PERCEPTIONS DE LA PUBLICATION DU CALENDRIER ELECTORAL PAR DES AGENTS ET CADRES DE LA COMMISSION ELECTORALE NATIONALE INDEPENDANTE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO.
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[1] Département de Sociologie, Université de Kinshasa, yvesmboklime@gmail.com
[2] Département de Sciences du Travail, Université de Kinshasa, Orcid Number: https://orcid.org/0000-0003-0058-5347, Scopus Author ID: 56451635800, email: stjoeinaka@gmail.com, saintjose.inaka@unikin.ac.cd

Résumé
La publication du calendrier électoral intervenue en date du 4 avril 2025, par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), en vue de la tenue des élections générales en 2028 en République Démocratique du Congo, a suscité une panoplie de réactions, tant sur le plan national qu’international. En effet, le présent article se concentre sur l’analyse de la perception de ce calendrier par des agents et cadres de cette institution. Cette recherche comble donc une lacune dans la littérature grise qui ne s’est pas encore intéressée au phénomène sous-examen.
Des données démontrant une complexité des perceptions de ce calendrier ont émergé de l’usage des ‘méthodes mixtes ou la triangulation des méthode qualitative et quantitative. Une telle étude innovatrice est cernée par la perspective théorique de nouvel institutionnalisme.
Mots-clés : agents et cadres, –commission électorale nationale indépendante, calendrier électoral, Perception, République Démocratique du Congo, élections.
Abstract
The publication of the electoral calendar on April 4, 2025, by the Independent National Electoral Commission (CENI), for the holding of general elections in 2028 in the Democratic Republic of Congo, has provoked a panoply of reactions, both nationally and internationally. Indeed, this article focuses on the analysis of the perception of this calendar by agents and executives of this institution. This research therefore fills a gap in the scholarly work that has not yet focused on the phenomenon under examination.
Data demonstrating a complexity of perceptions of this calendar have emerged from the use of 'mixed methods or the triangulation of qualitative and quantitative methods'. Such an innovative study is circumscribed by the theoretical perspective of new institutionalism.
Keywords: agents and executives, independent national electoral commission, electoral calendar, Perception, Democratic Republic of Congo, elections.
INTRODUCTION
La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) de la République Démocratique du Congo s’est engagée dans les préparatifs de son quatrième cycle électoral conformément aux exigences d’ordre constitutionnel. A cette fin, la nouvelle équipe dirigeante de cette centrale électorale a rendu public le calendrier des activités électorales relatif au processus électoral 2021-2027 le 26 novembre 2022. Dans le souci d’organiser les élections dans le délai constitutionnel, ce calendrier a été publié malgré les contraintes qui accompagnent le processus électoral.
C’est dans un contexte difficile, marqué par plusieurs obstacles, que cette étude se propose d’analyser les opinions des agents et cadres de la Commission Electorale Nationale Indépendante sur la publication du calendrier électoral. Cette préoccupation nous guidera tout au long de cette réflexion. Celle-ci revêt une importance capitale dans la littérature sur les élections et la politique congolaise, car des études existantes n’ont pas suffisamment pris en compte la perception du calendrier électoral par des acteurs-clés de la CENI. En somme, aucune étude ne s’est posée la question suivante : que pensent les cadres et agents de la CENI du calendrier électoral ?
Pour atteindre notre objectif et répondre à notre question de recherche, la triangulation des méthodes qualitative et quantitative, ainsi que l’usage de plusieurs techniques de collecte de données, nous ont permis de recueillir des informations nécessaires sur le phénomène sous études. En nous appuyant sur les théories de nouvel institutionnalisme, nous soutenons que les acteurs-clés de la CENI ont une perception complexe du calendrier électoral. Autrement dit, ils ont à la fois une perception positive, négative et/ou nuancée de ce calendrier.
Outre cette introduction et la conclusion, cet article comporte trois sections. La première section présente le cadre méthodologique, conceptuel et théorique de cette étude. La deuxième section se focalise sur la revue de la littérature et justifie la raison d’être de l’étude. La dernière section présente, interprète et analyse les résultats obtenus.
1. Cadre méthodologique, conceptuel et théorique
Il n’est pas nécessaire de rappeler que cette section commence par expliquer les assises méthodologiques de cette recherche. L’importance et la justification du recours a la triangulation des méthodes quantitative et qualitative sont mis en exergue. Ensuite, un effort est fourni pour définir le concept du calendrier électoral et présenter la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI). Finalement, nous démontrons comment les théories de nouvel institutionnalisme sont des outils adéquats pour expliquer le phénomène sous-étude.
1.1 Triangulation pour collecter des données sur le calendrier de la CENI
Pour mener la présente recherche, une combinaison des méthodes quantitative et qualitative a été utilisée afin de nous permettre d’atteindre nos objectifs et de répondre aux questions de cette étude. La principale raison de l’adoption de cette triangulation repose sur trois volets. Premièrement, l’usage de la méthode qualitative s’explique par l’orientation wébérienne de cette étude, qui cherche à cerner les significations que des cadres et agents de la CENI attribuent à leurs actions, notamment aux réalisations et projets de leur institution, tels que la mise en place du calendrier électoral.
Deuxièmement, un aspect de notre objectif de recherche, en particulier les opinions des enquêtés, nécessite l’usage de la méthode quantitative afin de mieux capter des données chiffrées sur les différentes appréciations de la publication du calendrier électoral par des cadres et agents de la CENI. De plus, l’usage d’une telle méthode nous a, tant soit peu, aidés à assurer la validité, la crédibilité et l’objectivité des données.
Finalement, ces deux méthodes sont complémentaires dans cette étude, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas mutuellement exclusives. Cependant, les limites de l’une sont compensées par l’autre, et vice versa.
En relation avec cette triangulation, il était crucial de recourir à un ensemble de techniques de collecte de données. En effet, l’observation directe a été utilisée pour percevoir comment ces enquêtes interagissent et/ou agissent dans leurs lieux de travail. Cette phase a été suivie par l’usage de l’échantillonnage aléatoire, qui a permis de sélectionner une unité sociologique de 50 personnes, dont les détails démographiques sont résumés dans les lignes suivantes.
La majorité des personnes interrogées, soit 40 %, ont 40 ans et plus, suivies de celles dont l’âge varie entre 30 et 39 ans, soit 30 %. En termes de genre, nous avons administré le questionnaire à 32 hommes (soit 64 %), contre 18 femmes (soit 36 %). Dans l’ensemble, ces enquêtés étaient mariés (72 %), suivis de 8 personnes en veuvage et 4 divorcées, sans oublier les deux célibataires.
Un fait important concernant notre unité sociologique est que la plupart des sujets interrogés ont plus de 10 ans d’expérience au sein de la CENI. Grâce à leur expérience de terrain, nous avons pu récolter certaines données utiles en lien avec l’objet de notre étude. Alors que nous avons administré le questionnaire aux 50 enquêtés susmentionnés, l’usage d’interviews semi-structurées avec six hauts cadres de la CENI nous a permis d’accéder à des informations approfondies sur leurs différentes opérations au sein de la CENI.
Cette unité sociologique adéquate (les enquêtés) a émergé d’une unité géographique qui n’est autre que la ville de Kinshasa. La raison valable de ce choix s’explique par la présence des acteurs et structures les plus nombreux, qualifiés et importants de la CENI dans la capitale de la RDC.
Par ailleurs, la recherche documentaire, étant inhérente à toute étude, a été la voie qui nous a le plus fourni des données livresques très utilisées dans ce travail. L'essentiel des documents consultés portait sur des thématiques relatives à la CENI, à la politique et aux élections congolaises, ainsi qu'à la théorie sociale. En fin de compte, tous ces documents nous ont permis de disposer des éléments nécessaires pour présenter la CENI, justifier la théorie utilisée dans cette recherche et rédiger une revue de la littérature aux lignes suivantes.
1.2 La CENI et le calendrier électoral
Pour une bonne compréhension de cette sous-section, il convient de rappeler aux lecteurs qu’elle a pour objectif de présenter la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), institution concernée par cette étude, et de clarifier le concept de calendrier électoral, objet principal de notre recherche.
1.2.1 la Commission Electoral Nationale Independent
Il est essentiel de souligner que la charge d’organiser les processus électoraux dans plusieurs pays revient à leurs différents ministères de l’Intérieur. Cependant, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) est l’entité ayant le pouvoir d’organiser ces processus en République Démocratique du Congo (Aundu, 2022).
En effet, la Commission Électorale Nationale Indépendante est une institution d’appui à la démocratie, consacrée par la Constitution de la République Démocratique du Congo de 2006. Elle est régie par la loi n° 12/012 du 19 avril 2013, modifiant et complétant la loi n° 10/013 du 28 juillet 2010, portant organisation et fonctionnement de la CENI. Sa mission est d’organiser, en toute indépendance, neutralité et impartialité, des scrutins libres, démocratiques et transparents (Kabeya Mbuyi, 2025; Kandolo & Tambwe Aksanti, 2024; Mwatshikashi, 2022).
Il convient de noter que cette mission est complexe, car elle implique plusieurs tâches qui sont décrites ci-après. D’après son règlement intérieur (République Démocratique du Congo, 2022), la CENI est reconnue comme la seule institution congolaise qui :
- Organise et gère les opérations pré-électorales, électorales et référendaires, notamment l’identification et l’enrôlement des électeurs, l’établissement et la publication des listes électorales, le vote, le dépouillement, la centralisation et l’annonce des résultats provisoires ;
- Transmet les résultats provisoires à la juridiction compétente pour la proclamation des résultats définitifs ;
- Passe des marchés afférents aux opérations pré-électorales, électorales et référendaires conformément à la législation en vigueur ;
- Contribue à l’élaboration du cadre juridique relatif au processus électoral et référendaire;
- Élaboré les prévisions budgétaires et le calendrier relatif à l’organisation des opérations électorales et référendaires ;
- Vulgarise en français et en langues nationales les lois relatives au processus électoral et référendaire ;
- Coordonne la campagne d’éducation civique de la population en matière électorale, notamment par la réalisation d’un programme d’information et de sensibilisation des électeurs en français et en langues nationales ;
- Assure la formation des responsables nationaux, provinciaux et locaux chargés de la préparation et de l’organisation des scrutins électoraux et référendaires ;
- Élaboré et vulgarise un code de bonne conduite et des règles de déontologie électorale ;
- Découpe les circonscriptions électorales au prorata des données démographiques actualisées ;
- Détermine et publie le nombre et les localisations des bureaux de vote et de dépouillement, ainsi que ceux des centres locaux de compilation des résultats par circonscription électorale ;
- Veille à la régularité des campagnes électorales et référendaires ;
- Examine et publie les listes des candidats ;
- Accrédite les témoins, les journalistes et les observateurs nationaux et internationaux.
1.2.2 calendrier électoral
D’après Kapanga (2024), le calendrier électoral est un outil de direction qui fixe avec précision les dates et les échéances clés pour l’ensemble des opérations électorales, indiquant aux différentes parties prenantes l’ensemble des activités prévues, c’est-à-dire les responsabilités et les interdépendances des tâches.
Le calendrier électoral actuel, dédié au quatrième cycle électoral congolais, a été publié le 4 avril 2025 par la CENI. Ce document nous offre des détails sur les étapes clés du processus électoral de 2028. Selon le contenu de ce document (Radiookapi, 2025b), les grandes étapes de ce processus électoral sont :
- Début de la cartographie électorale : 2025
- Actualisation du fichier électoral : 2026
- Révision des listes électorales : 2027
- Formation des agents électoraux : 2027
- Sensibilisation des électeurs : 2027-2028
- Élections générales : 16 décembre 2028
Quoi qu’il en soit, malgré la clarté et les précisions de ce calendrier, son appréciation suscite déjà des débats sur son essence juridique, sa faisabilité et son réalisme. En effet, selon le Président de la CENI, Monsieur Denis Kadima, ce calendrier permettra à la CENI d’organiser efficacement, ponctuellement et rationnellement toutes les étapes du processus électoral. Cela aidera la CENI à éviter de subir les contraintes de devoir faire du sprint ou du marathon en organisant ce processus dans la précipitation, comme ce fut le cas lors des élections précédentes (ACP/JF, 2025).
En prenant Denis Kadima à contrepied, l’Institut Congolais de Recherche Ebuteli déclare que la CENI a publié le calendrier précité sans avoir présenté le rapport général du cycle électoral précédent, comme l’exige la loi organique. En sus de cette violation de la loi, le même institut renchérit en dénonçant l’absence d’informations sur les élections locales non organisées et un chronogramme qui ne tient pas compte de la fin du mandat de l’équipe dirigeante actuelle de la CENI, prévue pour octobre 2027 (Ebuteli, 2025; Radiookapi, 2025a).
Il convient donc ici de rappeler l’importance de cette différence d’appréciation, qui est l’objet de cette étude. Toutefois, il est important de souligner qu’à la différence des études précédentes, la nôtre se distingue en donnant la voix aux acteurs les plus concernés dans l’organisation de ces processus. Nous y reviendrons dans la section suivante avec des analyses approfondies. Pour l’instant, il est crucial de présenter et de justifier, dans la sous-section suivante, les théories de nouvel institutionnalisme utilisées dans cette étude pour expliquer le phénomène que nous étudions.
1.3 Théories de Nouvel institutionnalisme
Comme nous l'avons dit ci-haut, cet article puise sur la perspective théorique de nouvel institutionnalisme pour expliquer le phénomène social sous-étude. D'après le premier postulat de base de cette perspective, l’indépendance ou l’autonomie des institutions est façonnée par une variété des forces sociales (Lecours, 2005; Sorensen, 2017). Autrement dit, puisque des institutions sont interconnectées, interdépendantes et plus particulièrement encastrées dans la société, elles sont régulées et surtout influencées par des facteurs politiques, socioculturels, économiques et historiques tant sur le plan local, national, régional qu’international (Granovetter, 1985; Peck, 1996). Dans l’optique de la structure et de l'agentivité, Giddens (2004) argue que bien que les structures (institutions) façonnent des actions humaines, ces sont des humaines qui les créent, les animent et/ou les influencent. Pour lui, il existe une forte relation dialectique entre des humains et des institutions.
Quant au deuxième postulat de base de cette perspective théorique, March and Olsen (2010) soutiennent que les actions des individus sont faites suivant des règles, des normes et des systèmes de valeurs qui caractérisent et régissent des institutions dans lesquels ils opèrent. Toutefois, les individus sont par essence des calculateurs et motivés par la quête de la maximisation de leurs gains personnels quand ils posent des actes rationnels dans les institutions qu'ils créent, gèrent ou reproduisent (Lecours, 2005; March & Olsen, 2010).
Un autre présupposé de base assez important de cette théorie est la notion de l’institutionnalisme historique. Selon cette notion, les intuitions apparaissent et évoluent à travers le temps ; par conséquent, une compréhension effective, efficiente et holistique d'une institution nécessite sa profonde analyse synchronique et diachronique (Lecours, 2005; March & Olsen, 2010; Sorensen, 2017).
A la lumière de ce qui précède, cette théorie est outil approprié pour nous permettre d'expliquer profondément tous les contours de la présente étude sur la perception d'une ou des réalisation/s institutionnelle/s, notamment Les calendriers électoraux par des animateurs de la CENI. Autrement dit, Il est possible à travers cette théorie de comprendre à quel point la CENI endure et subit des pressions internes ou externes, lesquelles se répercutent bien sûr LES Respects de ses calendriers électoraux.
Par ailleurs, la théorie nous aide également à expliquer comment l’établissement des calendriers électoraux sont fondés sur des principes légaux et/ou légitimes. Cependant, des telles actions n’excluent pas que des intérêts individuels des animateurs de la CENI, en connivence avec leurs alliés/politiciens, soient des réalités latentes et/ou cachées qui influencent les publications et les exécutions des calendriers électoraux. Bien plus, cette théorie, qui insiste sur l’importance de l’histoire, nous aide à avoir une vue panoramique des appréciations de publications des calendriers électoraux.
2. Etat de l’art sur la CENI et son Calendrier Electoral
Etant donné qu’une abondante littérature a été consacrée sur la CENI et les élections en RD Congo, il est hors de la portée de cette étude de fournir un état complet de l’art sur ces phénomènes. Néanmoins, il est impératif de se concentrer sur un corpus de littérature importante et en pleine expansion qui a examiné l’histoire des élections congolaises organisées par la CENI depuis 2006. La majorité de ces recherches ont tendance à mettre en lumière les appréciations négatives des processus électoraux. Toutefois, une autre littérature croissante s’est penchée sur les facteurs qui entravent le bon fonctionnement de la CENI conformément à sa vision légale et son indépendance.
En effet, la littérature sur l’histoire des élections nous offre une vue diachronique, globale et particulièrement critique des quatre cycles électoraux que la RDC a connus depuis 2006. Elle débute par une présentation du contexte de la création de la CENI par la loi No.04/009 du 05 juin 2004, durant la transition post-conflits armées de la RDC, jusqu’à l’organisation des élections de décembre 2023 (Bundjembo, 2023; Heradi, 2024; Ngwala et al., 2025; Pourtier, 2024; Tshamalamala, 2019; Ubegiu, 2024). Il convient de souligner qu’une telle littérature retient notre attention en raison de son constat selon lequel les élections organisées par des Congolais eux-mêmes, de 2011 à 2023, en passant par 2018, ont généralement été calamiteuses que celles orchestrées par la communauté internationale de 2006 (Heradi, 2024; Kennes, 2023; Pourtier, 2024; Ubegiu, 2024).
Cependant, il existe deux perspectives à considérer concernant cet argument. D’une part, il est essentiel de noter qu’une telle perception nous semble assez simpliste, partiale et surtout eurocentrique. En effet, certains auteurs, tels que Villers (2015) et Tshamalamala (2019), semblent se contredire eux-mêmes quand ils évoquent que les élections de 2006 étaient crédibles, libres et transparentes, alors qu’ils reconnaissent que les élections urbaines, municipales et locales n’ont jamais été organisées durant ce premier cycle électoral de 2006.
De plus, il n’est pas rare que des études évoquent les difficultés rencontrées par la communauté internationale pour gérer les conflits post-électoraux de 2006 (Heradi, 2024; Inaka, 2016; Ngwala et al., 2025). L’exemple le plus frappant de tels conflits est celui qui a éclaté en plein centre-ville de Kinshasa entre les deux challengeurs des élections présidentielles, notamment le Vice-Président Jean-Pierre Bemba et le President Joseph Kabila, en raison de la contestation des résultats de ces élections, qui étaient soi-disant crédibles et transparentes (Ngwala et al., 2025).
D’autre part, plusieurs études concordantes démontrent de manière rationnelle que l’organisation des élections par la CENI se désarticulent de plus en plus d’un cycle a un autre. Comme l’expliquent Ngwala et al. (2025), Pourtier (2024) et Groupe d'Étude sur le Congo (2018), l’évolution decrescendo des organisations des élections depuis 2011 est fortement liés au manque de bonne volonté politique de la part des autorités congolaises et à la pauvreté managériale des animateurs de la CENI. Cela dit, ces auteurs semblent à avoir une bonne justification de considéré que les Congolais aient moins bien-organisé les élections à comparer à celles de la communauté internationale.
Dans une tentative d’apaiser ce débat houleux, Tshamalamala (2019) conclut que la Comparaison de cycles électoraux de la RDC n’a pas de fondement, car ces élections-là n’ont pas été organisées dans des contextes homogènes et par des acteurs similaires. Une faiblesse sérieuse de cet argument, cependant, est qu’il n’existe pas un seul axiome scientifique interdisant aux chercheurs à procéder par la comparaison des facteurs et/ou acteurs hétérogènes.
Dans l’ensemble, les études présentées jusqu'à présent fournissent des preuves du manque d’intégrité, de transparence, de liberté et de crédibilité pendant les phases préélectorales, électorales et surtout post-électorales, lesquelles entraient parfois des violences.
En sus de cela, une quantité considérable de littérature a été publiée sur des facteurs relatifs à la contre-performance de la CENI (Bundjembo, 2023; Groupe d'Étude sur le Congo, 2018; Heradi, 2024; Heshima, 2025; Kennes, 2023; Pourtier, 2024; Tshamalamala, 2019). Il a été révélé qu’il existe une relation sans ambiguïté entre la mauvaise gouvernance de la RDC et ses répercussions sur le fonctionnement de la CENI (Heradi, 2024; Kennes, 2023). Par exemple, des problèmes logistiques, tels que le manque de routes, d’électricité, des locaux, les conflits armés, entravent le déroulement ponctuel des processus électoraux (Groupe d'Étude sur le Congo, 2018; Kennes, 2023).
Une question épineuse, largement très soulevée dans plusieurs études, concerne la dépendance financière de la CENI vis-à-vis des bailleurs de fonds et/ou au gouvernement congolais, qui impacte sur ses opérations et son fonctionnement (Bouvier & Omasombo, 2015; Heradi, 2024; Heshima, 2025; Tshamalamala, 2019). L’une des conséquences les plus significatives de cette dépendance financière est le non-respect des chronogrammes du calendrier électoral (Inaka, 2023; Inaka, Nshimbi, & Tshimpaka, 2023). L’exemple le plus emblématique est le glissement de Joseph Kabila de 2016 à 2018. La CENI était dans l’incapacité d’organiser les élections de 2026 selon son calendrier électoral parce que le gouvernement congolais, sous le régime de Joseph Kabila, n’avait pas finance cette institution dans les délais prévus. Cela a constitué une aubaine pour Joseph Kabila de demeurer au pouvoir pendant deux années supplémentaires alors que son second et dernier mandat devrait prendre fin en décembre 2016 (Berwouts & Reyntjens, 2019).
Par ailleurs, de nombreux auteurs soulignent que les climats politiques de crise entre les compétiteurs politiques constituent une réalité très liée aux élections congolaises (Bundjembo, 2023; Englebert & Kalumba, 2020; Inaka, 2016; Ngwala et al., 2025). Ces climats maussades sont souvent attribués aux Choix douteux des animateurs de la CENI et a une forme de gerrymendering[1] a la congolaise.
Les nominations de ces animateurs ont toujours été une source des contestations socio-politiques depuis 2011(Bundjembo, 2023; Heradi, 2024; Heshima, 2025; Pourtier, 2024; Tshamalamala, 2019). Par exemple, en janvier 2011, l’opposition politique, une partie de la société civile ainsi que l’Eglise Catholique avaient contesté la nomination du pasteur Ngoyi Mulunda à la tête de la CENI (Heshima, 2025; Pourtier, 2024; Tshamalamala, 2019). Ce dernier a été catalogué comme ayant des affinités ethniques et politiques très proches du Président Kabila. Une situation presque similaire s’est produite en 2016 après la nomination de Corneille Nangaa (Heshima, 2025; Kennes, 2023; Ngwala et al., 2025; Tshamalamala, 2019). De même, en 2021, Denis Kadima a été fortement accusé par l’opposition d’être un homme à tout faire et un proche parent du Président Tshisekedi (Heshima, 2025; Tshamalamala, 2019).
Bref, Il existe un consensus parmi les chercheurs selon lequel les partis au pouvoir imposent leurs choix des présidents de la CENI parmi leurs loyalistes issus des mouvements religieux. Le Manque d’impartialité des présidents de bureau de la CENI depuis les élections de 2011 jusqu’à présent a été révélé par plusieurs sources concordantes et dignes de foi (Bundjembo, 2023; Heradi, 2024; Heshima, 2025; Kennes, 2023; Pourtier, 2024).
En ce qui concerne le gerrymendering, Plusieurs études sur les interactions entre la classe politique congolaise et la CENI relèvent les cas des préparations des fraudes électorales en amont lors des opérations d’enrôlement des électeurs (Englebert & Kalumba, 2020; Heradi, 2024; Kennes, 2023; Pourtier, 2024). Les résultats de ces opérations permettent à certains acteurs politiques de modifier la cartographie électorale à leur avantage partisan et personnel. Car les déterminations de nombres des potentiels députes dépendent de cette cartographie et de la démographie électorale (Englebert & Kalumba, 2020; Kennes, 2023).
De plus, la littérature met en évidence que les manipulations et les contrôles des processus électoraux par les partis au pouvoir se manifestent par l’élaboration de lois taillées sur mesure. Autrement dit, Joseph Kabila et ses alliés au pouvoir ont mis en place des lois électorales et des stratagèmes politiques garantissant leurs victoires depuis les élections de 2006 jusqu’à celles de 2018 (Inaka, 2023; Kennes, 2023; Ngwala et al., 2025). À ce sujet, Kennes (2023) et Ngwala et al. (2025) souligne qu'en janvier 2011, la constitution a été modifiée en moins d'une semaine pour transformer l'élection présidentielle d'une procédure à deux tours en une procédure à un tour, où un candidat n'avait besoin que d'une majorité relative des voix pour être déclaré vainqueur. Ce système de vote a profité au Président sortant Kabila, et cette modification opportuniste de la constitution a créé un précédent dangereux.
Il en va de même pour son successeur, Félix Tshisekedi, qui a exprimé ses ambitions de modifier la constitution. Il est probable que son agenda caché vise à lui permettre de briguer un autre mandat après la révision de l’actuelle constitution, qui limite les mandats du président de la RDC à un seul mandat, renouvelable une fois (Heshima, 2025; Kennes, 2023).
Comme il a été observé, une quantité considérable d’encre et de salive a été dépensée pour analyser les élections congolaises et la CENI. Bien que ces études aient leurs mérites en matière d’information sur les phénomènes précités, elles ont négligé d’examiner les perceptions des agents et cadres de la CENI concernant le calendrier électoral. Ce dernier aspect est d’une importance cruciale, car il fournit une perspective sur le déroulement futur des élections. Face à ce vide dans la littérature, cette étude se distingue par sa couverture de ce fossé. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que l’étude non seulement accorde la parole aux acteurs principaux de la CENI, organisateurs des élections congolaises, mais elle nous permet également d’obtenir un aperçu général de leurs appréciations sur ce processus.
3. Une appréciation complexe du calendrier électoral
L’usage de la triangulation, sinon de mixed-methods, nous a permis non seulement de collecter des données riches et profondes sur le phénomène sous-étude, mais aussi de répondre à notre question et d’atteindre nos objectifs de recherche. En effet, l’étude a relevé que des appréciations du calendrier électoral par les agents et cadres de la CENI sont à la fois positives, négatives et nuancées.
3.1 Appréciations positives du calendrier électoral
Pour commencer avec des appréciations positives, nos enquêtés ont mentionné un lot des prévisions relatives à ce calendrier, les persuadant à avoir une forte espérance à son égard. Ces enquêtées ont citée, suivant l’ordre d’importance, des prévisions ci-après :
- Le processus électoral respectant le délai constitutionnel ;
- Le couplage a un tour de toutes les élections (présidentielles, législatives, provinciales, urbaines et municipales) ;
- L’élargissement d’espace d’enrôlement des Congolais vivant à l’étranger ;
- L’appréciation satisfaisante du calendrier électoral par des partenaires extérieurs.
Comme d’aucuns pourraient le suggérer, il convient de passer successivement en revu ces prévisions afin de mieux cerner des opinions de nos enquêtés aux lignes suivantes.
3.1.1 Calendrier respectant le délai constitutionnel
Des données provenant de nos interviews indiquent que l’actuel calendrier semble plus réaliste et faisable que ceux du passé, qui ont souvent été publiés hâtivement sous diverses contraintes politiques locales qu’étrangers.
A cet egard, une enquêté nous a relaté un récit historique comparant des publications des calendriers électoraux par la CENI. D’après elle, la publication du calendrier électoral du premier cycle électoral en février 2005 était faite dans la précipitation pour contrer la pression de certains opposants politiques, précisément des leaders de l’UDPS, qui avaient refusé de participer au processus électoral. Parallèlement, la même UDPS et ses alliés faisaient pression pour que le processus de la transition démocratique, post-conflit (souvent désigné comme le 1+4) prenne fin le 30 juin 2005. Ainsi, le processus d’enrôlement des électeurs avant le 30 juin 2005 avait quelque peu atténué la pression précitée.
Bien qu’elle ait reconnu que les élections de 2011 et celles de 2023 furent organisées en respectant les délais constitutionnels, elle a toutefois avoué qu’elles étaient négativement affectées par des organisations hâtives de ces processus. Cependant, l’organisation des élections de 2018 a été la plus problématique, en raison du fameux glissement de Joseph Kabila et ses corollaires (Interview, Cadre de la CENI, Kinshasa, Aout 2025).
Ce récit corrobore un bon nombre d’ouvrages sur l’histoire des cycles électoraux de la DRC. Dans l’ensemble, bien que ces ouvrages n’aient pas mis d’accent aux calendriers électoraux, ils confirment que l’organisation des élections en RD CONGO s’est détériorée progressivement après chaque cycle électoral.
Par ailleurs, soulignons ici que l’existence d’un Calendrier respectant le délai constitutionnel, en vue d’organiser des élections générales en 2028, semble déjà douteuse à cause de la conjoncture politique congolaise marquée par la guerre à l’Est et d’extrêmes tensions politiques en RDC. Ce contexte politique a déjà conduit des acteurs politiques congolais à plusieurs tentatives de processus de paix (à Luanda, à Doha, à Washington, à Lome) et de réconciliations nationales. Généralement, l’expérience nous montre que ces genres de processus prennent du temps. Ainsi, parler d’un calendrier électoral respectant le délai constitutionnel, dans le contexte politique actuel de la RDC, reste un idéal, sinon une sorte de chimère.
3.1.2 Couplage des élections en un seul jour
Les informations obtenues sur le terrain démontrent qu’une large majorité d’enquêtés est satisfaite des prévisions concernant l’organisation des toutes les élections en un seul jour. D’après eux, une telle organisation constituerait une amélioration par rapport aux élections précédentes, en particulier celles de 2023.
Pour mieux comprendre cette appréciation positive des enquêtes, il convient de rappeler qu’en 2006 les élections étaient organisées en deux tours par la CEI, sous la présidence de Monsieur l’Abbé Apollinaire Malu Malu. Cependant, la loi électorale n’avait pas été totalement respectée dans ce processus, car les élections urbaines et municipales n‘avaient jamais été organisées, alors que le calendrier électoral les prévoyait légalement.
Cette situation s’était aggravée avec les élections de 2011, organisées par le Pasteur Ngoy Mulunda. Bien que ces élections étaient à un seul tour, il était très étonnant de constater l’incapacité de la CENI à organiser des élections provinciales, urbaines, municipales et locales. C’est pourquoi des anciens sénateurs, élus en 2007, étaient restés membres de leur institution jusqu’en 2019. Il en va de même pour des élections de 2018 où l’absence de l’organisation des élections provinciales, urbaines, municipales et locales était vécue dans une totale quiétude. Rien ne garantit donc que les élections de 2028 seront une exception.
3.1.3 L’élargissement d’espace d’enrôlement des Congolais vivant à l’étranger
Depuis 2006 jusqu’en 2018, des Congolais vivant dans la diaspora étaient exclus des processus électoraux en raison des contraintes logistiques. Le premier changement eut lieu au processus électoral de 2023, lorsque la CENI s’est évertuée à inclure certains congolais vivant en France, Belgique, Canada, Afrique du Sud et Etats-Unis dans ce processus.
Malgré cette innovation, plusieurs voix s’étaient élevées pour décrier l’injustice concernant les choix des pays susmentionnés, au détriment d’autres pays où l’on trouve egalement une forte présence de la diaspora congolaise. Ainsi, la CENI, avec le calendrier actuel, prévoit élargir le nombre de pays en intégrant davantage congolais de la diaspora. Une telle politique est considerée comme une avancée significative par nos enquêtés.
3.1.4 Appréciation positive des partenaires externes
Certains enquêtés étaient très enthousiastes a l’idee de nous faire savoir que plusieurs partenaires externes, notamment quelques Organisations internationales, missions diplomatiques, des structures des Nations Unies, des Organisations Non Gouvernementales, avaient exprimé leurs satisfactions par rapport au contenu du calendrier électoral. D’après une enquêtée, ces partenaires étaient plus satisfaits par le chronogramme, la formulation des intitules des prévisions et activités, et surtout de l’effort de la CENI d’œuvrer davantage pour une culture d’inclusivité.
De l’analyse de ces appréciations positives par des enquêtés, il ressort que, le calendrier électoral actuel, caractérisé par un chronogramme contenant des prévisions d’actions positives, pourrait conduire le processus électoral prochain à être meilleur que ceux du passé (de 2006, 2011, 2018 et 2018). Néanmoins, il est important de noter que, malgré cet ensemble d’appréciations positives, certains défis, chalenges ou plusieurs limitations pourraient profondément entraver la bonne mise en place de ce calendrier. A propos de cela, la sous-section suivante nous donne un aperçu général des négatives et/ou nuancées des enquêtées.
3.2 Appréciations négatives ou nuancées du calendrier électoral
Concernant les appréciations négatives du calendrier électoral par des acteurs-clés de la CENI, les résultats de notre recherche suggèrent la mise en œuvre de ce calendrier pourraient souffrir des risques d’infaisabilité dus à un faisceau de contraintes politico-sécuritaires, financières, légales et logistiques. Toutes ces contraintes sont résumées au tableau suivant :
Tableau 1 : Les points faibles du calendrier électoral
Points faibles | Effectifs | Pourcentage |
Contraintes politico-sécuritaires | 26 | 52 |
Contraintes financières | 16 | 32 |
Contraintes d’ordre logistique | 8 | 16 |
Total | 50 | 100 |
Conformément aux données ci-dessus, 52% des sujets interrogés estiment que les points faibles du calendrier électoral se résument au niveau des contraintes politico-sécuritaires. Sur le plan politique, ils estiment que le parlement, étant l’organe législatif, doit mettre à la disposition de l’autorité électorale les lois nécessaires pour lui permettre d’accélérer le processus. Quant à la sécurité, l’actuelle guerre de l’EST de la RDC peut affecter ledit calendrier. De même, 32% des enquêtés pensent que les contraintes financières peuvent freiner l’élan déjà amorcé en cas de non et/ou financement tardif. Les 16% autres mettent l’accent sur les difficultés d’ordre logistique. Pour comprendre les données chiffrées ci-dessus, il convient de les analyser profondément sous les rubriques suivantes.
3.2.1 contraintes politico-sécuritaires
Concernant les problèmes d’insécurité et politiques, plus de 80% d’enquêtés ont déclaré que la guerre à l’Est de la DR Congo, opposant l’Etat Congolais aux Rebels du M23, soutenus par le Rwanda, empêcherait couts sur l’implémentation ponctuelle de ce calendrier. A ce sujet, une enquêtée a exprimé son appréhension concernant un probable glissement President Felix Tshisekedi. Elle a déclaré :
« Personnellement, je dis que ma grande crainte est cette guerre interminable de l’Est. Aussi-longtemps que Kagame et ses complices occuperaient notre pays, le président Tshisekedi aura des bonnes excuses pour rester au pouvoir pendant quelques années de plus. Même-si la guerre prenait fin cette année, le président pourrait facilement glisser, en restant plusieurs années au pouvoir, comme l’avait son prédécesseur, Joseph Kabila. Tu vois bien, face à une telle jurisprudence, la CENI ne servira rien de prétexte ».
En relations avec ces problèmes sécuritaires, les contraintes légales sont liées à la dépendance de la CENI à l’élaboration des différentes lois et les implémentations de plusieurs procédures politico-administratives liées aux processus électoraux. En d’autres termes, le fonctionnement et la mise en œuvre des calendriers électoraux sont tributaires des lois électorales émanant du parlement et promulgués par le président. Cependant, l’histoire des élections congolaises depuis 2006 nous renseigne que les acteurs politiques congolais ont souvent retardé les actions législatives. En conséquence, les calendriers et les processus électoraux de la DRC ont toujours subi des retards dans leur exécution. Une telle dépendance financière devient plus dangereuse lors qu’elle est associée aux contraintes financières.
3.2.2 Contraintes financières
Plusieurs informant ont déploré que la CENI rencontre souvent des problèmes de financement tardif, ce qui l’empêchent de mettre en œuvre son calendrier a temps. Par exemple, un informant a déclaré ceci:
« Le plus grand problème de la CENI est sa dépendance financière vis-à-vis du gouvernement congolais. Tel que je connais nos autorités politiques, financer les processus électoraux n’est pas leur préoccupation. C’est pourquoi elles ont souvent finance les processus tardivement. Et cela avait répercuté sur le calendrier de la CENI ».
Cette situation de la dépendance financière de la CENI et ses répercussions sur le respect du calendrier électoral a déjà été décriée par plusieurs auteurs. Comme beaucoup s’en souviendront, le fait le plus flagrant était la procrastination des élections générales, prévues en 2016, qui furent organisées deux années plus tard à cause de financements tardifs. Il est plausible de déduire que le manque de volonté politique et l’envie de prolonger les séjours au pouvoir poussent la classe dirigeante à pourvoir tardivement aux besoins de la CENI.
3.2.3 contraintes logistiques
Concernant les contraintes logistiques, plus de 60% d’informant ont considéré cette réalité comme un puissant obstacle aux processus électoraux. Un enquêté a fourni d’important détails d’informations sur ces contraintes logistiques internes et externes. Selon lui, la CENI a toujours souffert des problèmes logistiques depuis l’organisation du premier cycle électoral de 2006 jusqu’à 2023. Sur le plan interne, les réceptions tardives des matériels du travail (véhicules, kits électoraux, bulletins de vote, etc.), la rareté des locaux conduisent la CENI a reporter ses activités. Les contraintes externes, quant à elles, concernent le manque d’infrastructures (des routes impraticables, l’absence d’électricité, les problèmes de logement) qui pourraient faciliter les opérations de la CENI.
A la lumière de ce qui précède, il convient de s’appuyer sur les théories de nouvel institutionnalisme, pour soutenir que l’intersection de plusieurs forces politiques, socioculturelles et économiques influencent profondément la CENI et la mise en œuvre de ses calendriers électoraux. Certes, le leadership de l’équipe dirigeante de la CENI pourrait jouer un rôle fondamental pour faire respecter le calendrier électoral. Cependant, la pression et la force des pesanteurs politiques, socioculturelles et économiques de la RDC laissent très peu d’espace à ces acteurs de la CENI pour mieux fonctionner. Autrement dit, le manque de volonté politique, la mauvaise gouvernance, le laxisme et surtout la corruption, orchestrés par des leaders politiques congolais, sont des puissantes entraves à l’implémentation ponctuelle des calendriers électoraux par la CENI.
Conclusion
Cette étude a mis en lumière des complexités liées aux appréciations du récent calendrier électoral de la RDC par des agents et cadres de la CENI. Il a été constaté que malgré l’existence d’une panoplie d’études sur les élections et/ou la CENI en RDC, peu d’efforts ont été fournis pour comprendre comment ces acteurs perçoivent ce calendrier électoral. En donnant la voix à ces acteurs principaux de la centrale électorale congolaise, cette étude a contribué à l’avancement des recherches sur les thématiques précitées.
Il a été souligné que les appréciations de ces acteurs concernant le calendrier électoral sont soit positives, soit négatives ou soit encore nuancées.
En se basant sur les théories de nouvel institutionnalisme, l’étude a relevé que la CENI est façonnée par un ensemble de pesanteurs politiques, économiques et socioculturelles. Ces derniers entravent l’implémentation ponctuelle des calendriers électoraux. Étant donné les multiples conséquences de la mauvaise gouvernance, de la mauvaise volonté politique, la corruption et de plusieurs problèmes structurels sur les processus électoraux, notre souhait le plus d’ardent est que tout change en RD Congo.
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[1] Gerremining est un processus de redécoupage électoral auquel se livrent parfois les gouverneurs des États Unis Ameriques. Ils s’organisent à entasser les électeurs des camps adverses dans le plus petit nombre de circonscriptions possible, afin que les autres grandes circonscriptions soient remportés aisément par leurs camps politiques.

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