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Contribution socio-économique de l’exploitation artisanale du bois aux moyens de subsistance des communautés riveraines de la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri

DEKA BONGWENDE Jacques

Expert auprès de l’UNESCO, sur l’éducation au Changement climatique Institut Supérieur Pédagogique de Matadi. E-mail : jacquesdeka7@gmail.com

 

KUMESO BANA Abel

Expert en évaluation et sauvegarde environnementale et sociale des projets. Institut Supérieur Pédagogique de Popokabaka. E-mail : abelkumeso@gmail.com.

 

MUSEME NYOLENGE Noel Anselme

Expert en évaluation et sauvegarde environnementale et sociale des projets. Université de Bandundu.

 

KABATUSUILA PANU Prosper

Spécialiste en Géographie Tropicale et Environnement, Professeur Ordinaire. Université Pédagogique Nationale. E-mail : mukinop50@gmail.com.



Résumé

L'exploitation artisanale du bois représente une source importante de revenus pour les communautés rurales de la République Démocratique du Congo (RDC). Cette étude analyse sa contribution aux moyens de subsistance des communautés riveraines de la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri (RNTN), où cette activité s'est développée sous l'effet de la pauvreté rurale et de la demande croissante en bois.

L'étude repose sur une approche mixte combinant la recherche documentaire, des enquêtes par questionnaire, des entretiens semi-directifs et des observations de terrain. Au total, 97 personnes, comprenant des exploitants artisanaux, des agents des services techniques et des membres des communautés locales, ont été enquêtées. Les données ont été analysées à l'aide de statistiques descriptives et d'une analyse thématique.

Les résultats montrent que l'exploitation artisanale du bois constitue une source essentielle de revenus et d'emplois, contribuant au financement de l'alimentation, de l'éducation, des soins de santé et de l'habitat des ménages. Toutefois, cette activité demeure largement informelle et fait face à des contraintes techniques, économiques et institutionnelles qui limitent sa durabilité. L'étude recommande la formalisation progressive du secteur, le renforcement des capacités des exploitants, la diversification des sources de revenus et une gouvernance participative afin de concilier développement local et conservation des ressources forestières.

Mots-clés : exploitation artisanale du bois, moyens de subsistance, communautés riveraines, Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri, République Démocratique du Congo.

Abstract

Artisanal logging is an important source of income for rural communities in the Democratic Republic of the Congo. This study examines its socio-economic contribution to the livelihoods of communities living around the Ngiri Triangle Natural Reserve (NTNR), where this activity has expanded due to rural poverty and the growing demand for timber.

The study adopted a mixed-methods approach combining a literature review, questionnaire surveys, semi-structured interviews, and field observations. A total of 255 respondents, including artisanal loggers, government technical officers, and members of local communities, participated in the survey. The collected data were analyzed using descriptive statistics and thematic analysis.

The results show that artisanal logging is a major source of income and employment, enabling households to meet essential needs such as food, education, healthcare, and housing. However, the sector remains largely informal and faces significant technical, economic, and institutional constraints that undermine its sustainability. The study recommends the progressive formalization of the sector, capacity building for artisanal loggers, diversification of income-generating activities, and strengthened participatory governance to reconcile local development with sustainable forest resource management.

Keywords: artisanal logging, livelihoods, local communities, Ngiri Triangle Natural Reserve, Democratic Republic of the Congo.




0.    INTRODUCTION

Le Bassin du Congo, qui abrite le deuxième plus vaste massif forestier tropical au monde, joue un rôle majeur dans la conservation de la biodiversité, la régulation du climat et les moyens de subsistance des populations locales (De Wasseige et al., 2021). En RDC, l'exploitation artisanale du bois constitue une activité économique essentielle pour les communautés rurales, bien qu'elle soit largement caractérisée par l'informalité et une faible gouvernance forestière (Lescuyer et al., 2016 ; FAO, 2022). Dans les aires protégées, cette activité représente un défi majeur en raison de ses effets potentiels sur les ressources forestières et les objectifs de conservation.

La Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri (RNTN), située dans le paysage Ngiri-Tumba-Maindombe, illustre cette problématique. Les restrictions d'accès aux ressources forestières, instaurées pour préserver la biodiversité, ont conduit de nombreux ménages à développer l'exploitation artisanale du bois comme source alternative de revenus. Malgré son importance croissante, les connaissances scientifiques sur la contribution de cette activité aux moyens de subsistance des communautés riveraines demeurent limitées.

Cette étude vise à analyser la contribution socio-économique de l'exploitation artisanale du bois aux moyens de subsistance des communautés riveraines de la RNTN. Plus spécifiquement, elle caractérise le profil des exploitants, évalue les revenus et les emplois générés, analyse le niveau de dépendance des ménages vis-à-vis de cette activité et examine ses implications pour la gestion durable des ressources forestières. Les résultats contribueront à orienter les stratégies conciliant conservation de la biodiversité et développement socio-économique des communautés locales.

I. MATERIELS ET METHODES

1.1. Zone d’étude


Source : Deka J. 2026

Figure 1 : Présentation de la Reserve Naturelle du triangle de Ngiri

Cette étude a été réalisée dans la RNTN, située dans la province de l’Équateur, au nord-ouest de la République Démocratique du Congo. Créée en 2011 par l'Arrêté ministériel n° 001/CAB/MIN/ECN-T/27/JEB/10 du 8 janvier 2011 et classée site RAMSAR du paysage lac Télé- lac Tumba. Cette aire protégée couvre environ 5 500 km² (ICCN, 2011) et comprend des forêts tropicales humides, des forêts marécageuses ainsi que des plaines inondables intégrées au bassin de la Ngiri. Elle constitue un écosystème clé du Bassin du Congo et fait partie des zones humides d’importance internationale pour leur forte valeur écologique et leur biodiversité exceptionnelle.

Le climat équatorial, chaud et humide selon la classification de Koppen, avec des précipitations annuelles dépassant 2 000 mm et des températures moyennes de 24 à 27 °C, favorise le développement de vastes formations forestières sempervirentes et inondées. Les populations riveraines, composées de communautés autochtones et bantoues, dépendent traditionnellement de la pêche, de l’agriculture, de la chasse et de la collecte des produits forestiers non ligneux.

1.2. Méthodes

Cette étude a été menée auprès des acteurs de l’exploitation artisanale du bois dans la RNTN. Un échantillonnage raisonné a permis de sélectionner 93 exploitants impliqués dans les activités d’abattage, de sciage, de transport et de commercialisation du bois (Patton, 2002 ; Creswell & Creswell, 2018).

La collecte des données a reposé sur une approche mixte combinant revue documentaire, questionnaires structurés, entretiens semi-directifs et observations de terrain. Les questionnaires ont permis de documenter les caractéristiques socio-économiques, les pratiques d’exploitation, les revenus et l’accès aux ressources forestières. Les observations ont complété ces informations en décrivant les techniques d’exploitation et les conditions de travail.

Les données quantitatives ont été analysées par des statistiques descriptives, et les données qualitatives par une analyse thématique (Miles et al., 2014). La triangulation des sources a permis de renforcer la fiabilité des résultats.


 



3. Résultats

3.1. Répartition spatiale des exploitants par village

La Figure 1 présente la répartition des exploitants artisanaux du bois selon les villages de la zone d’étude.


Source : Enquête du terrain Deka,2026.

Le graphique montre une forte concentration des exploitants artisanaux du bois dans le village de Bondilo (26%), suivi de Lobengo (16%) et Ipombo (15,2%), qui regroupent à eux seuls plus de la moitié des acteurs enquêtés. Une présence intermédiaire est observée à Bobanga (12%), Nganda Nsele (10%) et Nganda Message (9,2%), tandis que les villages de Bonzembo (6%) et Ekele (4%) enregistrent des proportions plus faibles. Les parts les plus marginales sont observées à Liketa et Konge (0,8% chacun). Globalement, ces résultats révèlent une distribution spatialement inégale de l’activité, fortement concentrée dans quelques villages, probablement en lien avec l’accessibilité, la proximité des ressources forestières et les dynamiques socio-économiques locales.

3.2. Informations générales sur les exploitants

Le tableau 1 résume le profil socio-économique des exploitants artisanaux du bois interrogés dans la zone d'étude, notamment selon le sexe, l'âge, la profession, le niveau d'instruction et l'ancienneté dans l'activité.

 

Tableau 1 : Informations générales sur les exploitants

Variable

Modalité

Fréquence

Pourcentage

 


Sexe

Masculin

84

90,3

 


Féminin

9

9,7

 


TOTAL

93

100

 


Age

18- 23 ans

15

16,1

 


24-29 ans

14

15

 


30-35 ans

12

12,9

 


36-41 ans

22

23,6

 


42-50 ans

19

20,4

 


Plus de 50 ans

11

11,8

 


TOTAL :                                                                             

93

100

 


Profession

Chef de village

7

4

 




 

Agriculteur/ Pêcheur

48

51,6



Enseignant

9

9,6



Bucheron/braise

11

11,8



Infirmier

5

5,3



Commerçant

11

11,8



Chasseur

9

9,6



TOTAL

93

100



Niveau d’étude

Primaire

44

47,3



Secondaire

36

38,7



Universitaire

10

10,7



Autre

3

3,2



TOTAL :

93

100



Durée dans l’exploitation du bois

De 1-5 ans

55

59,1



De 6-10 ans

23

24,7



De 11-15 ans

15

16,1



TOTAL :

93

100



Source : Enquête du terrain Deka,2026.

Le tableau 1 présente les caractéristiques socio-démographiques des exploitants artisanaux du bois enquêtés. Les résultats montrent une forte prédominance des hommes (90,3 %), indiquant que cette activité est essentiellement masculine. Les exploitants appartiennent majoritairement à la tranche d’âge de 36 à 41 ans (23,6 %), suivie de celle de 42 à 50 ans (20,4 %), ce qui traduit une implication importante des adultes en âge d’activité. La plupart des répondants exercent principalement l’agriculture et la pêche (51,6 %), témoignant du caractère complémentaire de l’exploitation artisanale du bois aux autres activités de subsistance. Sur le plan de l’instruction, près de la moitié des exploitants ont un niveau d’études primaires (47,3 %), tandis que seulement 10,7 % ont suivi une formation universitaire. Enfin, 59,1 % des exploitants comptent entre 1 et 5 ans d’expérience dans cette activité, ce qui suggère une implication relativement récente dans l’exploitation artisanale du bois.

3.3. Matériels utilisés, essences, pratiques, volume du bois produits et autres sources de revenus.

Le tableau ci‑après présente les informations relatives aux matériels utilisés, aux essences exploitées, aux pratiques mises en œuvre, au volume de bois produit ainsi qu’aux autres sources de revenus.

Tableau 2 : Outils, mode et essences exploitées

N°

Variable

Modalité

Fréquence

Pourcentage

01

Matériels utilises

Hache

55

59,1

Machette

19

20,4

Tronçonneuse

8

8,6

Tir fort

11

11,8

TOTAL

93

 

02

Mode d’exploitation du bois et d’évacuation

Abattage Sélectif

39

41,9

Abandon des souches

27

29,0

Ouverture des pistes

15

16,1

Trainage ou pousseur sur l’eau

12

12,9

TOTAL

93

100

03

 

 

 

 

 

 

 

Essences exploitées

Molengo(Entandrophragma utile)

40

43,0

     

Ebosi(Mitragyna ciliata

11

11,8

Lisenge(Nauclea diderrichii)

7

          7,5   

Fuma(Pycnanthus angolensis)

16

17,2

Abura(Mitragyna stipulosa)

9

9,6

Epondo(Piptadeniastrum africanum)

4

4,3

Bopembe(Guibourtia demeusei)

6

6,4

TOTAL

93

100

04

Volume du bois produit/an

-10 m3

12

12,9

De 10-50 m3

48

51,6

De 51-100 m3

23

24,7

Plus de 100 m3

10

10,7

TOTAL :

93

100

Source : Source : Enquête du terrain Deka,2026.

Le tableau 2 met en évidence les principales caractéristiques techniques de l’exploitation artisanale du bois dans la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri. Les résultats montrent que la hache est l’outil le plus utilisé (59,1 %), suivie de la machette (20,4 %), tandis que la tronçonneuse n’est employée que par 8,6 % des exploitants. Cette prédominance des outils manuels traduit le faible niveau de mécanisation de l’activité.

En ce qui concerne les pratiques d’exploitation, l’abattage sélectif est la méthode la plus fréquente (41,9 %), suivi de l’abandon des souches sur les sites d’exploitation (29,0 %), de l’ouverture de pistes forestières (16,1 %) et du traînage ou transport des grumes sur l’eau (12,9 %), reflétant des techniques d’exploitation susceptibles d’affecter l’intégrité des écosystèmes forestiers.

Les photos ci-dessous illustrent mieux les pratiques d’évacuation pénible du bois dans le chenal de Lobengo.



 

 



Source : Enquête du terrain Deka, Mai 2026.

Photo 1 à 4 : opérations d’évacuations du bois dans le chenal de Lobengo

3.4. Conditions d’accès à l’abattage du bois, autres sources de revenu et conflits.

Le tableau 3 présente les conditions d’accès à l’exploitation artisanale du bois, les sources complémentaires de revenus des exploitants ainsi que les principaux enjeux de gouvernance, notamment les conflits avec les autorités et le partage des bénéfices avec les communautés locales.

Tableau 3 : Conditions d'accès et conflits liés à l'exploitation artisanale

Variable

Modalité

Fréquence

Pourcentage

Permis d’exploitation ou de coupe de bois

Oui

0

0

Non

93

100

TOTAL

93

100

Frais lies a l’accès de coupe et de convoies

Ayant droit ou chef de terre

93

100

Eco-gardes

93

100

Ministère Provincial de l’environnement (FFN)

93

100

TOTAL

93

100

Autres sources de revenus

oui

63

67,7

Non

30

32,3

TOTAL

93

100

Satisfaction au métier d’exploitant artisanal du bois

Oui

19

20,4

Non

31

33,3

Sans avis

43

46,2

TOTAL

93

100

Conflits avec les autorités

Oui

53

57,0

Non

40

43,0

TOTAL 

93

100

Répartition de Bénéfice de l’exploitation artisanale du bois avec les communautés locales revenu

OUI

17

18,3

Non

76

81,7

TOTAL  

93

100

Source : Source : Enquête du terrain Deka,2026.

Le tableau 3 met en évidence le caractère largement informel de l’exploitation artisanale du bois dans la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri. Aucun des exploitants enquêtés ne dispose d’un permis d’exploitation ou de coupe (100 %), tandis que tous déclarent s’acquitter de frais auprès des ayants droit ou chefs de terre, des éco-gardes et des services provinciaux de l’environnement, révélant l’existence de mécanismes informels d’accès à la ressource. Par ailleurs, 67,7 % des exploitants exercent d’autres activités génératrices de revenus, ce qui traduit une diversification des moyens de subsistance, alors que 32,2 % dépendent exclusivement de l’exploitation du bois.

Les résultats montrent également que 62 % des exploitants se déclarent insatisfaits de cette activité, probablement en raison des difficultés économiques, des contraintes administratives et de l’insécurité liée à son caractère informel. Plus de la moitié des répondants (56,9 %) rapportent avoir été confrontés à des conflits avec les autorités, témoignant des tensions persistantes entre les exploitants et les services chargés de la gestion forestière. Enfin, seuls 18,2 % des exploitants affirment que les bénéfices de l’exploitation sont partagés avec les communautés locales, contre 81,7 % qui estiment le contraire. Cette faible redistribution des retombées économiques met en évidence les limites du mécanisme actuel de gouvernance et soulève des préoccupations quant à l'équité dans le partage des bénéfices issus de l'exploitation des ressources forestières.

3.4. Impacts socio-économiques de l’exploitation.

La figure 11 présente la répartition des revenus mensuels déclarés par les exploitants artisanaux du bois dans la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri.


Source : Jacques DEKA, Mai 2026,

La figure 11 montre une forte concentration des revenus mensuels autour des faibles et moyens niveaux de rémunération. La modalité la plus fréquente correspond à un revenu mensuel de 200 USD (25,8 %), suivie de 150 USD (13,9 %), 250 USD (11,8 %) et 100 USD (10,7 %). Les revenus de 330 USD (8,6 %), 50 USD (6,4 %) et 500 USD (4,3 %) sont moins représentés, tandis que les revenus supérieurs à 550 USD concernent une faible proportion d'exploitants (entre 1,0 % et 3,2 %). Par ailleurs, 7,5 % des répondants n'ont pas été en mesure d'estimer leurs revenus mensuels.

Dans l'ensemble, ces résultats indiquent que l'exploitation artisanale du bois procure des revenus relativement modestes à la majorité des exploitants, avec une faible proportion bénéficiant de revenus élevés. Cette distribution traduit le caractère précaire et variable de cette activité, fortement influencée par les volumes de production, les fluctuations du marché et les coûts liés à l'accès et à la commercialisation du bois.

 



4. DISCUSSION DES RESULTATS

Les résultats montrent que l’exploitation artisanale du bois dans la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri (RNTN) est essentiellement portée par des hommes adultes faiblement scolarisés, dont plus de la moitié sont agriculteurs ou pêcheurs. Ce profil socio-économique confirme que cette activité constitue avant tout une stratégie de diversification des revenus dans un contexte marqué par la pauvreté rurale et le manque d’opportunités économiques alternatives, comme observé dans plusieurs régions du Bassin du Congo (Lescuyer et al., 2016 ; De Wasseige et al., 2021).

La forte proportion d’exploitants récemment engagés dans la filière (59,1 % depuis moins de cinq ans) révèle une expansion récente de l’activité. Cette dynamique traduit l’attractivité économique croissante du bois d’œuvre, mais également l’insuffisance des mécanismes de contrôle dans cette aire protégée. Une telle augmentation du nombre d’acteurs accentue inévitablement la pression sur les ressources forestières et compromet les objectifs de conservation de la réserve (FAO, 2022).

L’utilisation dominante d’outils rudimentaires, notamment la hache (59,1 %) et la machette (20,4 %), confirme le caractère artisanal de l’exploitation. Toutefois, l’impact écologique demeure significatif en raison de la pratique généralisée de l’abattage sélectif ciblant principalement Entandrophragma utile (43 %). La surexploitation de cette essence commerciale peut entraîner une modification de la composition floristique, une diminution du potentiel de régénération naturelle et un appauvrissement progressif de la biodiversité forestière (ATIBT, 2020 ; De Wasseige et al., 2021).

L’absence totale de permis d’exploitation (100 %) constitue l’un des résultats les plus préoccupants de cette étude. Elle met en évidence une filière entièrement informelle caractérisée par une faible application de la réglementation forestière. Cette situation favorise une exploitation incontrôlée des ressources, réduit les capacités de suivi des autorités compétentes et fragilise la gouvernance des ressources naturelles (Cerutti et al., 2014 ; Lescuyer et al., 2016).

Par ailleurs, les conflits fréquents entre exploitants et autorités (56,9 %) ainsi que la faible redistribution des bénéfices aux communautés locales (18,2 %) témoignent d’une gouvernance peu inclusive et d’un partage inéquitable des retombées économiques. Or, plusieurs travaux démontrent que l’absence de bénéfices tangibles pour les populations riveraines constitue un facteur majeur d’échec des politiques de conservation dans les aires protégées africaines (De Wasseige et al., 2021).

Bien que l’exploitation artisanale du bois génère des revenus mensuels pouvant atteindre 200 USD pour une proportion importante d’exploitants, ces revenus demeurent globalement modestes et inégalement répartis. Ainsi, les bénéfices économiques à court terme apparaissent insuffisants pour compenser les coûts écologiques potentiellement irréversibles liés à la dégradation du couvert forestier. Ces résultats soulignent l’urgence de mettre en place des mécanismes de gestion durable conciliant conservation de la biodiversité, formalisation de la filière et amélioration des moyens de subsistance des communautés locales

 

CONCLUSION

Cette étude a permis d’évaluer les impacts socio-économiques et environnementaux de l’exploitation artisanale du bois dans la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri (RNTN). Les résultats montrent que cette activité est principalement exercée par des hommes adultes issus des secteurs de l’agriculture et de la pêche, disposant généralement d’un faible niveau d’instruction et d’une expérience récente dans la filière. L’exploitation repose essentiellement sur des techniques rudimentaires et cible préférentiellement quelques essences forestières de forte valeur commerciale, notamment Entandrophragma utile (Molengo).

L’étude révèle également que l’exploitation artisanale du bois constitue une source importante de revenus pour les ménages riverains, contribuant ainsi à leur subsistance dans un contexte marqué par la faiblesse des opportunités économiques. Toutefois, les bénéfices générés demeurent inégalement répartis et profitent peu au développement collectif des communautés locales.

Sur le plan environnemental, la pratique de l’abattage sélectif, l’ouverture des pistes forestières et l’absence de mesures de gestion durable exercent une pression croissante sur les ressources forestières de la réserve. La situation est aggravée par le caractère entièrement informel de la filière, marqué par l’absence de permis d’exploitation, la fréquence des conflits avec les autorités et la faiblesse des mécanismes de gouvernance.

Au regard de ces résultats, l’exploitation artisanale du bois apparaît comme un enjeu majeur de conservation et de développement dans la RNTN. La préservation durable des ressources forestières nécessite le renforcement du cadre réglementaire, la formalisation de la filière, l’amélioration du contrôle forestier ainsi que la promotion d’activités alternatives génératrices de revenus. Une meilleure implication des communautés locales dans la gestion et le partage des bénéfices constitue également une condition essentielle pour concilier conservation de la biodiversité et développement socio-économique durable.

 « Sans une formalisation effective de la filière et une gouvernance participative des ressources forestières, l’exploitation artisanale du bois risque de compromettre durablement l’intégrité écologique de la Réserve Naturelle du Triangle de la Ngiri, pourtant reconnue comme l’un des écosystèmes les plus importants du Bassin du Congo. »

REFERENCES

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  • Cerutti, P. O., Lescuyer, G., Tsanga, R., Kassa, S. N., Mapangou, P. R., Mendoula, E. E., & Nasi, R. (2014). Social impacts of the informal logging sector in Central Africa. International Forestry Review, 16(2), 145–162.

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