p. 25).
En ce sens, ce sont plus des dirigeants imposés pour le besoin de la cause dont la gouvernance s’illustre par des répressions politiques violentes, la culture de l’impunité, la corruption, la concussion, l’insécurité chronique, l’exclusion, la souffrance durable due à l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat ou son inanition. C’est dans cet ordre d’idées que le centre d’études et de recherche de l’enseignement militaire supérieur, CEREMS en sigle, utilise l’expression de « l’imposition de la démocratie par la guerre » (www.irsem.fr. L’imposition de la démocratie par la guerre [en ligne], consulté le 09/9/2025), comme pour expliquer une sorte de violence intentionnellement montée, « stratégie », que les prétendants au pouvoir « acteurs », mobilisent suivant leurs libertés d’action, « objectifs », pour les amener effectivement au pouvoir « but », paradoxalement aux mécanismes dits « démocratiques ». On a ainsi dans le champ politique congolais des dirigeants non issus des urnes, mais fabriqués et imposés suivant certains buts par les positions dominantes. Cette situation peut justifier la grande concentration des conflits (armés et non armés) et des violences jusqu’à des guerres civiles (Vinda J.N. et Luvumbu P.K, 2016, p.9) dans un système d’action concret, intériorisées par les « Agents », exacerbées généralement autour des processus électoraux (https://www.crisisgroup.org. Élections en RD Congo: limiter les risques de violence [en ligne], consulté le 15/1/2026) dans notre pays la RDC pour raison de négocier le pouvoir et avoir libre accès au capital économique (richesses nationales).
C’est le cas notamment des dernières rebellions à l’Est de notre Pays avec les mouvements rebelles du 23 mars, M23 en sigle, resurgit en 2021 ainsi que de l’Alliance Fleuve Congo, AFC en sigle, qui se sont coalisés pour exiger le départ du régime Felix Antoine Tshisekedi, qu'il juge illégitime et incapable de stabiliser le pays, et prôner la refondation de l'État congolais (https://fr.wikipedia.org. Le conflit de AFC-M23 [en ligne], consulté le 15/01/2026) tout en se basant sur les irrégularités majeures entretenues lors des élections générales de 2018 et qui amenèrent aux affaires l’actuel président congolais de suite d’un deal politique que le ministre français des Affaires étrangères avait qualifié « d’une espèce de compromis à l’africaine » (https://www.nouvelobs.com. Jean-Yves Le Drian [en ligne], consulté le 20/01/2026). C’est dire que les élections ravivent des conflits préexistants et qui s'invitent dans le débat politique lorsqu’il y a une crise.
1.2. Tentative définitionnelle de la violence électorale
Nous partons de la compréhension du concept violence tout court pour déboucher aux violences électorales.
La violence est définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant « l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès » (https://www.inspq.qc.ca. La violence [en ligne], consulté le 03/02/2026). Cette définition inclut tous les types et toutes les formes de violence, et ce, sans égard au milieu ou au stade de la vie. De même, elle rend explicites les conséquences de la violence sur la santé physique et mentale de la personne ou du groupe voire de la communauté qui la subit, en y relevant particulièrement « les problèmes de développement » comme une de plus grandes conséquences des violences au niveau d’une communauté.
Par ailleurs, un magazine philosophique exploite le même thème et définit le concept violence partant de son étymologie latine, violentia, lui-même issu de vis (force) : « traiter avec brutalité », « transgresser » et la désigne comme étant la force exercée pour soumettre quelqu’un contre sa volonté. C’est une atteinte portée à la personne humaine (ou à un groupe d’individus) de manière physique ou psychique et qui cause des souffrances traumatisantes (https://www.philomag.com. La violence [en ligne], consulté le 04/03/2026). Pour les victimes de souffrances traumatisantes, le plus grand danger est la chronicisation des troubles stress post-traumatique, entraînant une invalidité sociale et professionnelle durable, ainsi qu'un risque suicidaire accru (https://www.inserm.fr. Les troubles stress post-traumatique [en ligne], consulté le 04/03/2026). Sans une bonne prise en charge, la détresse mène à l'isolement, à la précarisation et à la dégradation de la santé physique, une réelle tragédie de la santé publique dont il faut s’intéresser.
De ce qui précède, nous retenons fondamentalement les aspects ci-dessous quant à la définition de la violence : l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces contre les autres, un groupe ou une communauté, entraînant fortement un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement pour la première définition et la force exercée pour soumettre quelqu’un contre sa volonté, quant à la deuxième définition.
Venons-en aux violences électorales. Le bureau des nations unies pour l’Afrique définit la violence électorale comme « des actes de coercition, d'intimidation ou des atteintes physiques et verbales perpétrés pour influencer ou perturber un processus électoral. Elle s'inscrit dans le cadre de la compétition politique et vise à fausser les résultats, intimider les électeurs ou décrédibiliser le scrutin » (https://unowas.unmissions.org. Comprendre la violence électorale [en ligne], consulté le 15/01/ 2026).
Cela étant, pour nous dans cette étude, nous tentons définir particulièrement les violences électorales de quatre manières univoques quant à leurs finalités, celles d’influencer les scores électoraux: D’abord, la violence électorale est toute manière brutale intentionnelle de faire soumettre sa volonté et son choix d’un challenger à un groupe, à une communauté ou à une large frange de la population, volonté contraire aux aspirations légitimes de liberté, de fraternité, de solidarité, de justice, de paix, d’unité et de vérité.
Ensuite, est violence électorale tout acte, toute parole qui vise à désorienter et à imposer ses propres choix par la force physique ou verbale, les moyens financiers, matériels, intellectuelles et technologiques à d’autres, et dont les conséquences se révèleront fatales pour le développement de la communauté ou du pays.
C’est aussi, tout alignement d’une candidature ne répondant pas aux critères consentis par les parties prenantes à la compétition y compris la publication des résultats non conformes à la vérité des urnes manifestant explicitement le sabotage de la volonté du peuple pour laquelle les coûts d’un grand investissement ont été engagés par le trésor public(Cette troisième définition ne concerne uniquement que l’organe chargé d’organiser les élections et la haute cour sensée publier les résultats finaux, la CENI et la Cour Constitutionnelle pour le cas de la RDC dans cette étude). En collaboration avec le consortium Congo n'est pas à vendre (CNPAV), l'Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence (Ebuteli) avait révélé, le mardi 22 avril 2025, à Kinshasa, que les dépenses électorales ont été « remarquables » aux dernières élections par rapport aux autres scrutins, passant d’environ 540 millions en 2006 à 1,096 milliards de dollars américains en 2023. En dollars américains, les dépenses publiques y afférentes ont atteint environ 540 millions en 2006, puis 700 millions en 2011. Le seuil d’un milliard est enregistré pour la première fois lors des élections de 2018. La montée en flèche des dépenses électorales a été encore remarquable au cours du dernier cycle électoral de 2023, avec un budget de 1,096 milliard de dollars américains, soit une augmentation de 25,1 % par rapport à 2018 » (https://7sur7.cd. Les dépenses des élections en 2023 [en ligne], consulté le 04 mars 2026).
En fin, par violence électorale, nous comprenons tout conflit ouvert et toute violence d’où qu’elle vienne mais qui se manifeste pendant les processus électoraux en amont, au cours, et en aval des élections , avec finalité d’influencer les résultats des scrutins et exacerber les fractures sociales, les crises institutionnelles et structurelles. Car, il faut se le rappeler, les violences électorales transforment une tension politique passagère en un facteur de blocage durable.
Ainsi, toute intervention brutale, verbale, symbolique ou physique, durant les processus électoraux visant intentionnellement d’exclure les aspirations les plus profondes du peuple manifestées par un vote sur un choix d’un programme, un acteur, un leader ou un groupe de leaders pour présider à la destinée d’un Etat ou de n’importe quelle entité publique provoque des crises, empêche la requalification des conditions de vie des populations par le manque d’adhésion de ces derniers aux politiques publiques des dirigeants imposés (Vinda J.N. et Luvumbu P.K, 2016, p.7), engendre les instabilités institutionnelles, engage les dépenses onéreuses pour entretenir dans la durée le mécanisme de la fraude électorale, par la corruption, le clientélisme, la concussion, le déploiement des agents de l’ordre instrumentalisés et/ou l’organisation des milices, jetant en pâture les faibles acquis des législatures antérieures.
Dans un tel contexte, il est impensable que les positions dominantes puissent s'attaquer aux vrais problèmes structurels et aux causes profondes (pauvreté, corruption, chômage, défaillance de l'État) sur lesquelles les tensions électorales ou politiques s’assoient généralement car elles doivent maintenir le pays dans des spirales des crises et dans un état de "gestion d'urgence" permanent, ce qui leur permettrait de se reproduire, d’accroitre leur capital économique, social voir même symbolique et de durer dans le système.
Toutefois, il convient de préciser que les élections ne sont pas la seule cause de violence pré-ou post-électorale. Souvent, les élections apparaissent comme l’unique exutoire pour le peuple d’exprimer d’autres griefs de nature politique ou sociale, au sujet du partage des ressources, de la justice sociale, de la marginalisation, des rivalités ethniques, de l’intimidation ou d’autres malaises perçus ou réels (Groupe des Sages de l’Union africaine, 2012, p.13). Mais elles en demeurent néanmoins un facteur non négligeable étant donné que ce sont elles qui donnent, dans les pays à système démocratique, les animateurs des institutions publiques, de sorte que, si elles ne se déroulent dans les conditions de paix, de liberté, de transparence et d’inclusivité, elles font manquer l’alternance démocratique et ouvre alors la voie à une dictature (Vinda J.N. et Luvumbu P.K, 2016, p.7) ou à des contestations de légitimité des Institutions et de leurs animateurs. Ce qui engendrerait un cercle vicieux des crises chroniques sur la situation générale du pays, cercle que les constituants du 18 Février 2006 ont voulu définitivement briser, à en croire l’exposé des motifs de la Constitution de la RDC (Journal Officiel, 2006, p.81), pour donner au pays toutes les chances de se reconstruire, sur base des choix souverains du peuple congolais de ses dirigeants, au terme des élections libres, pluralistes, démocratiques, transparentes et crédibles.
2. CRISE DES CYCLES ELECTORAUX
Il s'agit d’analyser dans ce point l'incapacité technique et politique de la RDC à organiser de bonnes élections et ce, de manière régulière. Nous parlons simplement de bonnes élections pour aussi renoncer à «l’inflation d’épithètes accolés aux élections : libres, transparentes, crédibles, apaisées, démocratiques, pluralistes, inclusives,…» car pour nous aussi, comme le notent J. N. Nvinda et P. K. Luvumbu ( 2016, p. 15), cet usage traduit une crise de confiance mutuelle des acteurs politiques et en l’acteur politique congolais, une crise des valeurs sociétales et de responsabilité politiques citoyenne que d’aucuns qualifient de manque de culture politique ou d’inconscience politique des congolais de la République Démocratique du Congo qui, faute de vrai courage d’action politique citoyenne, croient s’assurer, par la magie des mots, la réalisation de ce que personne n’a, en définitive, la volonté de faire et d’assumer.
Pour ce faire, nous mettons en exergue cinq (5) organes à savoir, le gouvernement, le parlement, la Commission Electorale Indépendante, la CENI en sigle, la cour constitutionnelle et les partis politiques, comme des acteurs ou agents clés sensés juguler la crise électorale dans le contexte de notre pays.
Cependant, nous nous penchons plus particulièrement sur la CENI à cause du fait qu’elle joue un rôle central parmi tous les autres à l’effectivité et à la réussite de toutes les opérations de vote dans notre pays, dès l’entame du processus, partant de la cartographie des sites, passant par la période d’identification des électeurs, dit enrôlement, poursuivant par l’ouverture des bureaux de réception et de traitement des candidatures, la phase des scrutins eux-mêmes, s’en suivent les vagues des contentieux électoraux, jusqu’à la publication définitive des résultats des autorités établies ou imposées sans légitimité réelle. Même si les autres organes entrent en jeu de temps à temps pour y jouer chacun sa partition, ils ne sont pas moins importants. Ceci revient à dire que c’est la volonté et la décision de chacun de ces organes de bien ou mal agir, à la lumière des lois de la République en vigueur en la matière, qui peut ou non, déterminer la nature d’un cycle électoral s’il va dégénérer en actes de violences verbales, symboliques et physiques ou en période de paix naturellement. C’est quand ils choisissent de bien agir que l’on parlera des bonnes élections, le contraire étant connu.
Parler de bonnes élections renvoie donc à la fois à l’ensemble des caractères fondamentaux qui définissent une « élection », au rôle et à l’utilité sociale et enfin, au but que doit atteindre une élection (Vinda J.N. et Luvumbu P.K, 2016, p. 16). Du latin electio, de eligere qui signifie choisir, l’élection est un choix qu’on exprime par l’intermédiaire d’un vote qui est un acte de volonté (votum = vœu). Et comme d’aucuns l’ignorent, tout choix implique une liberté, autrement dit, il n’y a pas de choix sans liberté et la liberté est un élément essentiel dans la démocratie et elle peut s’apprécier à 3 niveaux à savoir : matériel (c’est-à dire que l’individu a matériellement la capacité de choisir selon son vœu, lorsque par exemple, avec le poids de l’âge, un électeur a perdu l’acuité visuelle et qu’il doive voter dans un local à peine éclairé et cocher dans un bulletin parmi des visages de très petite dimension, il y a lieu de considérer qu’on abuse de sa liberté); intellectuel (c’est-à dire que l’électeur doit être intellectuellement en mesure d’exprimer son choix. On n’est pas libre lorsqu’on ne peut pas appréhender la symbolique mise en œuvre pour traduire son choix, lorsqu’on ne comprend même pas les enjeux du choix à opérer) ; et moral (c’est-à dire que l’électeur ne doit souffrir d’aucune contrainte. Lorsqu’à tort ou à raison un électeur se sent sous la menace de représailles policières s’il ne choisit pas dans un certain sens, il y a là un déficit de liberté qui porte atteinte à la nature même de l’élection.
C’est cette liberté que la CENI doit garantir aux citoyens qui se préparent aux scrutins et que le gouvernement doit promouvoir tout au long du processus électoral sans laquelle, il y aura méfiance et crise de confiance et toute la suite est serait vouée à l’échec.
2.1. La centralité de la CENI dans le processus électoral Congolais
La CENI (https://www.leganet.cd. Loi organique n° 10/013 du 28 juillet 2010 portant organisation et fonctionnement de la Commission Électorale Nationale Indépendante telle que modifiée et complétée par la Loi organique n° 13/012 du 19 avril 2013 et la Loi organique n° 21/012 du 03 juillet 2021 [en ligne], consulté le 03/04/2026) est une institution d’appui à la démocratie. Elle est un organisme de droit public, permanent et neutre, doté de la personnalité juridique et est chargée de l’organisation de tout processus électoral et référendaire. Elle en assure la régularité.
Sa mission et ses attributions reprises dans la Loi Organique précitée, précisément à l’article 9 ci-dessous, en détermine le poids : « La CENI a pour mission d’organiser, en toute indépendance, neutralité et impartialité des scrutins libres, démocratiques et transparents. A cet effet, elle exerce les attributions ci-après: organiser et gérer les opérations pré-électorales, électorales et référendaires notamment l’identification et l’enrôlement des électeurs, l’établissement et la publication des listes électorales, le vote, le dépouillement, la centralisation et l’annonce des résultats provisoires; transmettre les résultats provisoires à la juridiction compétente pour proclamation des résultats définitifs; passer des marchés afférents aux opérations pré-électorales, électorales et référendaires conformément à la législation en vigueur; contribuer à l’élaboration du cadre juridique relatif au processus électoral et référendaire; élaborer les prévisions budgétaires et le calendrier relatifs à l’organisation des processus électoraux et référendaires; vulgariser en français et en langues nationales les lois relatives au processus électoral et référendaire; coordonner la campagne d’éducation civique de la population en matière électorale, notamment par la réalisation d’un programme d’information et de sensibilisation des électeurs en français et en langues nationales; assurer la formation des responsables nationaux, provinciaux et locaux chargés de la préparation et de l’organisation des scrutins électoraux et référendaires; élaborer et vulgariser un code de bonne conduite et des règles de déontologie électorale; découper les circonscriptions électorales au prorata des données démographiques actualisées; déterminer et publier le nombre et les localisations des bureaux de vote et de dépouillement ainsi que ceux des centres locaux de compilation des résultats par circonscription électorale; veiller à la régularité des campagnes électorales et référendaires; examiner et publier les listes des candidats; accréditer les témoins, les observateurs nationaux et internationaux ».
Au regard de sa mission et de ses attributions telles que définies par la loi et décrites ci-haut, nous insistons ici sur la manière « bonne » qu’il faut organiser les scrutins : « en toute indépendance, neutralité et impartialité… ». Et nous y voyons là les germes de crises, de conflictualités sociales, politiques et des violences, dès lors que la CENI ne remplit pas bien sa mission ! Ce qui entrainerait au pays des lourds tributs qu’on pouvait éviter avec un peu de responsabilité. D’ailleurs, c’est dans le même ordre d’idées que s’interrogent Erik Kennes et Nina Wilén dans EGMONT POLICY BRIEF 329 du janvier 2024 quand ils se demandent « A quoi servent les élections en RDC ? ». Ils posent que « Depuis 2006, la qualité des élections en RDC, mesurée par le degré de conformité de ses opérations au cadre juridique, s’est constamment détériorée. En 2018, le processus électoral s’est déroulé correctement, même avec un « glissement » substantiel et dans un climat de grande méfiance. Cependant, on n’a au final tout simplement pas tenu compte des vrais résultats. En 2023 on est allé plus loin : les élections de 2023 ont vu des déviations parfois spectaculaires par rapport aux règles auxquels le pays a pourtant adhéré, et de nombreuses indications existent qu’on a commis des fraudes importantes sur le vote même. Cette évolution pose des questions plus fondamentales : à quoi servent finalement les élections en RDC? Faut-il œuvrer pour une correcte application de la loi ou faut-il conclure que le système électoral est inadapté aux réalités politiques, économiques, administratives et même sociologiques du pays ?»(file:///C:/Users/USER/Desktop/ErikKennes_NinaWilen_Policy_Brief_329.pdf. [en ligne], consulté le 06/04/2026)
En effet, la CENI porte la plus grande responsabilité quant à l’échec du processus électoral congolais. Elle doit, pour crédibiliser le processus électoral, mettre en confiance toutes les parties prenantes au processus de vote en garantissant la transparence, l’inclusivité et la volonté réelle d’indépendance vis-à-vis de tous les acteurs et ce, dans toutes les opérations, de l’identification à la publication provisoire des résultats, conformément à la loi qui la régit. Sinon, elle devient alors un objet de suspicion et fausse la route de la démocratie, de la paix sociale et du développement du pays.
C’est généralement ce manque, et non de déficit, d’indépendance, de neutralité et de transparence que l’Opposition politique, la plupart des Organes de la société civile et des Missions d’observation tant nationales qu’internationales conteste le plus à la CENI depuis 2006 à nos jours, la taxant de partisane au pouvoir en place et doutant de sa transparence.
Pour le cas particulier des élections générales de 2023, des millions de Congolais avaient voté mercredi 20 décembre 2023 et d'autres continuaient de voter le jeudi voir même le vendredi, dans le cadre des élections générales dont les enjeux étaient considérables et le vote pour les élections présidentielle, législatives, provinciales et locales avait connu des perturbations et des dysfonctionnements décriés par l'opposition et les observateurs électoraux, et reconnus par la commission électorale (Lando D., https://www.bbc.com. BBC Afrique [en ligne], consulté le 10 avril 2026), mais sans que lesdites élections ne soient annulées ni partiellement ni totalement. Ces irrégularités observées profitent toujours au pouvoir en place et les résultats des urnes la confirment.
L’on se souviendra des demandes incessantes de l’opposition de procéder à l’audit indépendant du fichier électoral, de la cartographie électorale décriée et même des machines à voter trouvées auprès de certains candidats proches du pouvoir dont s’en était même saisi le parquet général de la République pour exiger à la CENI l’invalidation pure et simple de certains de ses candidats là. Même là encore, la CENI n’a pas montré son indépendance, elle a été très sélective pour des raisons qu’elle même connait, les uns ont été un peu sanctionnés mais pas les autres. C’est d’ailleurs pour prévenir et régler ces genres des fraudes, d’injustices et des violences et espérer sauver les processus électoraux congolais, que nous proposons que soient élevées au rang des crimes contre l’Etat Congolais et de haute trahison à la République toute fraude et toute violence électorale. Ceci pour contraindre par la rigueur de la loi tout contrevenant, à quelque niveau que ce soit, voulant s’aventurier à saper la volonté du souverain primaire par l’une ou l’autre voie, et ainsi gérer et prévenir ces grands maux qui empêchent l’Etat congolais à agir sur des questions majeures et existentielles de son peuple et résoudre les conflits électoraux.
Un autre fait est les retards dans les réformes électorales orchestrés par le parlement et le gouvernement ainsi que la politisation de la CENI et de la Cour Constitutionnelle. Le temps constitutionnel est mis en rude épreuve devant le temps politique mieux la volonté politique. C’est cette politisation, couplée à la volonté politique qui a retardé de deux ans les élections prévues à 2016 causant une instabilité chronique à la fin du mandat de l’ancien locataire du palais de la Nation Congolaise. Cette situation de glissement cautionné par la Cour Constitutionnelle a péché contre le principe de régularité, ramenant à sept (7) ans le cycle électoral voulu à cinq (5) ans selon la Constitution encore en vigueur dans notre pays.
Pourtant la constitution de notre pays dans son article 149, alinéa 1 consacre l’indépendance du pouvoir judicaire, du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. Elle en garantit même la séparation nette, théorie chère à Montesquieu. Cependant, ce principe de séparation des pouvoirs demeure un mythe pour notre pays car dans la pratique, le pouvoir exécutif auquel est attachée la présidence de la République a toujours de l’ascendance sur les autres pouvoirs. Pour s’en convaincre sur la question électorale dans les aspects par exemple de la régularité (respect du temps constitutionnel), des financements du processus électoral, de la sécurisation du processus, du choix du système électoral, de l’inclusion de toutes les zones du territoire national, de la publication des vrais résultats, etc, tout ceci est généralement question de « la volonté politique ». C’est ce que veut le pouvoir exécutif mieux la présidence de la République en sa qualité de garant de bon fonctionnement des Institutions qui prime sur tous les autres pouvoirs alors qu’ils sont sensés œuvrer chacun, en toute liberté et indépendance, en ce compris la CENI.
De leur côté, les partis politiques ayant abdiqué à leur rôle d’éducation civique, alignent des candidats sans idéologie ni vision claire, et les militants de ces partis non moralisés à la vie publique, se font facilement manipuler par des leaders véreux en mal de positionnement pour semer des troubles en cas de contestations électorales, instrumentalisation de l’identité, discours ethnique pour exclure l’adversaire politique. Beaucoup de ligues des jeunes sont des bras armés, mieux des milices de leurs partis de sorte que lorsque l’adhésion sociale, la propagande, la légitimité ne permettent plus à un leader à assurer sa domination, celui-ci bascule vers la violence pour forcer la reconnaissance de son autorité en se servant bien sûr des militants de son parti politique. Les congolais ayant évolué dans un environnement de crises en répétition (chômage, pauvreté, exclusion aux richesses nationales, précarité sociale…), ont incorporé la violence qu’elle soit verbale, symbolique ou physique comme une stratégie légitime pour imposer leur entrée dans le champ politique.
Dans pareil contexte, ils se commettent beaucoup d’infractions et de fraudes, et l’arbitre des contentieux électoraux demeure défaillant, il y a faillite du droit et les candidats des partis politiques comme des indépendants recourent plus à la rue mieux à la violence pour contester les résultats en lieu et place de la CENI ou de la Cour Constitutionnelle par manque de confiance et de crédibilité.
Le parlement, en République Démocratique du Congo est bicaméral c’est-à-dire constitué de deux chambres, de l'Assemblée nationale et du Sénat. Il est le garant du cadre légal qui régit les élections y compris des prérogatives législatives, de contrôle et d'approbation (Constitution de la RD Congo du 18 février 2006, telle que modifiée à ce jour) :
· Adoption des lois électorales : Le Parlement élabore, modifie et vote les lois qui régissent l'ensemble du processus électoral, notamment la loi électorale, la loi portant organisation et fonctionnement de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), et la loi sur la répartition des sièges.
· Répartition des sièges : Le Parlement examine et adopte la loi relative à la répartition des sièges par circonscription électorale, essentielle pour la tenue des élections législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales (Talatala).
· Validation des membres de la CENI : L'Assemblée nationale valide la composition de la CENI, assurant la légitimité de l'organe technique en charge de l'organisation des scrutins.
· Suivi et redevabilité : Le Parlement reçoit le rapport annuel de la CENI, permettant d'évaluer la transparence et la bonne gouvernance du processus électoral (LEGANET)
· Contrôle de l'exécutif : Le Parlement contrôle le Gouvernement, responsable de la sécurisation et du financement des élections.
· Missions d'enquête : Les parlementaires peuvent mettre en place des commissions d'enquête pour auditer le processus électoral ou enquêter sur des irrégularités, assurant la conformité des opérations au cadre légal.
· Le Parlement est compétent pour initier ou approuver une révision constitutionnelle, ce qui peut affecter les règles électorales, y compris la procédure de révision qui peut nécessiter l'approbation du Parlement réuni en congrès.
3. VOIE DE SORTIE
Comme nous l’avions déjà souligné ci-dessus, les élections constituent la caractéristique principale de la démocratie représentative, elles permettent au peuple de régulièrement choisir leurs dirigeants et leurs programmes politiques mais n’en sont pas moins des processus compétitifs pouvant provoquer des conflits qui, s’ils ne sont pas gérés de manière constructive, peuvent potentiellement déstabiliser les États et les sociétés. Avec l’avènement de la nouvelle vague de démocratisation en Afrique au début des années 1990, les élections sont devenues un élément central de la participation populaire au processus de gouvernance démocratique. En même temps, les élections ont engendré des conflits et de la violence et ont mis à mal des alliances ethniques et régionales, allant même parfois jusqu’à menacer l’ordre social, le développement économique et les efforts visant à consolider l’intégration régionale, (Groupe des Sages de l’union africaine, 2012, p. 1).
Nous inspirant des réflexions produites par le Groupe des Sages de l’UA, déterminés à travailler à briser les cycles de violences électorales et de crises de légitimité très persistantes, mus par la volonté de contribuer à la pacification des processus électoraux avenirs, conscients de l’augmentation des conflits liés aux élections, et partant de grands défis nés de l’expérience des résultats des scrutins passés, nous suggérons pour y remédier dans le cas de la République Démocratique du Congo, suggestions qui peuvent se transposer même ailleurs, dans d’autres pays à réalités culturelles semblables, ce qui suit:
1° Le renforcement ou la mise en place judicieuse d’institutions fortes pouvant garantir l’équilibre entre la compétition et l’ordre, la participation et la stabilité, la contestation et le consensus, garantissant que les élections contribuent à la paix, à une gouvernance démocratique viable et au développement ;
2° Elever, sur toute l’étendue du territoire national et à l’étranger, au rang des crimes contre l’Etat Congolais et de haute trahison à la République Démocratique du Congo, toute violence et toutes fraudes électorales. Ceci pour contraindre tout citoyen congolais même vivant en diaspora, voulant s’aventurier à saper la volonté du souverain primaire par l’une ou l’autre voie, de ne plus oser, et ainsi gérer et résoudre ces grands maux qui empêchent l’Etat congolais à agir sur des questions majeures et existentielles de son peuple, et prévenir efficacement les fraudes et violences électorales ;
3° Initier et mettre en place des cadres de concertation et de dialogue inter-congolais franc et inclusif pouvant inventorier les grands défis du pays à l’avantage des compétiteurs à l’approche de chaque cycle électoral pour se rassurer que les onéreuses dépenses électorales ne soient pas vaines. Ceci appelle à un grand sursaut patriotique, à un sacrifice des intérêts égoïstes sur l’autel du bien commun congolais ;
4° Consolider le processus démocratique congolais en promouvant la culture de redevabilité pour tous, l’éthique de responsabilité et l’adoption de règles fondamentales en lien avec nos us et coutumes congolaises pouvant régir la compétition politique à tous les niveaux.
CONCLUSION
Cette analyse sociologique des violences électorales en RDC a mis en lumière une situation des répétitions des crises de légitimité au sommet de l’Etat Congolais et une institutionnalisation des violences qui s’exacerbent autour des cycles électoraux.
Depuis plus de soixante ans, cette situation fait payer au pays des lourds tributs sociaux supportés par la population, la plus victime de tous les temps. Partant d’un passé très sombre imbibé de vives violences historiques, le leader congolais semble avoir intériorisé la violence comme une stratégie nécessaire de forcer son entrée dans le champ politique, qu’elle soit armée ou non armée, verbale ou physique voire même symbolique, ce qui fait d’elle une composante structurelle des compétitions politiques au Congo-Kinshasa.
L’accès à la domination politique l’est essentiellement pour se constituer un capital économique et renforcer le capital social et symbolique et ainsi chercher à se maintenir dans l’arène du pouvoir en utilisant les moyens de l’Etat, à travers des élections à trompe l’œil.
Entre un "cycle de crises" et la voie de sortie, s’est glissé un point relatif à la crise de cycles où la CENI porte la plus grande responsabilité depuis 2006, responsabilité qu’il partage avec les trois pouvoirs régaliens, l’exécutif, le législatif et le judiciaire, qui tous demeurent complices du fait de la mauvaise volonté politique, de l’anomie et de l’ingérence sur le pouvoir de la CENI.
Le manque de transparence dans les processus de vote, l’incapacité technique et politique, le chaos logistique, les compromis politiques sur la vérité des urnes, l’exclusion aux scrutins de certaines zones du pays en proie à des conflits ethniques et armés, les résultats ne reflétant jamais la réalité et la méfiance des électeurs vis-à-vis des institutions telles que la CENI et la Cour Constitutionnelle, sont autant des défis qui caractérisent fondamentalement les processus électoraux congolais jusqu’alors.
Un sursaut patriotique salutaire est requis en ce compris une éthique de responsabilité et une invitation à la culture de redevabilité pour rompre ces cycles des crises qui bloquent le développement du pays.
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