INSALUBRITE ET INONDATIONS A KINSHASA : POUR QUELLE JUSTICE ENVIRONNEMENTALE ?
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Eder KITAPANDI LUZAU
Département de Sociologie, faculté des sciences sociales, administratives et politiques, Université de Kinshasa, E-mail : ederkitapandi@gmail.com

Résume
L’étude sur l’insalubrité et les inondations à Kinshasa interroge les inégalités environnementales qui traversent la capitale congolaise sous l’angle de la justice environnementale. Elle se singularise par rapports aux précédentes études par son orientation purement anthropo-sociologique en donnant la voix aux acteurs expérimentant les phénomènes précités. Dans un contexte urbain marqué par la précarité des infrastructures, l’urbanisation désordonnée et la faible gouvernance environnementale, ces phénomènes révèlent une répartition inéquitable des risques et des nuisances. L’article démontre que l’exposition aux désordres écologiques est socialement construite. Avec l’usage de la méthode qualitative, basée sur une étude de cas, les résultats obtenus confirment que les inondations et l’insalubrité à Kinshasa ne sont pas de simples catastrophes naturelles, mais bien les produits d’un déséquilibre structurel dans la gestion du territoire et la répartition des ressources environnementales.
Mots clés : Insalubrité, inondation, Kinshasa, justice environnementale, justice écologique.
Abstract
The study on unsanitary conditions and flooding in Kinshasa examines the environmental inequalities that shape the Congolese capital through the lens of environmental justice. It makes difference form previous studies through its pure anthropo-sociological orientation in giving voice to actors experiencing these above-mentioned phenomena. In an urban context marked by precarious infrastructure, disorderly urbanization, and weak environmental governance, these phenomena expose an unequal distribution of risks and nuisances. The article shows that exposure to ecological disruptions is socially constructed. Thanks to the use of qualitative method, based on case study, findings confirm that flooding and unsanitary conditions in Kinshasa are not merely natural disaster, but rather the products of a structural imbalance in territorial management and in the allocation of environmental resources.
Keywords : Unsanitary conditions, flooding, Kinshasa, environmental justice, ecological justice.
INTRODUCTION
Depuis plusieurs décennies, la ville de Kinshasa capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), connait une urbanisation rapide, souvent anarchique, marquée par une forte croissance démographique (Ayimpam, Okito, & Kibul, 2023), une pression foncière soutenue et une gouvernance environnementale déficiente.
Ce contexte a favorisé l’émergence de défis majeurs liés à la gestion des déchets et à la vulnérabilité accrue face aux inondations récurrentes. Ces phénomènes, loin d’être de simples aléas naturels, traduisent une crise structurelle de l’aménagement du territoire et de l’équité dans l’accès aux ressources environnementales.
L’insalubrité chronique qui caractérise nombre de quartiers populaires de Kinshasa est alimentée par l’insuffisance des infrastructures d’assainissement, l’absence d’un système efficace de gestion des déchets solides et une responsabilisation limitée des acteurs publics et privés. A cela s’ajoutent des inondations de plus en plus fréquentes et destructrices, souvent causées par l’obstruction des caniveaux, l’érosion et l’occupation désordonnée des zones à risques (Kazaku, 2024). Les populations les plus pauvres, généralement installées dans des habitats précaires, paient le plus lourd tribut de ces déséquilibres, exposant ainsi le caractère de la crise environnementale urbaine. C’est pourquoi, le rapport du Ministère congolais de l’environnement et du développement durable de 2022 souligne les besoins urgents d’infrastructures adaptées, d’assainissement et de gestion des risques pour protéger des populations urbaines face aux inondations et glissements de terrains (Ministère de l’Environnement et Développement durable, 2022).
Dans cette configuration, la notion de justice environnementale prend tout son sens. Elle interroge la manière dont les ressources, les risques et les responsabilités sont distribués et invite à repenser les politiques publiques à la lumière des principes d’équité, de durabilité et de participation citoyenne.
Cela nous amène à nous poser la question de savoir comment les phénomènes d’insalubrité et d’inondation à Kinshasa participent-ils à la reproduction des inégalités socio-environnementales et dans quelle mesure les réponses institutionnelles actuelles permettent-elles de construire une justice environnementale inclusive et durable dans la ville de Kinshasa ?
L’insalubrité et les inondations à Kinshasa ne sont pas seulement des conséquences d’un déficit technique ou infrastructurel, mais le reflet d’inégalités socio-environnementales structurelles, que les réponses institutionnelles actuelles peinent à corriger faute de politiques intégrées, participatives et équitables.
2. METHODOLOGIE
Cette recherche a été menée dans la ville de Kinshasa, avec un focus sur plusieurs communes à forte vulnérabilité environnementale. Il s’agissait entre autres de Selembao, Matete, Masina, Ngaliema. Elle couvre la période des 10 dernières années (2015-2025), pour intégrer les dynamiques récentes des politiques environnementales et d’urbanisation.
Bien que cette étude émerge d’une enquête sociale, c’est-à-dire d’une activité porteuse des valeurs. Raison pour laquelle, un effort considérable a été fourni pour éviter des jugements de valeurs ou plonger dans des préjugés en préjuges, comme le dit Richard Mambungu Mundele (2022).
Ainsi, les phénomènes d’insalubrité et d’inondations à Kinshasa ne sont pas analysés comme de simples défaillances techniques, mais comme le résultat de rapports de pouvoir, d’exclusion socio-spatiale et d’une gouvernance urbaine inégalitaire. La recherche adopte une approche qualitative. Pour atteindre nos objectifs et confirmer nos hypothèses, nous nous sommes référés pour la production des données aux techniques documentaires, entretiens et observations. Pour produire ces données, nous avons utilisé le guide d’entretien.
Nous avons sélectionné les enquêtés dans le but d’avoir leur point de vue sur le phénomène de l’insalubrité et des inondations dans la ville de Kinshasa. Au total 15 personnes ont été sélectionnées, issues des différentes catégories sociales, chefs des quartiers, membres des ONG évoluant dans le domaine environnemental, habitants des quartiers.
Ce choix se justifie du fait que, ce sont eux qui sont victimes et témoins de cette insalubrité et inondations, et ces données ont été mises au crible. Pour traiter les données qualitatives, nous avons privilégié une approche fondée sur l’observation des régularités linguistiques afin d’extraire des éléments de sens au sein du corpus. Cette méthode, inspirée de l’analyse des occurrences et des associations des mots, a permis de repérer les schémas récurrents qui structurent le discours. L’étude de ces récurrences a conduit à une représentation plus fine des phénomènes d’insalubrité et d’inondations observés sur terrain, rendant possible une cartographie détaillée de leur répartition. L’étude se concentre uniquement sur la décennie écoulée, couvrant la période entre 2015 et 2025.
2.1. Cadre conceptuel
Le concept de justice environnementale souvent désigné sous l’étiquette « Environmental Justice » (EJ), trouve ses racines aux Etats-Unis dans les années 1980, bien que ses prémices soient rattachées à des luttes antérieures. Bien que des formes d’inégalité environnementale aient existé depuis longtemps, le concept est né dans un contexte de répartition inégale des charges environnementales sur les communautés de couleur qui étaient exposées aux décharges, les déchets toxiques et la pollution au début des années 1980 (Charles et al., 2007). La contestation de 1982 dans le Comté de Warren (Caroline du Nord) contre l’implantation d’un site de déchets PCB dans une communauté afro‑américaine constitue un moment clé du mouvement. Le rapport Toxic Wastes and Race in the United States (1987) du United Church of Christ a ensuite démontré que la race était un facteur majeur dans la localisation des sites toxiques (Elloué, 2018).
Progressivement, le concept de justice environnementale est perçu comme la revendication selon laquelle « tous les individus et toutes les communautés ont droit à la protection égale contre les dommages environnementaux et à une participation significative dans les décisions qui les affectent » (Environmental (in) justice, ejolt.org).
De même, Fraser (2009) contribua à formaliser le concept de justice environnementale dans les années 80-90, comme réponse aux discriminations subies par les communautés pauvres et racisées, souvent exposées à des pollutions industrielles et des risques environnementaux. Dans leurs différentes recherches, ils ont préconisé ces trois dimensions :
- Justice distributive : répartition équitable des charges environnementales (déchets, inondations) et des bénéfices (accès à l’eau, espaces verts, infrastructures).
- Justice procédurale : participation équitable des citoyens aux processus de décision environnementale.
- Reconnaissance : prise en compte des identités et besoins spécifiques des groupes marginalisés. Nancy Frazer propose une réflexion critique et ambitieuse sur la justice sociale à l’ère de la globalisation. Elle revisite les grandes catégories traditionnelles de la justice redistributive, reconnaissance participative, mais dans un cadre élargi et transnational (Fraser, 2009).
Par ailleurs, le concept de justice environnementale est aujourd’hui utilisé non seulement pour décrire la question « qui subit la pollution » mais aussi « qui décide des mesures environnementales », qui tire les bénéfices d’un « environnement sain » et « dans quelle mesure les mécanismes de participation sont-ils égaux ».
Eu égard à cela, cette étude aura à trouver une profondeur analytique particulière lorsqu’elle est éclairée par les principes de la justice environnementale. Loin de se réduire à des dysfonctionnements techniques ou climatiques, ces phénomènes traduisent des formes structurelles d’inégalité dans la distribution des risques et dans l’accès aux ressources environnementales.
2.2. Théories de la justice environnementale
Nous avons choisi d’utiliser Les théories de la justice environnementale, issues des travaux de Bullard (2018), Fraser (2009) et Rawls (2017), pour expliquer les phénomènes des inondations et de l’insalubrité à Kinshasa. Elles nous offrent ainsi les possibilités de saisir les rapports de pouvoir, les logiques d’exclusion et les iniquités spatiales qui façonnent la ville.
Le premier fondement mobilisé est celui de l’équité distributive, conceptualisé notamment par Bullard (2018). Il postule que chaque individu ou communauté doit bénéficier d’une répartition équitable des avantages et des charges environnementales. Appliqué au cas kinois, ce principe nous permet de cerner l’inexistence de la répartition équitable des avantages et des charges environnementales dans des quartiers populaires de Kinshasa, souvent installés en zone basses et mal drainées, supportent une part disproportionnée des nuisances : inondations, dépôts d’ordures, stagnation des eaux usées. En revanche, les espaces résidentiels plus aisés, généralement situés sur les hauteurs, bénéficient de meilleures infrastructures et d’une protection accrue. L’analyse met ainsi en lumière le caractère socialement sélectif de la vulnérabilité environnementale.
Le second principe, celui de la reconnaissance souligne que la justice ne se limite pas à la répartition des biens matériels, mais qu’elle implique aussi la reconnaissance symbolique et politique des groupes marginalisées (Fraser, 2009; Schlosberg, 2007). Dans le contexte de Kinshasa, ce principe permet de montrer que les populations vivant dans les zones inondables sont fréquemment invisibilisées par les politiques publiques. Leur parole, leur savoir local et leurs priorités demeurent absents des dispositifs de planification urbaine. Ce déficit de connaissance aggrave leur précarité et entretient un sentiment d’abandon institutionnel.
Le troisième principe, celui de la reconnaissance, affirme que « toute communauté a le droit de prendre part aux décisions qui affectent son environnement immédiat » (Bullard, 2014). Dans la capitale congolaise, la participation citoyenne reste cependant faible, souvent cantonnée à des initiatives ponctuelles ou communautaires sans véritable relais institutionnel. Cela met en évidence que l’absence d’un dialogue structuré entre autorités et populations accentue l’inefficacité des politiques d’assainissement et de prévention des inondations.
Enfin, le principe de responsabilité et de réparation, inspiré des travaux de Rawls (2017), introduit la nécessité d’une action corrective consiste à remédier des inégalités environnementales par des politiques publiques orientées vers la justice. En effet, cela suppose la réhabilitation des infrastructures urbaines, la réorganisation du système de drainage, la collecte effective des déchets et l’accès équitable à des services essentiels. Ces mesures révèlent d’une éthique de la responsabilité collective et d’un devoir de justice envers les populations les plus vulnérables.
L’ensemble de ces postulats joue un rôle décisif dans la compréhension du phénomène étudié. Ils permettent d’élargir l’analyse au-delà des déterminants physiques ou techniques, en introduisant une lecture sociale, politique et morale des désordres environnementaux. En articulant équité, reconnaissance, participation et responsabilité, la justice environnementale offre une grille d’interprétation capable de relier les inégalités urbaines aux structures de gouvernance qui les produisent.
LES MANIFESTATIONS DE INONDATIONS ET L’INSALUBRITE A KINSHASA : SYMPTOMES D’UNE CRISE URBAINE
Kinshasa, mégapole africaine en pleine expansion, est aujourd’hui confrontée à une dégradation alarment de son cadre urbain, conséquence directe d’une urbanisation rapide, mal planifiée et socialement inégalitaire (Pappy, JP, & JP, 2025). La croissance démographique exponentielle, alimentée par l’exode rural et la centralisation des ressources économiques, a entrainé une occupation anarchique de l’espace urbain, souvent en dehors de toute régulation ou contrôle étatique.
Cette croissance désordonnée s’accompagne d’un déficit criant en infrastructures de base. Les systèmes d’assainissement sont largement inexistants ou obsolètes, tandis que la gestion des déchets demeure embryonnaire. Les ordures s’accumulent dans les rues, obstruent les caniveaux, bloquent les canalisations pluviales et transforment les pluies saisonnières en catastrophes annoncées. Le problème réside dans l’évacuation des influents due à la détérioration ou manque d’ouvrages d’assainissement existants, à l’insuffisance face à une rurbanisation non contrôlée, aggravée par une mauvaise gestion des déchets solides, liquides et gazeux (Alexis et al., 2017). Les inondations, devenues cycliques, ne sont plus perçues comme des événements exceptionnels, mais comme symptômes chroniques d’un échec structurel dans la gouvernance urbaine.
Cette dégradation du tissu urbain n’est pas seulement une question d’esthétique ou d’inconfort. Elle menace directement le droit à un environnement sain, à la sécurité physique et à la dignité humaine. A travers cette réalité, Kinshasa donne à voir les effets cumulatifs d’une absence de politiques cohérentes d’aménagement du territoire, doublée d’un manque d’investissement public dans les infrastructures urbaines essentielles. L’insalubrité chronique et les inondations récurrentes traduisent ainsi une crise plus profonde, celle d’une ville où les dynamiques spatiales échappent au contrôle et où l’urbanisme subit au lieu d’anticiper.
L’expansion urbaine de Kinshasa, loin d’être structurée par une logique de planification maitrisée, s’est imposée dans un désordre spatial et institutionnel qui traduit l’anarchie foncière et l’incapacité chronique de l’Etat à réguler l’urbanisation. Capitale politique, économique et démographique de la RDC, Kinshasa accueille aujourd’hui selon les estimations, plus de 20 millions d’habitants, dans une croissance largement informelle et non régulée (Kazaku, 2024). Ce phénomène s’inscrit dans une dynamique de fabrique spontanée de la ville, où les logiques de survie, l’absence de contrôle foncier et la défaillance des institutions prennent le pas sur toute forme d’aménagement concerté (Ayimpam et al., 2023).
Depuis les années 1980, la ville connait une expansion horizontale massive, marquée par la multiplication de quartiers spontanés, souvent installés sur des terrains non viabilisés, à haut risque environnemental, flancs de collines, zones inondables, ravins ou lits de rivières asséchées. Cette urbanisation sauvage est facilitée par l’inefficacité des services publics de l’urbanisme et du cadastre, mais surtout l’incapacité de l’Etat à délivrer les services et à assumer ses responsabilités vis-à-vis de ses citoyens » (Mpiana Tshitenge, 2018, p. 6).
Cette extension anarchique n’est pas sans conséquences. Elle a entrainé une vaste extension spatiale due au développement incontrôlé des zones d’auto-construction, qui couvrent aujourd’hui, plus ou moins, quatre cinquièmes de l’étendue de l’agglomération kinoise et ont remarquablement reconfiguré une ville autrefois présentée comme le symbole de la modernité (Mpiana Tshitenge, 2018). Il complexifie également toute intervention publique, rendant difficile l’installation d’infrastructures de base ou la mise en œuvre de politiques environnementales cohérentes.
L’anarchie de l’expansion urbaine à Kinshasa ne relève pas seulement d’un déficit de planification, elle est le symptôme d’une gouvernance défaillante, où les logiques économiques informelles et l’absence de vision d’ensemble laissent la ville s’étendre au détriment de sa viabilité (Ayimpam, 2025; Mpiana Tshitenge, 2018).
A Kinshasa, l’accumulation massive des déchets constitue l’un des visages les plus visibles de l’insalubrité urbaine. Chaque jour, la ville produit plusieurs milliers de tonnes de déchets ménagers, dont une part significative est abandonnée à ciel ouvert, faute d’un système de collecte structuré, fiable et universel(Kazaku, 2024).
Les infrastructures municipales restent largement sous-équipées pour faire face à cette production croissante. Dans plusieurs communes, notamment densement peuplées comme Masina, Selembao ou Matete, les canons de collecte sont rares, irréguliers, voire totalement absents. Phanzu (2016) note que, la plupart des infrastructures se sont dégradées, les caniveaux se sont bouchés créant ainsi une situation d’insalubrité généralisée ». L’absence de tri, de points de regroupement intermédiaires et de décharges contrôlées aggrave le problème.
L’accumulation des déchets à Kinshasa cause des sérieuses répercussions sanitaires et environnementales. Les déchets non traités bouchent les systèmes de drainages des effluents et de dragage des rivières urbaines, polluant ainsi des écosystèmes aquatiques déjà fragilisés. Cette situation démontre clairement des enjeux de la justice environnementale : les populations les plus pauvres subissent de manière disproportionnée les effets de cette gestion défaillante, tandis que les zones plus riches ou administratives bénéficient d’un meilleur accès aux services de base.
Dans ce contexte, la question n’est pas uniquement technique. Elle est structurelle et politique : à qui revient la responsabilité d’assurer un environnement sain à Kinshasa, comment garantir un service public de gestion des déchets réellement inclusif, et quelles mesures urgentes doivent être prises pour enrayer cette spirale d’insalubrité qui, au fil des saisons pluvieuses, contribue directement aux inondations meurtrières.
Chaque saison des pluies à Kinshasa, se transforme en cauchemar pour des milliers d’habitants. Les inondations récurrentes, parfois meurtrières, trouvent l’une de leurs causes majeures dans l’obstruction systémiques des canalisation et l’absence quasi-totale de système de drainage efficaces. Dans une ville de plus de 20 millions d’habitants, où l’urbanisation galopante dépasse largement la planification urbaine, les eaux pluviales n’ont souvent nulle part où aller.
La situation est particulièrement critique dans les zones périphériques et les quartiers populaires construits sans autorisation formelle. Ces zones, souvent situées dans des cuvettes naturelles ou sur des pentes instables, sont les premières victimes des coulées de boue, des affaissements de terrain et des inondations subites. Chaque averse devient ainsi une épreuve pour des familles entières qui vivent sous la menace constante de la perte de leurs biens, voire de leurs vies.
Au-delà de l’urgence technique, c’est l’incurie institutionnelle qui est en cause. L’absence de politiques de drainage intégrées, la fragmentation des responsabilités entre les entités locales et nationales et le manque d’investissements dans les infrastructures de base témoignent d’un abandon systémique. La population, elle, improvise, fossés creusés à la main, petites digues artisanales, ou recours à des solutions de fortune qui restent dérisoires face à l’ampleur du problème.
Ces défaillances traduisent un profond déficit de justice environnementale.
Réparer cette fracture implique de sortir d’une gestion réactive et fragmentaire pour mettre en œuvre une véritable politique d’aménagement résiliente, équitable et inclusive, fondée sur le droit à un habitat sûr et à un environnement sain.
L’imperméabilisation croissante des sols, causée par la prolifération anarchique des constructions et l’absence d’espaces verts, empêche l’infiltration naturelle des eaux pluviales. A cela s’ajoute l’obstruction quasi généralisée des caniveaux et des rivières urbaines, transformées en décharges à ciel ouvert. Le manque de réseaux de drainage efficaces, combiné à l’inefficacité des services d’entretien, entraine une saturation rapide des infrastructures hydrauliques, voire leur effondrement.
Les conséquences sont multiples et gravissimes, pertes humaines, glissements de terrain, destruction des biens, érosion des sols, prolifération des maladies hydriques et paralysie économique de quartiers entiers. Ces inondations affectent particulièrement les zones les plus précaires, où les habitants, souvent installés dans des sites à haut risque, n’ont ni les moyens de prévenir les sinistres, ni les ressources pour s’en relever.
Au-delà des dégâts immédiats, ce cycle d’inondations accentue la fragilité sociale et territoriale de Kinshasa. Il illustre une gestion urbaine réactive plutôt que préventive, incapable de planifier à long terme ou d’intégrer les données du changement climatique. Ainsi, l’aggravation des risques hydrométéorologiques interroge non seulement la capacité institutionnelle à faire face à l’urgence, mais aussi la volonté politique d’assurer une justice environnementale pour tous.
L’intensification des inondations à Kinshasa ne peut s’expliquer sans une lecture croisée des facteurs naturels et anthropiques. A la croisée du dérèglement climatique mondial et d’une urbanisation anarchique, la capitale congolaise illustre un territoire où les dynamiques environnementales et sociales s’entrechoquent violemment.
Sur le plan climatique, la ville subit une augmentation observable de la fréquence et de l’intensité des pluies. Ce phénomène s’inscrit dans un contexte plus large de changement climatique, où les précipitations deviennent plus imprévisibles et extrêmes. Les épisodes pluviaux concentrés sur de courtes périodes provoquent des ruissellements massifs que les infrastructures urbaines, souvent absentes ou défaillantes, ne peuvent contenir. Ce choc hydrométéorologique trouve un écho dramatique dans les inondations récurrentes qui affectent chaque année des milliers de foyers, en particulier dans les quartiers les plus vulnérables.
Le changement climatique agit comme un multiplicateur d’inégalités dans une ville où les dynamiques humaines aggravent les risques naturels. Cette réalité soulève des enjeux majeurs de justice environnementale : quelles politiques pour protéger les plus exposés, quelle responsabilité pour les pouvoirs publics dans l’aménagement du territoire, et comment intégrer les dimensions sociales et écologiques dans la résilience urbaine ? Kinshasa ne pourra relever les défis à venir sans une transformation profonde de sa gouvernance environnementale.
Les effets de l’insalubrité chronique et des inondations récurrentes sont concrets : chaque année, elles provoquent des pertes humaines, matérielles et sociales importantes. En 2016, la population sinistrée atteignait 31 442 personnes. Les glissements de terrain, effondrements et noyades se répètent, aggravés par le manque de secours et l’isolement de nombreux quartiers. Les destructions matérielles laissent des milliers de familles sans ressources ni soutien, souvent contraintes de reconstruire dans les mêmes zones à risque. Les déplacements internes, parfois durables, reflètent une urbanisation non maîtrisée où les plus pauvres subissent les conséquences de l’environnement et de l’abandon institutionnel.
Ces catastrophes révèlent une profonde fracture sociale et environnementale : l’accès inégal au logement sûr, aux services essentiels et à la protection contre les aléas climatiques transforme la ville en espace de ségrégation. La justice environnementale exige une reconfiguration de l’urbanisme autour de l’équité, de la sécurité et de la dignité.
Face à cette amplification du risque, Kinshasa doit choisir entre maintenir un modèle urbain inégalitaire ou s’engager dans une transition inclusive, résiliente et solidaire.
INEGALITES ENVIRONNEMENTALES VERS UNE JUSTICE SOCIALE ET SPATIALE
Les crises environnementales à Kinshasa touchent particulièrement les populations les plus pauvres, habitants des communes à haut risque et manquant des services de base tels que Ngaba, Kimbanseke, Makala, Mont Ngafula ou Selembao.
Leur vulnérabilité de ces populations n’est pas uniquement matérielle. Elle est aussi institutionnelle et politique. Raison pour laquelle, Stéphane Perazzone (2020) considère que dans ces conditions, la gouvernance ne peut être comprise qu’en analysant des pratiques informelles des nombreux acteurs qui, en quête de légitimité et d’autorité, façonnent le système. En dehors de ces stratégies de survie et du maintien de pouvoir discrétionnaire, les fonctionnaires à eux seuls n’ont en réalité que peu d’impact sur la mise en œuvre des politiques publiques et sur le maintien de l’autorité de l’État.
Peu représentées dans les instances de décision, rarement consultées dans les politiques d’aménagement, elles subissent une double peine, l’exposition aux risques et l’absence de moyens pour s’en prémunir ou pour en sortir. A l’inverse, certains quartiers aisés comme Ma-campagne, Pigeon, cité Mama Mobutu, souvent situés sur les hauteurs, mieux desservis et protégés, bénéficient d’un environnement plus sûr et plus salubre, traduisant une géographie de l’injustice environnementale.
Il ne suffit donc pas d’apporter des solutions techniques aux problèmes d’inondation ou gestion des déchets. Il faut interroger la fabrique même de la ville : qui a accès à un environnement sain, Qui a le droit à la sécurité urbaine, une ville juste ne peut pas être celle où l’eau, les ordures et les catastrophes deviennent les marqueurs de la pauvreté.
Pour une justice spatiale et sociale, Kinshasa doit repenser son urbanisme, sa gouvernance et ses priorités. Car protéger les plus vulnérables, ce n’est pas seulement réparer une injustice, c’est garantir un avenir durable pour l’ensemble de la ville.
Levy et Lussault y défendent une approche constructiviste et relationnelle de l’espace, pour eux, « l’espace n’est pas un cadre neutre, mais un produit social, constamment façonné par les pratiques, les normes, les rapports de pouvoir et les représentations » (Lussault & Levy, 2003).
Or, cette vulnérabilité géographique est aggravée par le déficit criant d’infrastructures. Routes impraticables, absence de caniveaux, écoles inondées, latrines improvisées. Dans ces zones, l’environnement bâti est souvent précaire, bricolé, voire inexistant. « Dans la ville de Kinshasa, une grande partie de la population n’a pas accès aux services d’assainissement de base »(Alexis et al., 2017). La moindre pluie transforme les ruelles en torrents, emporte les habitations et coupe l’accès aux services de base. Dans ces conditions, la vie quotidienne devient une succession de risques sanitaires, physiques et sociaux.
Ce n’est pas un hasard si les quartiers les plus exposés sont aussi ceux où l’intervention publique est plus faible. « La ville se développe sans un plan d’assainissement rigoureux, sans réseau d’égouts capable de collecter l’ensemble des eaux des pluies, moins encore les centres d’épuration des eaux usées et d’excréta. Devant l’inefficacité du système de drainage, chaque pluie diluvienne transforme la ville de Kinshasa en écoulement anastomose, les égouts, les collecteurs ou tout simplement les caniveaux débordement et engendrent la sortie des cours d’eau de leurs lits mineurs avec les inondations subséquentes » (Alexis et al., 2017).
Les programmes d’investissements urbains peinent à y arriver, faute de cadastre, de planification, ou d’intérêt politique. La logique de relégation spatiale se conjugue à une forme d’oubli institutionnalisé, où l’environnement insalubre devient le lot commun d’une population condamnée à l’informalité.
L’étude de Kazaku (2024) indique « qu’en 2024, la population de la ville de Kinshasa a été pratiquement multipliée vingt fois en 50 ans, à taux annuel de 2,5%. Cette tendance démographique est passée de 1.150.783 à 20.670.972 habitants entre 1974 et 2024, alors que la superficie et le nombre de parcelles, qui auraient dû être multipliés par cent, avec une corrélation d’environ 70 %, ne l’ont pas été » .
Dans de nombreux quartiers de Kinshasa, la vie quotidienne se déroule en marge de l’Etat. Loin des centres urbains modernisés, des millions de Kinois n’ont pas accès aux services publics de base, en particulier à l’eau potable et à un système d’assainissement fonctionnel. « L’espace urbain de Kinshasa est ainsi exposé à l’insalubrité multiforme ce qui rend complexe la recherche de solution durable et expose la population à diverses maladies d’origine hydrique (choléra, diarrhée, fièvre typhoïde, paludisme) » (Alexis et al., 2017).
Cette privation structurelle constitue l’un des visages les plus marquants de l’injustice environnementale qui frappe les populations les plus vulnérables de la capitale congolaise.
L’accès à l’eau potable, bien que reconnu comme un droit fondamental, reste un luxe dans les zones précaires. Les bornes-fontaines publiques sont rares, mal entretenues ou hors service. Les ménages s’approvisionnent souvent à des puits non protégés, à des rivières polluées ou via des vendeurs informels à des prix exorbitants. Ainsi écrit Vuni Simbu Alexis et al, « Les Objectifs du Millénaire pour le Développement définis en 2000 prévoyaient l’eau potable comme l’objectif, l’assainissement ne sera ajouté qu’en 2002 » (Vuni, Hubert, & Modeste, 2017). Cette dépendance à des sources non sécurisées expose les populations à des maladies hydriques comme le choléra, la typhoïde ou la dysenterie, qui touchent en priorité les enfants et les personnes âgées.
A cela s’ajoute une crise profonde de l’assainissement. L’absence de toilettes publiques, de systèmes d’évacuation des eaux usées et de dispositifs de traitement des déchets organiques transforme les quartiers périphériques en foyers permanents d’insalubrité. Les eaux stagnantes, les fosses septiques débordantes et les latrines de fortune créent un environnement dangereux pour la santé humaine et pour l’écosystème urbain. Lorsque les pluies surviennent, ces déchets se mêlent aux eaux de ruissellement, aggravant les inondations et les risques sanitaires. Godelive Phanzu note que, « Les inondations provoquent des graves conséquences sur les plans social et sanitaire en entraînant des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants et même sur l’environnement » (Phanzu, 2016).
Ces manquements ne relèvent pas d’un simple retard de développement, mais d’un problème de justice sociale et spatiale. Ils révèlent une ségrégation implicite dans la distribution des ressources publiques. Tandis que certains quartiers centraux ou résidentiels disposent d’un accès relativement stable à l’eau courante et à des services d’assainissement modernes, les zones les plus pauvres, souvent informelles et non reconnues officiellement, sont tenues à l’écart des investissements de base.
Cette inégalité d’accès participe d’un cercle vicieux où l’environnement dégradé renforce la pauvreté, et inversement. Le manque d’eau potable affaiblit la santé, réduit les capacités économiques des familles et accentue les charges domestiques, en particulier pour les femmes et les filles, souvent chargées de l’approvisionnement.
Garantir l’accès universel à l’eau et à l’assainissement à Kinshasa ne relève pas uniquement d’une exigence technique. C’est aussi la condition sine qua non pour bâtir une ville résiliente, équitable et vivable pour tous ses habitants.
Face à la crise environnementale multiforme qui secoue Kinshasa, insalubrité, inondations, accès inégal aux services de base, la tentation est grande de rejeter la faute sur un seul acteur : l’Etat, les habitants, ou encore les aléas climatiques. Or, la complexité de la situation impose une lecture plus nuancée, les responsabilités sont partagées, mais elles doivent être également assumées.
D’un côté, les autorités publiques, à tous les niveaux, national, provincial, communal, portent une responsabilité primordiale. En tant que garantes de l’intérêt général, elles ont le devoir de planifier l’aménagement du territoire, de garantir l’accès aux services essentiels, de prévenir les risques et de répondre aux urgences. L’absence de politiques cohérentes d’urbanisme, la faiblesse de la régulation foncière, le manque d’investissements dans les infrastructures de base et la gouvernance fragmentée témoignent d’un Etat encore largement défaillant face aux enjeux environnementaux urbains.
Mais cette responsabilité institutionnelle ne doit pas faire oublier celle des citoyens, qui ont également un rôle actif à jouer. Le rejet massif des déchets dans les rues sans respect des normes minimales, ou encore l’indifférence face à l’entretien des infrastructures locales sont autant de pratiques qui alimentent l’auto-vulnérabilité. Si ces comportements s’expliquent souvent par l’absence d’alternatives et la précarité, ils soulignent néanmoins l’importance d’une conscience écologique partagée.
Par ailleurs, les acteurs privés, qu’il s’agisse des entreprises du secteur informel, des promoteurs immobiliers ou des ONG, détiennent aussi une part de responsabilité. Certains contribuent à l’occupation désordonnée du sol, à la pollution ou à la spéculation foncière, tandis que d’autres interviennent là où l’Etat est absent, comblant des vides critiques par des solutions temporaires ou innovantes. Leur intégration dans une stratégie concertée est cruciale.
La réponse à cette crise environnementale ne pourra donc émerger que d’une gouvernance partagée, fondée sur la responsabilité, la transparence et la redevabilité. Cela suppose une reconnaissance formelle des quartiers précaires, une implication réelle des communautés locales dans les décisions qui les concernent, et une volonté politique de rompre avec la gestion à court terme.
Assumer ses responsabilités, c’est sortir de la logique de la culpabilisation unilatérale pour bâtir un contrat social et écologique inclusif. Dans une ville comme Kinshasa, où les vulnérabilités sont partagées, les solutions ne peuvent qu’être collectives.
La gouvernance environnementale à Kinshasa est marquée par une inadéquation structurelle des politiques publiques, qui révèle une faible capacité de l’Etat à planifier, coordonner et mettre en œuvre des actions durables en matière de gestion urbaine. Cette carence se traduit par une gouvernance fragmentée, souvent réactive plutôt que proactive, et laisse un vide institutionnel que divers acteurs, privés, informels et communautaires, tentent de combler sans coordination ni soutien structurel.
A ce propos, Ayimpam et al. (2023, p. 4) note que, « la crise de l’État au Congo est le résultat d’un long processus de démantèlement pendant lequel la forme prébendière, despotique et patrimoniale/clientéliste s’est développée et a progressivement dissous les structures et mécanismes d’un État moderne ».
Dans tout cela, G de Villiers cité par Ayimpam (2025) ajoute que, « La conséquence en est une désinstitutionalisation et une informatisation de l’État » .
L’absence de vision intégrée de l’aménagement urbain, couplée à un sous-financement chronique des institutions locales, engendrent des pratiques de gestion environnementale inéquitables, où la charge de l’adaptation incombe de manière disproportionnée aux populations les plus vulnérables. Ainsi, loin de constituer un simple manque technique, l’insuffisance des politiques publiques est le symptôme d’un déséquilibre systémique dans la répartition des responsabilités, révélant l’urgence d’un nouveau pacte de gouvernance basé sur l’équité, la transparence et la participation citoyenne.
Les mécanismes de consultation publique, lorsqu’ils existent, demeurent formels et rarement effectifs, reléguant les populations, notamment celles des quartiers périphériques et informels, au rang de simples exécutant ou bénéficiaires passifs des politiques. Cette marginalisation structurelle engendre un profond sentiment de désengagement, voire de méfiance, envers les autorités et prive les politiques environnementales d’ancrage locale et de légitimité sociale.
Pourtant, les citoyens sont souvent les premiers à faire face aux externalités négatives d’une urbanisation non maitrisée (inondations, pollution, insalubrité), et développement des formes d’adaptation endogènes qui demeurent invisibles aux yeux de l’Etat. Une gouvernance environnementale équitable à Kinshasa suppose donc une reconnaissance active des savoirs locaux, une institutionnalisation de la participation citoyenne et une redistribution du pouvoir décisionnel vers les échelons de proximité.
La montée en puissance des acteurs privés dans la gestion de l’environnement urbain à Kinshasa s’inscrit dans un contexte de retrait progressif de l’Etat et de libéralisation non régulée des services urbains. Cette délégation implicite de fonctions publiques à des entités commerciales, souvent guidées par des logiques de rentabilité à court terme, a accentué les inégalités d’accès aux services environnementaux essentiels (collecte des déchets, assainissement, eau potable).
En l’absence d’un cadre règlementaire cohérent et de mécanismes de contrôle efficaces, ces acteurs opèrent dans une zone grise, échappant largement aux obligations sociales et environnementales. Ce vide normatif favorise la captation des ressources urbaines par une élite économique et renforce les déséquilibres socio-territoriaux.
L’Eta, réduit à un rôle marginal d’arbitre sans moyens, peine à imposer une gouvernance inclusive et durable. Réintroduire une régulation publique forte, appuyée sur la transparence, la responsabilité et la justice sociale, apparait dès lors comme un impératif pour rééquilibrer le jeu des acteurs dans l’espace urbain Kinois.
POUR UNE JUSTICE ENVIRONNEMENTALE A KINSHASA : QUELS LEVIERS D’ACTIONS
Dans un contexte alarmant de la dégradation environnementale à Kinshasa, exacerbée par une urbanisation anarchique, des politiques publiques lacunaires et des inégalités socio-spatiales persistantes, le renforcement de la gouvernance environnementale équitable et durable. Cette gouvernance, entendu comme l’ensemble des mécanismes institutionnels, juridiques et participatifs encadrant la gestion de l’environnement, reste aujourd’hui largement défaillante dans la capitale congolaise.
Les faiblesses structurelles sont multiples : dispersion des responsabilités entre institutions étatiques, absence de coordination intersectorielle, faible application des normes environnementales, carence en données fiables en marginalisation des communautés locales dans les processus décisionnels. En conséquence, la résilience urbaine face aux inondations et à l’insalubrité est compromise, aggravant les injustices environnementales subies par les populations les plus vulnérables, souvent reléguées dans des zones à risque. Renfoncer la gouvernance environnementale implique alors plusieurs axes d’action :
(1)la réforme des cadres institutionnels et juridiques pour une meilleure cohérence et effectivité des politiques environnementales ; (2) le renforcement des capacités techniques et financières des entités en charge de l’environnement et de l’aménagement urbain ; (3) l’intégration systémique des principes de justice environnementale dans les schémas, (4) enfin, la promotion d’une gouvernance participative, en reconnaissant le rôle des citoyens, des ONG et des autorités locales dans la co-construction de solution.
Ce renforcement ne peut s’envisager sans une volonté politique forte, une coopération multi-acteurs et une approche territorialisée de la gestion des risques. Seule une gouvernance environnementale rénovée et inclusive peut permettre à Kinshasa de rompre avec les cycles d’injustice et de vulnérabilité et d’initier une transition vers une ville plus juste, plus résiliente et plus durable.
Face à la pression démographique et à l’expansion anarchique de l’habitat à Kinshasa, la planification urbaine durable devient un impératif pour limiter les inégalités environnementales et construire une ville plus résiliente. Actuellement, les politiques d’aménagement peinent à encadrer la croissance urbaine, laissant place à une occupation incontrôlée du sol, notamment dans les zones inondables, les ravins ou les berges dégradées.
Une planification urbaine équitable doit intégrer des outils tels que le zonage écologique, les systèmes d’assainissement décentralisés, la protection des espaces verts, mais aussi le relogement digne des populations vulnérables situées dans les zones à haut risque. En outre, cette planification ne peut réussir sans la participation active des habitants et une coordination effective entre les autorités locales, les urbanistes et les acteurs de terrain. Une approche inclusive permet de rompre avec les politiques top-down et d’ancrer les projets dans les réalités sociales et spatiales de la ville.
L’une des pierres angulaires de la justice environnementale à Kinshasa réside dans l’éveil des consciences écologiques. L’éducation environnementale, longtemps absente des priorités publiques, doit devenir transversale, dès l’école primaire jusqu’à l’université, en passant par des campagnes de sensibilisation ciblées dans les quartiers populaires.
La mobilisation citoyenne, quant à elle, représente un levier crucial pour impulser des dynamiques locales d’assainissement, de gestion des déchets, de reboisement ou de prévention des inondations. Elle renforce également la redevabilité des institutions. Le développement de comités de quartier écologiques, l’implication des médias communautaires, ainsi que le recours aux réseaux sociaux et aux technologies mobiles pour la veille environnementale participative, sont autant de moyens pour renforcer l’engagement collectif dans la défense du droit à un environnement sain.
Les inégalités socio-environnementales à Kinshasa sont aussi spatiales, les quartiers précaires cumulent insalubrité, absence d’infrastructures de base et exposition accrue aux risques. Inversement, les zones résidentielles riches bénéficient d’un meilleur accès aux services et à la sécurité environnementale. La justice environnementale suppose donc une réallocation équitable des ressources et des investissements publics.
Leurs travaux soulignent également que ces inégalités sont socialement construites, renforcées par une gouvernance urbaine fragmentée, un manque de coordination institutionnelle, et l’absence de participation citoyenne à la prise de décisions. Les auteurs plaident pour « une approche systémique, tenant compte à la fois des dimensions sociales, économiques, techniques et environnementales de la gestion des déchets » +. Ils proposent « des modèles alternatifs fondés sur une gouvernance participative de la récupération des ressources (recyclage, tri à la source, économie circulaire), capables de renforcer la justice environnementale urbaine et d’améliorer les conditions de vie des populations marginalisées » (Kubanza & Mulala, 2015).
Cela implique notamment la priorisation des quartiers marginalisés dans les programmes d’assainissement, de drainage, d’éclairage public et de gestion des déchets. Mais aussi une réforme budgétaire orientée vers la justice spatiale, une fiscalité écologique redistributive et une territorialisation des politiques environnementales tenant compte des vulnérabilités spécifiques de chaque zone.
Enfin, pour répondre aux défis environnementaux massifs que connait Kinshasa, une mobilisation de l’expertise et des financements internationaux est essentielle. Le recours aux fonds climatiques (Fonds vert pour le climat, Adaptation Fund), aux instruments de coopération décentralisée, ainsi qu’aux partenariats publics-privés autour des infrastructures vertes, constitue une opportunité stratégique.
Par ailleurs, les solutions technologiques adaptées au contexte local (applications mobiles pour la cartographie participative des inondations, drones pour la surveillance des zones à risques, systèmes de traitement des déchets organiques à petite échelle) doivent être encouragées dans une logique d’innovation sociale. Cette synergie entre appui externe, innovation locale et résilience communautaire est au cœur d’une justice environnementale vers l’avenir.
DISCUSION DES RESULTATS
Au cours des dix dernières années (2015-2025), Kinshasa a connu une recrudescence alarmante des phénomènes d’inondation et d’insalubrité urbaine, révélant les fragiles structurelles de la ville et les limites des mécanismes de gestion environnementale. L’analyse des données recueillies sur plusieurs sites de la capitale montre que ces deux réalités, inondation et insalubrité, s’entrecroisent et se nourrissent mutuellement, formant un cycle de dégradation qui compromet la qualité de vie des habitants. La situation est d’autant plus préoccupante que ces phénomes touchent désormais aussi bien les zones périphériques que certains quartiers centraux auparavant épargnés.
Les observations de terrain indiquent que les inondations à Kinshasa ne relèvent plus seulement d’aléas climatiques saisonniers, mais résultent d’une combinaison de facteurs humains et structurels : urbanisation anarchique, occupation des lits majeurs des rivières, insuffisance du réseau de drainage et accumulation constante des déchets ménagers dans les caniveaux. Ces éléments contribuent à transformer chaque pluie en une menace réelle pour les ménages. Un enquêté de Selembao résume la situation en ces termes :
« Ici, quand la pluie tombe, ce n’est plus une bénédiction. C’est comme si la rivière sortait de sa maison pour venir nous chasser des nôtres. Il nous arrive difficilement de dormir la nuit lorsqu’il pleut ».
Ce témoignage illustre le caractère récurrent et traumatique des inondations pour les habitants, qui vivent désormais ces événements comme des catastrophes répétitives plutôt que comme des incidents isolés. « Les inondations provoquent des graves conséquences sur les plans social et sanitaire en entraînant des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants et même sur l’environnement » (Phanzu, 2016, p. 5).
Le résultat le plus marquant de l’étude concerne la corrélation étroite entre la densité des déchets solides et la fréquence des inondations. Dans plus de 70% des zones étudiées, les points critiques d’inondation coïncident avec les zones à forte accumulation d’ordures. Les relevés de terrain confirment cette superposition quasi systémique. « L’abondance des déchets solides produits à Kinshasa (environ 5000 m3 par jour) dont la majeure partie aboutie dans les cours d’eau » (Phanzu, 2016, p. 5). Cela confirme cette tendance observée sur le terrain pendant investigations.
Un autre habitant de Selembao l’a exprimé sans détour :
« L’eau ne trouve plus son chemin, parce que nos routes sont devenues des poubelles. Nous jetons nos ordures dans les caniveaux, lorsqu’il pleut, ces caniveaux sont bouchés et l’eau de pluie déborde ».
Ce constat met en évidence une forme d’insalubrité structurelle, c’est-à-dire une situation où la saleté n’est plus seulement un résidu visible, mais un facteur constitutif du désordre urbain. Comme le décrit Théodore Tréfon cité par Sylvie Ayampam « Kinshasa, est comme une ville où règnent simultanément l’ordre et le désordre » (Ayimpam, 2025, p. 5).
En second lieu, les données révèlent une aggravation progressive des inondations au fil des ans. En comparant les récits recueillis auprès des résidents avec les rapports de 2015, on note une extension des zones inondables de près de 35%. Des quartiers naguère stables, comme Lemba ou Matete, présentent aujourd’hui des épisodes d’inondation saisonnière. Cette évaluation marque une rupture nette avec la tendance observée dans les années 2000, où les phénomènes restaient concentrés dans les zones basses proches des rivières Ndjili et Funa.
Enfin, un troisième résultat significatif concerne la gestion communautaire des déchets. Malgré la présence de plusieurs initiatives locales de nettoyage, l’étude montre que la durabilité de ces actions reste faible. Dans la majorité des cas, l’absence d’accompagnement institutionnel et la précarité économique des ménages limitent la portée de ces efforts. Une femme interrogée à Masina témoigne :
« Nous balayons, nous ramassons, mais après deux jours, tout revient. Tant qu’il n’y aura pas un endroit pour jeter des déchets ménagers, nos efforts ne servent à rien ».
Ce type de déclaration montre que la population n’est pas passive, mais qu’elle agit dans un contexte d’abandon institutionnel. « Dans une situation idéale où les responsables et les agents de l’État exerceraient pleinement leurs prérogatives régaliennes de régulation, les contraventions à la loi et les abus seraient sans doute punissables en tant que crimes ou délits » (Ayimpam, 2025, p. 19).
L’analyse transversale des témoignages met en évidence une forte attente de justice environnementale. Les enquêtés évoquent souvent une ville à double vitesse : « là-bas au centre, on ne voit pas d’inondation », affirme une femme de Matete, soulignant l’inégalité territoriale qui oppose les zones périphériques aux quartiers administratifs mieux desservis.
Analyse et interprétation des résultats
L’analyse des données qualitatives permet de dégager une lecture systémique du problème. Les inondations ne peuvent être comprises isolement : elles s’inscrivent dans un continuum où la pauvreté urbaine, la faiblesse de la gouvernance locale et l’incurie des services publics interagissent. En d’autres termes, l’insalubrité est à la fois cause, symptôme et conséquence des inondations.
Comparées aux études extérieures, notamment celles de Phanzu (2016), de Vuni et al. (2017) ainsi que de Kazaku (2024), nos résultats montrent une intensification des phénomènes, mais aussi un changement de perception sociale. Alors que les enquêtes d’alors évoquaient surtout un « manque de civisme », nos données soulignent désormais une fatigue sociale et un sentiment d’impuissance collective face à un environnement qui se détériore malgré les efforts individuels.
Par ailleurs, la cartographie produite à partir de l’analyse des mots et des récits révèle un déplacement progressif du vocabulaire utilisé par les habitants : on passe du champ lexical de la saleté (« ordures », « puanteur », « moustique ») à celui du désastre (« noyade », « fuite », « destruction »). Ce glissement sémantique traduit une transformation du vécu urbain : le désordre n’est plus seulement perçu comme une nuisance, mais comme une menace existentielle.
Ces résultats invitent à reconsidérer les politiques urbaines actuelles. L’autopromotion immobilière, censée combler le déficit d’habitat, s’est révélée incapable de structurer un tissu urbain durable. « Ce qui implique que la variabilité de la population due à l’autopromotion de l’habitat, est à la base de la dévastation des dizaines d’hectares de terre, y compris sur des sites naturellement inconstructibles, en l’absence d’aménagement préalable » Kazaku (2024, p. 1). En l’absence de planification et d’assainissement adéquats, les constructions spontanées accentuent la vulnérabilité des ménages. Un jeune homme rencontré à Camp Luka a résumé cette impasse d’une phrase saisissante : « On construit pour se protéger, mais c’est ce qu’on construit qui finit par nous inonder ».
Cette formule, à la fois poétique et tragique, exprime la contradiction fondamentale d’une urbanisation sans encadrement : l’espace qui devait servir d’abri devient source de danger.
L’ensemble des résultats met en lumière un double enjeu environnemental et social. Les inondations et l’insalubrité à Kinshasa ne peuvent être résolues par des mesures techniques seules, elles appellent une refonte du rapport entre la ville et ses habitants, entre l’Etat et le citoyen. L’étude démontre que la vulnérabilité actuelle n’est pas uniquement le produit des pluies ou des déchets, mais celui d’une désarticulation entre la planification urbaine et la vie quotidienne.
En fin, la force de ce travail réside dans sa capacité à faire émerger la voix des habitants comme indicateur de l’état environnemental de la ville. Leurs récits, loin d’être de simples anecdotes, constituent une mémoire vivante du désordre urbain, un miroir où se reflète la condition écologique contemporaine de Kinshasa.
Pistes de solutions
Les inondations récurrentes et l’insalubrité chronique qui frappent Kinshasa ne révèlent pas seulement d’une défaillance technique ou d’un manque d’infrastructures. Elles traduisent avant tout une profonde inégalité environnementale. Dans une ville où la croissance urbaine échappe à tout contrôle, les populations les plus vulnérables se voient reléguées dans des zones à risques, sans dispositifs adéquats de drainage ni accès à des services d’assainissement dignes.
Sur le plan théorique, la justice environnementale offre un cadre d’analyse permettant de penser ces équilibres non comme des fatalités naturelles, mais comme le produit d’un système socio-spatial inéquitable. Elle invite à repenser la gouvernance urbaine en intégrant la question du droit à un environnement sain, de la participation citoyenne et de la redistribution équitable des ressources écologiques.
Sur le plan pratique, cette perspective exige des politiques publiques inclusives qui associent les habitants à la planification territoriale et à la gestion des risques. Il s’agit non seulement d’améliorer les infrastructures d’assainissement et de drainage, mais aussi de transformer les comportements collectifs par l’éducation environnementale et la responsabilisation communautaire. L’enjeux est de passer d’une gestion réactive des catastrophes à une gouvernance préventive fondée sur la transparence, la co-construction et la durabilité. Bâtir une justice environnementale à Kinshasa revient à articuler le savoir scientifique, la mémoire urbaine et l’action citoyenne pour restaurer une harmonie entre la ville, ses habitants et son milieu naturel.
CONCLUSION GENERALE
La présente étude, menée à Kinshasa dans une période des dix dernières années (2015-2025), dans les communes de Masina, Matete, Selembao et Ngaliema, a permis de révéler l’enchevêtrement complexe entre inondations, insalubrité et injustice environnementale dans une métropole en pleine expansion mais profondément inégalitaire. En mobilisant une approche qualitative fondée sur les techniques documentaires, les entretiens et l’observation directe, nous avons choisi de placer au cœur de l’analyse la parole des habitants, ces témoins et acteurs quotidiens des désordres urbains. Loin d’une simple étude technique, notre démarche s’est voulue une lecture située des dynamiques sociales, politiques et écologiques qui conditionnent la vulnérabilité de certains espaces et la résilience d’autres.
Les résultats obtenus confirment que les inondations et l’insalubrité à Kinshasa ne sont pas de simples catastrophes naturelles, mais bien le produit d’un déséquilibre structurel dans la gestion du territoire et la répartition des ressources environnementales. A travers la grille de la justice environnementale, nous avons pu mettre en évidence les inégalités d’accès aux services urbains, la marginalisation des quartiers périphériques et la faible inclusion des populations dans les décisions publiques. Cette recherche, en redonnant voix aux habitants, éclaire la nécessité d’une refondation de la gouvernance urbaine fondée sur la participation citoyenne, la transparence et de nouvelles investigations qui pourront, à l’avenir, articuler plus étroitement savoirs techniques, mémoire locale et politiques de durabilité pour bâtir une ville plus juste, plus résiliente et véritablement habitée par ses citoyens.
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