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RDC : LE PARADOXE DE LA MEGABIODIVERSITE DANS UN PAYS CONFRONTE A L'INSECURITE ALIMENTAIRE

Théophile Yuma Kalulu

Politiste, enseignant-chercheur à l’Université de Kisangani

Bily BolakongaI lye

[Agroéconomiste, enseignant-chercheur à l’Institut Facultaire des sciences Agronomiques de Yangambi


Résumé

L’article « RDC : le paradoxe de la mégabiodiversité dans un pays confronté à l’insécurité alimentaire » rappelle que la République démocratique du Congo est l’un des pays les plus riches en ressources naturelles et en biodiversité. Avec un potentiel en terres arables impressionnant (près de 80 millions d’hectare), des prairies pouvant supporter 40 millions de tête de gros bétails et une hydrographie généreuse capable de produire 700 000 tonnes de poissons par an ainsi que des forêts naturelles évaluées à environ 126 millions d’hectare, la RDC devrait être l’un des pays les plus riches de l’Afrique et même du monde. Cependant, elle n’est pas autosuffisante du point de vue alimentaire et est obligée d’importer une majeure partie de ce qu’elle consomme pour couvrir les besoins alimentaires de sa population.

Le texte interroge les raisons de cette contradiction et pointe le relâchement du gouvernement : les dirigeants se seraient désengagés de leurs responsabilités en privilégiant leurs intérêts personnels, si bien que les programmes agricoles ambitieux ne voient pas le jour. Les partenaires techniques et financiers déploient leurs propres projets sans coordination, ce qui supprime toute stratégie nationale cohérente. Le cadre d’analyse s’inspire des théories de la gouvernance et met en évidence les traits d’« ingouvernementalité » (corruption, détournement des ressources, conflits, désorganisation administrative) qui paralysent le secteur agricole et empêchent la valorisation durable des ressources naturelles.

Une lecture de la trajectoire historique, remontant à l’époque coloniale, rappelle que ce pays fut exploité pour ses richesses naturelles (caoutchouc, ivoire, plantations de cacaoyer et de caféier, etc.), ce qui impliqua des violences extrêmes à l’égard des populations autochtones. Elle démontre comment une gouvernance structurée et stable permit une certaine prospérité. A l’inverse, dès l’accession du pays à la souveraineté nationale et internationale, le pays vit son économie vaciller à cause d’une gouvernance prédatrice, des mesures économiques sulfureuses (telle que la zaïrianisation), de l’instabilité politique (succession des sécessions, conflits armés récurrents) … Ce qui fit basculer la RDC d’un statut de pays exportateur de produits agricoles à celui d’importateur net.

L’article se referme par des recommandations pertinentes en sept axes stratégiques centrés sur une gouvernance politique efficace afin d’inverser la tendance actuelle pour espérer surmonter le paradoxe d’un pays immensément riche en ressources mais en proie à la faim.

I.                    Introduction

I.1. Contexte et problème

La RDC possède des ressources naturelles vastes et diversifiées abritant une méga biodiversité avec un immense potentiel agricole. Du point de vue des ressources édaphiques, elle dispose d’un potentiel remarquable, avec près de 80 millions d’hectares de terres arables et d’un potentiel de 4 millions d’hectares irrigables dont une large proportion reste inexploitée à ce jour[1](FAO, 2024).Par ailleurs, les estimations de la FAO (op.cit) indiquent que la RDC compterait environ 126 millions d’hectare des forêts, représentant 55% de la superficie totale des terres congolaises. Cet écosystème forestier héberge une flore exceptionnellement riche et une faune sauvage très diversifiée dont de nombreuses espèces endémiques ainsi que des vastes étendues naturelles et des paysages divers. Ses savanes sont susceptibles de supporter jusqu’à 40 millions de têtes de gros bétails. En outre, la RDC est drainée par un réseau hydrographique très dense et généreux dominé par le fleuve Congo auxquels s’accolent, dans un réseau dendritique, de nombreuses rivières et cours d’eaux relativement bien repartis sur l’ensemble de son territoire. La superficie totale couverte par les eaux est de 86.050 Km²(MECNT, 2010), représentant 3,7% de la superficie totale du pays. Il s’ensuit que sa densité halieutique estimée à 700.000 tonnes de poisson par an. Située à cheval sur l’Equateur, la RDC jouit d’une grande diversité climatique subdivisant son territoire en plusieurs zones agroécologiques autorisant une très grande diversité des spéculations agricoles. Cette position à cheval sur l’Equateur et les avantages naturels exceptionnels, avec une rotation presqu’équilibrée des saisons pluvieuses et sèches sur toute l’année, favorisent la stabilité du débit du fleuve Congo et grandes rivières.

La mobilisation de tous ces atouts naturels pourrait transformer ce pays en une puissance agricole capable de rendre des services considérables, d’abord aux citoyens congolais et aux habitants des autres régions de la planète. Selon des estimations raisonnables de la FAO (op.cit), une exploitation raisonnée et intelligente de ce potentiel permettrait à ce pays de nourrir environ 2 milliards de personnes dans le monde. A ce jour, les Etats africains situés autour du lac Tchad font des projections sur la possibilité que le bassin du Congo fournisse de l’eau à celui du lac Tchad. Une telle initiative pourrait préserver les écosystèmes et sédentariser des millions de personnes dans cette région. Grâce à ce potentiel, la RDC a vocation à devenir un des Etats-grainiers et un château d’eau douce de l’humanité. Dans un passé récent, la combinaison de ces atouts avait déjà permis à la RDC de figurer parmi les Etats producteurs et exportateurs nets de nombreux produits agricoles. Sous l’influence de la politique coloniale, chaque région du pays s’adonnait une ou plusieurs spéculations destinées à la consommation locale et à l’exportation.

Cependant, actuellement, la RDC n’atteint l’autosuffisance alimentaire que pour le manioc, tandis qu’elle le reste largement dépendante des importations pour satisfaire les besoins alimentaires de sa population. A titre illustratif, son déficit céréalieratteint83% (FA0, 2022).Ce revirement graduel de la situation soulève de nombreuses interrogations. Qu’est ce qui serait à la base de la résurgence de la faim dans un pays pourtant doté de tous les atouts sus-évoqués ? Pourquoi le gouvernement de ce pays peine-t-il à restaurer la souveraineté alimentaire sur son territoire national ? Quel rôle les partenaires techniques et financiers pourraient-ils jouer dans la lutte contre ce fléau ? Ce questionnement nous permettra de surfer dans la théorie de la gouvernance afin de proposer de réponses concrètes.

Il semble que le relâchement du gouvernement soit au cœur de cette débâcle alimentaire. En délaissant leurs responsabilités pour se consacrer à leurs activités d’enrichissement personnel, contraires aux normes de la bonne gestion de la chose publique, ces acteurs publics ne sont plus à mesure de concevoir, de cibler et d’implémenter des programmes agricoles ambitieux allant dans le sens de restaurer la capacité de production agricole visant à réduire drastiquement les vulnérabilités. Les partenaires multilatéraux, bilatéraux et locaux sont, quant à eux, pris dans un cercle vicieux face à un gouvernement qui ne montre pas des signaux forts allant dans le sens d’améliorer ce secteur. Chacun déploie, à sa manière, ses propres projets qui finissent par supplanter les programmes du gouvernement.


I.2. Objectifs

Ce papier se propose de déceler les causes ainsi que les traits de l’ingouvernementalité qui affectent la RDC depuis des décennies, notamment après son indépendance. Car, estimons-nous, il revient, avant tout, au pouvoir public de susciter, d’impulser, d’accompagner et de soutenir les activités d’un secteur aussi stratégique, vital et crucial que l’agriculture. Le succès de ce secteur exige non seulement des investissements massifs mais aussi la revitalisation et la redynamisation des infrastructures communautaires telles que les voies de communication ainsi que de nombreux services d’appui à la production. Il est essentiel de documenter les actions conjoncturelles des partenaires qui interviennent dans ce secteur. Une telle démarche permettrait une meilleure coordination dans la planification et la mise en œuvre des projets et programmes, favorisant ainsi leur efficacité tout en évitant le morcellement, les efforts dispersés et le saupoudrage. Bien souvent, les acteurs non gouvernementaux, quoiqu’animés par la volonté d’appuyer, souvent limités par leurs moyens et par le temps, peinent à obtenir des résultats significatifs visant à aider les Congolais de surmonter (ou à faire face à) cette crise.

I.3. Méthodologie

La méthode mobilisée dans cette réflexion est essentiellement documentaire mais soutenue par l’observation directe désengagée. Pour dégager et analyser le paradoxe qui oppose la mégabiodiversité et à la faim en RDC, nous avons privilégié d’exploiter, d’une part les différents rapports des structures crédibles tant nationales qu’internationales (Gouvernement congolais, Fao, Onu) et d’autre part, les écrits pertinents de quelques auteurs sur cette problématique. Ce travail est complété par les réalités du terrain. Car, les deux auteurs ont déjà réalisé plusieurs consultances sur cette question dans plusieurs coins du territoire national de la RDC, notamment : la Tshopo, le grand Bandundu, l’ancien Equateur, l’espace Kasaï et sans oublier les grands centres urbains tels que : Kisangani, Kinshasa, Goma, etc. La technique de l’analyse de contenu qualitative a permis de trianguler les faits observés aux écrits existants tout en privilégiant la dimension analytique. Les publications en perspective présenteraient des cas chiffrés pour les espaces en observation quoique toute l’étendue de territoire national de la RDC soit affectée par l’insécurité et la faim.


Outre cette introduction et une conclusion, la présente réflexion s’articulera autour des points suivants : rappel historique sur la RDC, une analyse de la période post-indépendance et un examen des facteurs ayant conduit à la faillite de l’Etat.

II.                  RDC, Rappel historique

II.1. Construire un espace à fructifier

A l’instar d’autres Etats africains, la RDC, dans ses frontières actuelles, fut créée par l’Europe occidentale lors de la conférence de Berlin de 1885. Les grandes puissances occidentales de la fin du 19èsiècle décidèrent d’étendre, au-delà de la domination économique et commerciale, leur influence politico-militaire bien au-delà leurs territoires respectifs. Dans ce génie occidental de sujétion, la RDC aura la chance/malchance de n’être convoitée par aucune grande puissance de l’époque. Son contrôle fut attribué à un individu : Léopold II, le roi belge. Cette attribution fut assortie d’une conditionnalité majeure : laisser cet espace ouvert à toutes les puissances occidentales coloniales de l’époque, ce qui s’apparentait alors à un véritable boulevard. Comparativement aux autres Etats africains, la RDC est conçue comme un espace de passage, d’entrée et de sortie pour tout le monde. Cependant, le monarque Belge, fort des données lui fournies par John Rowlings, dit Henry Morton Stanley, entreprit d’exploiter activement le capital qui lui avait été confié inconsciemment par les puissances de l’époque. Avec l’appui de quelques grandes entreprises telles que ABIR, Compagnie du Chemin de fer du Congo, Compagnie du Kassaï, Société anonyme belge pour le commerce du Haut-Congo et Anversoise, de l’Eglise catholique et d’une administration publique embryonnaire, Léopold II initia, avec bénéfices[2],  des travaux d’aménagement visant à désenclaver ce vaste espace. Routes et chemins de fer furent construits en vue de faciliter l’acheminement vers l’Occident les produits de vastes plantations des cultures pérennes et des richesses naturelles extraites. Ces premiers investissements occidentaux vont avilir et assujettir les Congolais. Comme l’esclave est un homme qui ne dispose pas de ses bras, mais travaille perpétuellement au profit du maître qui lui indique sa tâche, ces Congolais sont vraiment des esclaves ou des serfs de la chose publique[3]. L’emprisonnement de femmes otages, l’assujettissement des chefs à des travaux serviles, les humiliations, la chicotte donnée aux récolteurs, les brutalités des noirs préposés à la surveillance[4],… Une des entreprises impérialistes les plus catastrophiques de l’histoire  qui dévasta le peuple congolais et son environnement[5]. Parmi les produits forestiers et vivriers ayant permis d’engranger d’importants profits, figurent :

a.       Le caoutchouc

Léopold II réalisa un exploit retentissant suite à l’explosion de demande en caoutchouc, essentielle à la fabrication de pneumatiques pour l’industrie automobile naissante. La vaste forêt tropicale de son Etat Indépendant du Congo regorgeait des lianes qui secrètent cette précieuse sève. Grisée par la manne financière colossale engrangée, Léopold II intensifia l’exploitation jusqu’à des niveaux inhumains, entrainant l’effusion de sang parmi ses vassaux congolais. Des vies des congolais furent fauchées, des corps mutilés, des membres amputés, des disparitions forcées perpétrées tandis que des femmes étaient violées et prises en otage. Tel sur un parchemin, le colon traça en lettres de sang un sombre chapitre, contraignant l’être à ‘petite humanité’ à accroître toujours plus la production du caoutchouc. Face à la raréfaction des lianes sauvages surexploitées, le pouvoir colonial introduisit vers 1904[6], la plantation de l’hévéa (Heveabaesiliensis) pour pallier le déficit. Cette entreprise sanguinaire ne se limita pas au caoutchouc ; elle inclut également le portage des pointes d’ivoire et de toutes sortes de butins extraites des contrées difficilement accessibles vers des zones de transit, dans une logique de pillage systématique des richesses du Congo.

Cependant, il sied de relever l’apport conscient ou inconscient du colon à la promotion de cultures vivrières et pérennes. Destinées à subvenir aux besoins des populations locales sédentaires, ces cultures visaient également l’approvisionnement des expéditions d’exploration de l’administration, de l’armée ainsi que des petites agglomérations naissantes. Ce système initialement basé sur l’imposition des quotas à livrer à l’administration, évolua progressivement pour devenir des programmes organisés sous la colonisation.


b.      Cultures vivrières

Comme sus évoqué, outre la récolte de la précieuse sève, l’administration coloniale imposait aux communautés locales vassales des quotas de produits à fournir à intervalle régulier. Manioc, maïs, riz, tarots, poulets, chèvres, porcs, etc. étaient exigés aux Congolais pour subvenir aux besoins alimentaires des colons. A cette fin, le décret royal du 18 novembre 1903[7]obligeait les commissaires des districts à dresser annuellement un tableau détaillant, pour chaque région sous leur administration, les quantités de produits indigènes et de travail attendues. La mise en œuvre de ces exigences s’accompagnait d’une coercition brutale. Les agents de l’administration recouraient à une violence explicite pour contraindre les populations locales tandis que les représentants de l’Eglise, usaient d’une violence symbolique pour parvenir à leur fin. A titre d’exemple, la chefferie de Bamba[8]devrait fournir mensuellement 5 chèvres ou porcs ou 50 poules, 60 kg de latex de caoutchouc, 125 chikwangues, 15 kg maïs, arachides, noix de palme, bananes, légumes indigènes et 15 kg de patates douces. En plus, un homme sur dix devait travailler comme ouvrier ou porteur, et la chefferie devait fournir un milicien ou soldat travailleur. Annuellement, la chefferie devait mettre en culture 15 hectares, planter 400 arbres à fruits et 750 arbres à latex[9].

Cette pratique coercitive, bien qu’injuste et brutale, a engendré une certaine dynamique locale de production des biens de première nécessité auprès des colonisés. Craignant les représailles, les populations locales optaient pour stratégie de subsistance, cultivant et produisant non seulement pour répondre aux besoins des colons mais aussi pour assurer leur propre survie. Cette peur omniprésente a impulsé les travaux agricoles qui permettront d’éloigner le spectre de la faim dans les communautés locales.

c.       Cultures pérennes

Contrairement aux premières, celles-ci étaient dictées par la logique marchande, chère au capitalisme. Il s’agissait de produire des denrées capables de renflouer le trésor public colonial. Pour ce faire, certaines cultures telles que le palmier à huile (Elaeis guinensis), le caféier (Coffea arabica et C. canephora), le bananier (Musa spp), le papayer(Caricapapaya) et le théier (Camellia sinensis) furent introduites, soit encouragées pour une culture intensive. Parallèlement, l’élevage intensif de gros et petits ruminants fut promu en fonction des spécificités agroécologiques de chaque région. Ainsi par exemple, le palmier à huile, le caféier et le bananier plantain furent principalement développés dans les zones forestières tandis que le théier, le papayer, le quinquina prospéraient dans les montagnes de l’Est.

Avec le temps, la colonisation belge finit par transformer la vaste étendue forestière en une véritable zone de production. Les plantations de palmier à huile installées dans les forêts tropicales humides firent de ces régions des pôles de productions d’huile de palme. Les provinces de l’Equateur, de la Mongala, de l’Ubangi, de la Tshuapa, des Uélé, de la Tshopo, une partie du Maniema, le Mayombe dans le Kongo-Central, le Kwilu, le Kwango et le Mai-Ndombe devinrent des zones spécialisées dans cette culture du palmier à huile. Le colonisateur installa également l’entreprise ‘Plantations Lever du Congo’ chargée de la production et de la commercialisation d’huile de palme. A partir de cinq concessions de 60 Km de rayon, à Bumba, Basongo, Barumbu,Lusanga et Ruki-Momboyo, ce groupe britannique Lever Brothers développa ses sites d’exploitation en combinant l’achat de produits aux villageois, dans un premier temps, puis l’installation de plantations industrielles[10]. L’exploitation d’huile de palme et de la noix palmiste mobilisa des investissements occidentaux massifs. En effet, d’autres capitaux étrangers se rallièrent au groupe britannique Lever Brothers en créant la société Huileries du Congo Belge[11]devenue, par la suite ‘Plantations et Huileries du Congo’. Bien que cette entreprise continue à produire environ 300 mille tonnes d’huile par an, ce volume reste insuffisant pour satisfaire les besoins locaux estimés à 400 mille tonnes par an[12].

L’huile de palme occupe une place centrale dans la vie des Congolais, étant un aliment de base incontournable (Maindoet al, 2019). Hormis une petite élite urbaine, les Congolais lambda n’ont aucune alternative viable de remplacement de ce précieux liquide dans leurs cuisines quotidiennes. La rareté de cette denrée provoque la carence en vitamine A, touchant particulièrement la frange de des enfants de 0 à 5 ans tout en gardant, à vie, de graves séquelles physiques et mentales.

Les cultures de théier, caféier, cacaoyer (Theobroma cacao), papayer, et de bananier étaient en grande partie développées dans les régions de l’Est. Entre 1881 et 1886, les colons introduisent déjà la logique des plantations industrielles pour le caféier et le cacaoyer, faisant du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri les principaux producteurs de ces cultures pérennes.

L’élevage a, quant à lui, été implémenté principalement dans les régions moins forestières ou savanicoles telles que le Katanga, le Kongo-Central, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Nord-Ubangi et le Bandundu. Dès 1886, les colons belges introduisirent les premières têtes de bétail dans l’Etat Indépendant du Congo[13]. Malgré les multiples contraintes dont celles d’acheminement des souches productives en Afrique centrale qui ralentirent son développement, cet élevage prit progressivement de l’ampleur et connut donc, au fil des décennies une certaine extension durant la période coloniale.

En parallèles des activités agricoles, le pouvoir colonial mit en valeur les ressources halieutiques offertes par la riche hydrographie de la RDC. Pour rappel, ce pays dispose de plusieurs lacs importants à l’échelle africaine, à savoir : les lacs Albert, Kivu, Tanganyika, Mai-Ndombe et lac Ntomba. Les trois premiers sont alignés dans le Graben Congolais du Nord-Est jusqu’au Sud-Est tandis que les derniers sont situés presqu’au centre du pays respectivement dans les provinces de Mai-Ndombe et de l’Equateur. A côté de ces lacs importants, il y a le fleuve Congo avec ses nombreux affluents qui sont tous poissonneux. Cette manne halieutique permit au colonisateur d’offrir aux populations locales congolaises une source essentielle de protéines animales.

II.2. Moyens mis en œuvre

La fin de 19èsiècle coïncida avec les débuts balbutiants de la révolution technologique moderne avec des inventions marquantes telles que le moteur à vapeur et à combustion. Bien que ces avancées aient permis aux puissances occidentales de se projeter à l’échelle mondiale, dans le contexte de la transformation des territoires africains, les colons s’appuyaient davantage sur l’exploitation de la main-d’œuvre locale.

Au Congo-Kinshasa dont il est question dans cette réflexion, les colons belges prirent possession du territoire de l’Etat Indépendant du Congo par une combinaison de ruse et de violence. Les suzerains dociles se faisaient déposséder de leurs territoires par des accords souvent incompris, signés en échanges de quelques produits manufacturés occidentaux. Ce fut le cas de Msiri avec son garangandja[14].En revanche, ceux qui résistaient, étaient brutalement réprimés ou tués : ainsi, Ndjike, successeur de Tippu Tip, fut combattu et chassé de Falls par les colons belges[15].

Pour valoriser et rentabiliser la colonie, les colons surexploitèrent la main d’œuvre locale noire de manière gratuite et coercitive. Comme susmentionné, la récolte de la sève de caoutchouc et le portage de pointes d’éléphants (l’économie de cueillette) reposaient sur des corvées imposées aux populations locales noires. Lors de ses nombreuses expéditions, Henri Morton Stanley faisait porter son bateau démontable par des porteurs noirs à travers l’isthme entre l’Océan atlantique et le fleuve Congo, avant de le remettre à l’eau dans le bief navigable du fleuve Congo (Kinshasa-Kisangani). La force physique et la violence furent les instruments clés permettant aux colons de tracer les contours d’un Etat qui naissait et s’organisait progressivement.

Sous la colonisation belge (1908-1960), le pouvoir dota la colonie d’une Direction générale de l’agriculture relevant du ministère des Colonies à Bruxelles et collaborant étroitement avec le Gouverneur général basé à Léopoldville. Avant l’exploitation du cuivre par l’Union Minière du Haut-Katanga en 1911, l’agriculture constituait le principal moteur économique de la colonie. Le pouvoir colonial déploya également des moyens dans la formation du personnel au sein de son administration afin de suivre au quotidien, les activités agricoles. Pendant ce temps, l’enseignement agricole se développa grâce à l’administration coloniale, aux œuvres des missions religieuses et aux initiatives privées des entreprises agricoles présentes sur le terrain qui forment leurs propres cadres. Tous ces efforts culminèrent avec la création, en 1933, de l’Institut National d’Etudes Agronomiques du Congo Belge (INEAC) à Yangambi, dans la Province Orientale (spécifiquement dans l’actuelle province de la Tshopo). Un fait marquant antérieur à l’INEAC fut la fondation, en 1926, de la Régie des Plantations de la Colonie avec comme objectif principal, l’étude et l’établissement de plantations modernes. Les moniteurs agricoles furent déployés presque sur toute l’étendue du territoire de la colonie.

La principale retombée de cette politique agricole coloniale fut l’amélioration générale de la production agricole, en dépit de la paralysie provoquée par les deux-guerres mondiales (1914-1918 et 1939-1945). Les produits de consommation étaient non seulement abondants sur tous les marchés locaux, ruraux ou miniers, mais également exportés sur les marchés internationaux.

La politique agricole coloniale reposait sur la coexistence des cultures vivrières, industrielles et pérennes afin de répondre à la fois aux besoins alimentaires des populations locales et de garantir une économie florissante favorisant l’entrée des devises pour renflouer les caisses de la métropole. En milieu coutumier, les cultures vivrières comme le riz, le maïs, le manioc, les haricots, la patate douce, le soja et l’arachide se développèrent aux côtés des cultures industrielles telles que le coton. Ces deux catégories de cultures coexistaient avec des plantations modernes (grandes et petites) de palmier à huile, de canne à sucre, de caféiers, de bananiers, de théiers, d’hévéas, de cacaoyer et de tabac qui furent également mises en place. Certaines plantes spécifiques telles que le pyrèthre, le quinquina, le papayer et certaines autres plantes à fibres connurent une production accrue grâce aux efforts combinés des paysans et de quelques investisseurs coloniaux dès 1910[16].Malgré les défis conjoncturels, les efforts de production, spécialement de riz des montagnes, de café, de coton et d’huile de palme se poursuivirent et les résultats tangibles ne tardèrent pas à être perceptibles. Ci-dessous, une figure illustrative, tirée des Mémoires du Congo, présente les volumes des exportations du riz pendant la première guerre mondiale, témoignant de l’ampleur de cette dynamique agricole.


L’amélioration de la production agricole avait permis de garantir la souveraineté alimentaire sur l’ensemble de la colonie. A l’accession de la RDC à l’indépendance, le 30 juin 1960, la colonisation légua à la première République congolaise, un pays doté d’une économie robuste et stable ainsi qu’une population bien nourrie et en bonne santé.

III.                Congo après indépendance

Héritiers d’un Etat à l’économie stable, les politiques congolais ont éprouvé et peinent encore à maintenir et à prolonger cet élan. Que s’est-il réellement passé ?

III.1. Rupture ou continuité ?

Il importe de souligner que l’indépendance du Congo a marqué le début d’une véritable désintégration de l’économie nationale, particulièrement dans le secteur agricole. Le premier quinquennat post-indépendance est caractérisé par un flottement sur le choix politique à mettre en œuvre. Dans le secteur agricole, plusieurs initiatives de haut niveau ont été lancées mais elles se sont soldées par des échecs. Selon TECSULT-AECOM[17], pas moins de 22 plans, ont été formulés. Il s’agit entre autres de : Retroussons les manches (Salongo) (1966-1977) ; Plan intérimaire de relance agricole (1966-1972) ; Fonds de relance économique (Plan Mobutu) (1978-1981) ; Programme agricole minimum (PAM) (1980-1981) ; Programme intérimaire de réhabilitation (1983-1985) ; Conjoncture économique (Plan de relance agricole) (1982-1984) ; Programme d’autosuffisance alimentaire (PRAAL) (1987-1990) ; Programme intérimaire de réhabilitation économique ; Plan quinquennal de développement économique et social (1985-1990) ; Programme d’autosuffisance alimentaire (PRAAL) (1990) ; Plan directeur du développement agricole et rural (1991-2000) ; Programme national de relance du secteur agricole et rural (PNSAR) (1997-2001) ; Programme d’urgence d’autosuffisance alimentaire (PUAA) (2000-2003) ; Programme triennal d’appui aux producteurs du secteur agricole (2000-2003) ; Actions prioritaires d’urgence (APU) (2002-2003) ; Document intérimaire de stratégie de réduction de pauvreté (DSRP) 2003 ; Programme multisectoriel d’urgence de reconstruction et de réhabilitation (PMURR) (2000-2006) ; Programme national d’urgence de renforcement des capacités (PNURC) ; Programme indicatif national (PIN) : pour la province du Kivu ; Programme d’appui à la réhabilitation du secteur agricole et rural (PARSAR) ; Projet de réhabilitation du secteur agricole dans les provinces du Kasaï-Oriental, Kasaï-Occidental et Katanga (PRESAR) ;Tables rondes, dont une en agriculture et sécurité alimentaire mars 2004.

À la lumière de cet aperçu des nombreux projets et programmes agricoles, souvent prometteurs et porteurs d’espoir, il apparaît que l’agriculture a longtemps été considérée comme le fleuron ou le pilier central de la politique de développement en RDC. Malheureusement, ces initiatives quoiqu’ambitieuses sur le papier, ont souvent été exécutées sommairement ou n’ont tout simplement jamais vu le jour. Cette faille dans la mise en œuvre pourrait se justifier par le manque de volonté politique couplé à quelques impondérables. Incapable de maintenir l’élan hérité de la période coloniale et d’innover dans le secteur agricole, le gouvernement congolais se rabattit progressivement sur l’exploitation minière, reléguant ainsi au second plan l’agriculture qui bascula automatiquement dans l’angle mort des priorités gouvernementales. Toutes les initiatives ci-haut évoquées sont donc restées largement théoriques, souvent dépourvues de décision concrète et d’allocations budgétaires suffisantes et conséquentes ; la priorité étant systématiquement accordée à des interventions d’urgence, sans véritable vision stratégique à moyen et long terme. Il s’en est suivi que l’approche est demeurée fort longtemps fondée sur des projets à court terme, souvent mal planifiés et budgétivores. Au final, la plupart de ces projets et/ou programmes se sont transformés  en des structures administratives permanentes, sans impacts tangibles sur le terrain[18]. Cette ‘ingouvernance’ de l’Etat ouvrit la voie aux conflits armés ravageant une frange importante du territoire et infligeant un coup sévère aux activités du secteur agricole. C’est le cas de l’ébullition dans le Graben Congolais qui jette en pâture de milliers de vies en les transformant en perpétuels déplacés internes vivant dans des camps précaires.  Les plus habiles ont traversé les frontières et sont devenus des réfugiés dans des pays limitrophes. Ces conflits endémiques anéantissent la capacité des habitants à subvenir à leurs besoins par l’agriculture et entravent considérablement les activités économiques. Chaque décennie qui a suivi a apporté son lot de malheurs, aggravant ainsi au fil des années une situation déjà critique et condamnant le secteur agricole à une marginalisation durable.


a/ 1960-1970

Cette décennie fut marquée par des conflits armés qui affectèrent principalement les milieux ruraux bien plus que les centres urbains. La rébellion muleliste s’installa dans les villages du Kwilu tandis que les Simba se focalisèrent davantage dans les villages des provinces de l’Est du Congo. Ces groupes rebelles bloquèrent des espaces conquis et prirent en otage les populations locales. Les villageois, contraints à l’errance perpétuelle dans la jungle, moururent par milliers de faim et de maladie.


b/ 1970-1980

Cette décennie fut marquée par une mauvaise gestion systématique de l’Etat qui provoqua le tarissement progressif des sources qui alimentent les finances publiques. Le gouvernement mit en place une mécanique de prédation qui asphyxia l’appareil productif et, par ricochet, le système économique et prit en otage l’Etat. Le pouvoir se lança dans une logique irréaliste d’industrialisation, multipliant des initiatives coûteuses qui s’apparentaient à de véritables éléphants blancs, avec des dépenses somptuaires au-delà des ressources économiques tant prévisibles que disponibles[19]. Cette dérive aggravée par des mesures hasardeuses et sulfureuses de nationalisation radicale est connue sous le nom de « zaïrianisation ». Cette politique consista à exproprier, sans compensation, les entreprises détenues par les particuliers occidentaux pour les redistribuer aux dignitaires et leurs proches, souvent dépourvus des compétences nécessaires à la gestion des entreprises. Les fermes et plantations jadis exploitées par des entrepreneurs européens furent donc confiées à des mains congolaises inexpertes, ce qui provoqua logiquement une profonde désorganisation.


Ce« braquage économico-financier »eut pour conséquence immédiate la faillite totale du secteur agricole exposant des milliers des personnes à la faim. Il provoqua l’effondrement sans précédent, mieux signa carrément l’arrêt de mort de ce secteur vital qui fut le socle de l’édification de l’Etat Indépendant du Congo et du Congo Belge. Depuis lors, aucun programme véritablement cohérant et structurant n’a été initié dans ce secteur. L’agriculture perdit subséquemment son rôle stratégique au profit du secteur minier et d’autres priorités, se muant en secteur très aléatoire et, en grande partie, dysfonctionnel. Le crédit budgétaire alloué à ce secteur n’atteint pas les 10% exigés dans la déclaration de Maputo. Qui pis est, la part réellement exécutée sert principalement à couvrir le fonctionnement de l’administration et les salaires d’un personnel pléthorique, quelquefois vieilli et inadapté à la nouvelle donne technologique, sans impact pertinent sur le développement des activités et de la production agricole.

III.2. Incursion des programmes d’ajustements structurels (1980-1990)


Cette décennie fut celle l’imposition des programmes d’ajustements structurels (PAS) par les grandes puissances hégémoniques sur les Etats faibles (dont la plupart sont africains) à travers leurs bras séculiers qui sont le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. Ces mesures économiques, présentées comme la sanction à l’encontre de la « délinquance financière » des Etats en développement, visaient à les contraindre à rembourser leurs dettes bilatérales et multilatérales, sans tenir compte de la situation des populations meurtries.

Les secteurs jugés non productifs et considérés comme trop dispendieux tel que l’éducation, la santé, les affaires sociales, furent drastiquement réduits ou carrément bannis du registre de la prise en charge de l’Etat et de ses partenaires extérieurs. Ces domaines qualifiés de « stériles » furent marginalisés, exacerbant ainsi les inégalités sociales et accentuant la précarité des populations déjà vulnérables.


Les secteurs rural et agricole ne furent pas épargnés par cette crise de la dette et ses conséquences. Comme susmentionné, les maigres crédits budgétaires effectivement alloués à l’agriculture ne servait principalement qu’à prendre en charge les coûts administratifs d’un appareil pléthorique sans réel impact sur le terrain. Sans moyen conséquent, l’agriculture se réduisit à une petite activité de subsistance pour les populations rurales incapables de produire suffisamment pour elles-mêmes, et encore moins pour approvisionner les consommateurs de centres urbains. Cette dégradation renforça la dépendance alimentaire et fragilisa davantage la souveraineté alimentaire du pays.


Frise Chronologique de la RDC : regard sur la trajectoire historique de l’agriculture                                                                                           

Faits sociaux, économiques et politiques

 

Faits agronomiques

Existence presqu’en autarcie

Avant arrivée arabe

Agriculture véritablement de subsistance : peu diversifiée. Très faible monétarisation, presque pas de logique de rente

 

Arrivée des arabes

Avant 1885

Introduction de quelques cultures dont timidement le riz : début de la diversification de l’agriculture

Colonisation belge + 1ère guerre mondiale

1914 -1918

Introduction de la culture du riz dans certains territoires dont ceux d’Opala et Ubundu(dans l’ex Province orientale) pour approvisionner les troupes de la force publique

Implantation des Plantations Lever au Congo (devenue PHC Ferronia)

1920

Valorisation du Palmier à huile et introduction et développement progressif des plantations de palmier à huile et quelques plantations agroindustrielles

Création de l’Institut National pour l’Etude Agronomique du Congo belge (INEAC)

1933

Début de la recherche agronomique et mise au point des variétés de palmier à huile et travaux sur l’hévéaculture

Valorisation de l’agriculture comme pilier de l’économie

1940 – 1960

Agriculture contrôlée, imposée et suivie. Introduction des cultures obligatoires. Encadrement paysan, respect des itinéraires techniques et des superficies par ménage

Accession du pays à l’Indépendance

1960

Libéralisation des superficies (fin de limitations de superficies) + diversification des cultures

Zaïrianisation

1973

Exploitations agro-industrielles confiées aux nationaux

Rétrocession des plantations aux propriétaires (tentatives)

1974 -1983

Déclin progressif du secteur agro-industriel et abandon d’une grande partie des plantations. Reconversion progressive des agriculteurs des cultures pérennes vers l’agriculture vivrières à cause du rétrécissement de la demande et de la détérioration de l’état des routes

Démocratisation puis pillage

1990

Rétrécissement de la production vivrière faute de marché et surtout de route.

Choix des cultures en fonctions des secteurs géographiques.

Arrivée des ONG de développement et introduction des légumineuses (niébé + soja) + renouvellement timide de la pisciculture

Rébellion

1997 – 2003

Dégénérescence des semences, baisse de la productivité et augmentation des surfaces emblavées

Stabilisation politique et normalisation progressive

Depuis 2003

Reprise progressive de la production

Multiplication des appuis des ONG et Agences internationales

Amélioration de la productivité et des itinéraires techniques grâces aux appuis.

Source : Bolakonga et Rousseau, 2024





Typologie évolutive des systèmes de production : cas de l’actuelle province de la Tshopo


Source : Bolakonga et Rousseau, 2024




IV.                Vers la fin de l’Etat ?

L’année 1990 inaugura une période de grande incertitude pour l’Etat congolais. Incapable de maintenir son autorité sur l’ensemble de son territoire à cause des conflits armés récurrents, l’Etat congolais fut contraint à fonctionner en mode « archipélique[20] » ; il ne parvient plus à contrôler des pans entiers du territoire à cause de l’instabilité. Les conflits armés récurrents, exacerbés par la prédation des ressources minières, plongèrent la RDC dans une spirale de violence sans précédent. Reprenant le mode opératoire des rebellions de 1960 à 1965, ces conflits armés gagnèrent en intensité et en complexité.

Cette guerre multiforme impliquant plusieurs belligérants et/ou acteurs belligérants (le gouvernement congolais, les gouvernements rwandais, ougandais et burundais, les missions des Nations Unies ainsi que de multiples groupes armés étrangers et nationaux) se doubla d’un pillage systématique des ressources naturelles, notamment minières et forestières. La conséquence directe fut une crise humanitaire de grande ampleur : des millions des vies furent fauchées par les armes à feu, les maladies, la faim ou encore par l’errance interminable dans la jungle de l’Est du pays.

Parallèlement, la souveraineté alimentaire du pays s’effondra. L’agriculture, autrefois essentielle - particulièrement dans la partie est du pays, jadis considérée comme l’un de grenier important de la RDC – disparut de l’agenda du gouvernement national qui préféra importer de denrées alimentaires de première nécessité au détriment de la production locale. Cette dépendance croissante à l’égard des importations accrut la précarité alimentaire et exposa une grande partie de la population à la faim.

Les données ci-dessous, tirée des travaux de Lebailly et ses collaborateurs illustrent la gravité de la situation et les conséquences directes de l’abandon de l’agriculture en RDC

Tableau 1. Évolution des importations, et moyenne par tête d’habitant, de blé et farine,

riz, maïs, haricot sec, sucre et huile par période de 1970 à 2010

Produit

Indicateur

1970-1979

1980-1989

1990-2000

2000-2007

2007-2010

Blé et farine (équivalent blé)

Importation moyenne (tonnes)

121 350

206 621

274 020

403 125

178 623

Moyenne (Kg/hab)

5,18

6,46

6,27

7,13

2,5

Riz

Importation moyenne (tonnes)

31 805

50 959

69 310

151 375

130 998

Moyenne (Kg/hab)

1,35

1,56

1,62

2,68

1,9

Maïs

Importation moyenne (tonnes)

144 950

120 273

35 700

74 500

36 962

Moyenne (Kg/hab)

6,06

3,94

0,86

1,32

0,5

Haricot sec

Importation moyenne (tonnes)

0

0

271,2

6750

10 599

Moyenne (Kg/hab)

0

0

0,01

0,12

0,2

Viande

Importation moyenne (tonnes)

15 013

28 117

31 954

44 125

53 856

Moyenne (Kg/hab)

0,65

0,86

0,75

0,78

0,8

Sucre

Importation moyenne (tonnes)

18 532

23 120

25 439

94 125

100 862

Moyenne (Kg/hab)

0,80

0,72

0,57

1,66

1,4

Huiles végétales + animales

Importation moyenne (tonnes)

973

172

13 304

43 750

39 352

Moyenne (Kg/hab)

0,04

0,01

0,30

0,77

0,6

Source : pour les données jusqu’en 2007, FAOSTAT ; ensuite, SNSA (2012).


Il est très important de souligner deux aspects importants, à savoir :

-          Ces produits importés ne parviennent qu’à peine à couvrir les besoins de consommation au niveau de grands centres urbains, en particulier à Kinshasa, en excluant les milieux ruraux ;

-          Le volume de ces importations ne fait qu’accroître à ce jour. La persistance de l’insécurité, l’augmentation de la population et le déficit de volonté de ceux qui gouvernent font que les denrées alimentaires de première nécessité soient de plus en plus rares. A entendre les propos du ministre national de commerce extérieur[21], la RDC importe à ce jour (2025) pour plus de 3 milliards de dollars américains de produits agroalimentaires.  Ce montant représente le tiers du budget national dont l’exécution réelle tourne autour de 8 à 10 milliards de dollars américains.


IV.1. Instabilité politique

L’instabilité politique et la crise alimentaire entretiennent une boucle de rétroaction sans précédent. En paraphrasant Josué de Castro[22], le phénomène alimentaire et la nécessité de se nourrir influent intensément sur le comportement des peuples. Le manque de nourriture peut éveiller et aiguiser le comportement politique allant de simples revendications à l’explosion de violence. La RDC a déjà connu des situations pareilles à plusieurs reprises, notamment au cours de la décade 1990-2000 pendant laquelle des militaires et des civiles ont pillé des commerces, des établissements publics et divers biens des particuliers, en réponse à leur détresse alimentaire.

A ce jour, les groupes armés qui pullulent à l’Est et les gangs qui sévissent dans les centres urbains, singulièrement à Kinshasa, sont, en partie, le produit d’une accumulation de difficultés économiques et sociales insurmontables pour les populations démunies. Cette lutte pour la survie des plus vulnérables est souvent récupérée par des acteurs politiques pour les propres intérêts politiques. La conséquence de cette politisation perpétue les conflits armés (ou entretient la spirale des conflits armés) car l’offre politique de l’élite ne bénéficie qu’aux acteurs dominants. Les petits guerriers, quant à eux, se servent sur le dos des paysans en extorquant leurs maigres ressources.

Cette instabilité politique est à l’origine de deux types de crise alimentaire : L’une larvée (la faim structurelle) et l’autre apparente (la faim conjoncturelle).

-          La faim structurelle est permanente et insidieuse. Peu spectaculaire, elle se reproduit biologiquement, détruisant à la fois le psychique et le physique de l’individu affecté. Elle anéantit la dignité et s’accompagne d’une souffrance chronique et silencieuse. Les conséquences de la faim structurelle sont graves à court, moyen et long termes. Chez les enfants, elle provoque un retard de croissance, une vulnérabilité accrue aux maladies et une mortalité infantile élevée, tout en entraînant des déficits cognitifs qui réduisent le quotient intellectuel et perpétuent le cycle intergénérationnel de pauvreté et de malnutrition. Chez les adultes, elle diminue la productivité physique et les capacités mentales, ce qui se traduit par des surfaces cultivées réduites, de faibles rendements agricoles et des impacts économiques durables.

-          La faim conjoncturelle, quant à elle, est plus visible. Elle fait irruption périodiquement. Elle survient souvent lorsqu’une sécheresse, des inondations dévastent une région ou lorsqu’une guerre déchire le tissu social, ruine l’économie, pousse de centaines de milliers de victimes dans des camps de personnes déplacées à l’intérieur du pays ou dans des camps de réfugiés au-delà des frontières[23]. Les conséquences de la faim conjoncturelle sur la production peuvent être profondes et diverses : abandon des terres, destruction des infrastructures agricoles, perte des moyens de production, perturbation des cycles agricoles, réduction de la main-d’œuvre disponible, diminution de l’accès aux intrants, effondrements des marchés agricoles, etc.

Il convient de souligner que la RDC est entrée dans une phase de la faim structurelle dès la décennie des programmes d’ajustements structurels. Depuis lors, les différents gouvernements successifs n’ont pas réussi à mettre en œuvre des stratégies efficaces pour sortir le pays de cette crise, laissant une grande partie de la population dans une précarité alimentaire permanente.


IV.2. Stabilité de l’insécurité

Cette phase est celle de l’intensification des conflits armés où les différents acteurs impliqués ont tendance à se spécialiser dans leurs rôles respectifs. Au premier échelon, l’on trouve les villageois, pris en otage ; suivent les petits combattants (exécutants ou terroristes)et les acteurs politiques, aussi bien ceux au pouvoir que ceux de l’opposition, qui agissent en véritables instigateurs. Au sommet de cette hiérarchie planent les « grands vautours internationaux » qui tirent profit des instabilités locales pour leurs propres intérêts.


De tous ces acteurs, ce sont les deux premiers, les villageois et les petits combattants qui subissent le plus durement les ravages de la faim. Il s’agit principalement des ruraux pauvres qui, au-delà de l’insécurité physique et alimentaire, manquent également d’eau potable, d’électricité, de services de santé publique, d’éducation et d’hygiène. Avec plus de 70% de la population congolaise vivant en milieu rural et dépendant presqu’exclusivement de l’agriculture itinérante sur brûlis, ces communautés sont particulièrement vulnérables.

Les plus habiles d’entre eux, majoritairement les jeunes plus dynamiques, migrent vers les centres urbains, à la recherche de meilleures opportunités, mais finissent par gonfler les rangs des pauvres urbains. Ces derniers, habitant généralement les bidonvilles insalubres, vivent avec des revenus extrêmement faibles ne pouvant pas prendre en charge leur alimentation. S’ils ont un revenu fixe, la part de la nourriture absorbe 80-85% de leurs dépenses totales[24]. Ziegler renchérit que c’est en Afrique subsaharienne où le taux de personnes sous-alimentées demeure le plus élevé, avec 30% en 2010, soit près d’une personne sur trois[25]… Généralement, ils habitent les bidonvilles qui squattent les centres urbains et qui constituent le foyer de mouvements subversifs contre l’ordre établi, exacerbant l’instabilité.


Dans ce contexte, tout le territoire de la RDC est très secoué par deux fléaux majeurs : la crise alimentaire et la crise sécuritaire. L’incapacité des institutions publiques à exercer une gouvernance efficace expose des millions de personnes à un sort tragique. Selon les protocoles de l’IPC (cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire), environ 27 millions de personnes en RDC souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, dont environ 6,1 millions à des niveaux critiques. Cela représente le plus grand nombre de personnes au monde confrontées à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë[26]

Ci-dessous la carte illustrant l’insécurité alimentaire en République démocratique du Congo entre septembre et décembre 2021




























FAO, 2022

 

IV.3. Intervention d’ONGs

Le RDC a bénéficié de l’intervention des ONG dès son accession à l’indépendance en juin 1960. Dans la décennie 1960 -1970, l’ONU a joué un rôle majeur dans la pacification du pays, alors en proie à des troubles et rebellions. Dans ce contexte chaotique, Dag Hammarskjöld, un des Secrétaires Généraux des Nations Unies, paya de sa vie dans une tentative de résolution de la crise. Actuellement de par sa situation délicate qui combine plusieurs crises (sécuritaire, alimentaire et sanitaire), la RDC bénéficie de l’aide précieuse d’Ong onusiennes, étrangères et nationales. La situation y est si critique que l’Ong Médecins Sans Frontières (MSF) a qualifié le pays de « Monstre humanitaire ».

Dans le secteur agricole et alimentaire, deux organismes du système onusien sont sur la première ligne : le Programme alimentaire mondial (PAM) qui fournit une aide alimentaire d’urgence et développe des projets de résilience et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)qui œuvre à renforcer les capacités agricoles locales pour assurer une sécurité alimentaire durable.

-          Le PAM se concentre plus dans la distribution des vivres aux ménages. Son assistance répond directement aux besoins alimentaires et nutritionnels dans l’optique de renforcer la résilience à plus long terme des enfants et de leurs familles. En 2021, le PAM avait secouru plus de 6 millions de personnes et projetait de nourrir 200 mille élèves en 2022, avec un objectif ambitieux d’atteindre un demi-million en 2024[27].

-          La FAO, pour sa part, met l’accent sur l’amélioration de l’accès des ménages aux outils agricoles, aux semences performantes et aux bétails de qualité. Elle soutient également les processus de production et de stockage des aliments tout en aidant les petits producteurs agricoles dans la lutte contre les maladies animales et végétales. En 2021, cette agence a fourni des semences et outils à près de 160 mille personnes, leur permettant de produire de nourriture ; elle a également effectué des transferts en espèces à plus de 40 mille bénéficiaires et a vacciné plus de 25 mille bovins contre la pasteurellose[28],…

Conscient de l’insécurité qui règne dans le pays, ces deux organismes du système des Nations Unies concentrent souvent leurs interventions dans l’hinterland de grandes agglomérations urbaines. En revanche, les villages et autres petits centres disséminés dans les forêts sont largement ignorés, laissant ainsi généralement les pauvres ruraux livrés à eux-mêmes. Cette focalisation sur les populations urbaines, quoiqu’importante, limite l’impact global de ces organismes et fait que leurs actions soient quelque peu diluées face à l’immensité du nombre des personnes en situation de détresse.

Par ailleurs, d’autres ONG interviennent dans plusieurs domaines, notamment la protection de l’environnement. Avec la montée en puissance des enjeux liés au changement climatique, plusieurs d’entre elles se déploient pour préserver les forêts et promouvoir des pratiques durables. Plusieurs initiatives se sont développées, notamment grâce au Fonds National REDD+ (FONAREDD) et à l’appui de l’Initiative pour la Forêt de l’Afrique Centrale (CAFI). Ces programmes visent à préserver les forêts, à promouvoir des pratiques agricoles durables et à accompagner les communautés locales dans la gestion de leurs ressources naturelles. Le FONAREDD, avec le soutien du CAFI, finance des Programmes Intégrés de Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts (PIREDD), qui adoptent une approche presque holistique pour aborder les défis environnementaux, sociaux et économiques dans plusieurs provinces de la RDC. Ces derniers jouent également un rôle clé dans l’amélioration des moyens de subsistance des communautés locales et des peuples autochtones.

Il importe de noter que les PIREDD interviennent dans plusieurs provinces suivantes : le Maï-Ndombe, l’Équateur, la Mongala, la Tshopo, le Bas-Uélé, l’Ituri, le Kwilu et le Maniema. Leur approche repose sur plusieurs piliers complémentaires :

-          La reforestation et l’agroforesterie pour réduire la pression sur les forêts naturelles ;

-          L’amélioration des moyens de subsistance ruraux, en offrant des alternatives économiques viables, telles que l’accès à des semences performantes, la diversification des cultures et l’introduction de nouvelles techniques agricoles durables ;

-          La foresterie communautaire, en accompagnant les communautés locales et les peuples autochtones dans l’obtention de titres de concession forestière et dans la gestion durable de leurs ressources ;

-          La lutte contre les feux de brousse et d’autres pratiques non durables qui contribuent à la déforestation ;

-          Le développement d’infrastructures locales, notamment pour le stockage et la commercialisation des produits agricoles ;

-          L’éducation environnementale et la sensibilisation, afin de promouvoir des pratiques résilientes et durables au sein des communautés rurales.

Outre les PIREDD appuyés par le FONAREDD sur financement principal du CAFI, de nombreuses autres Ongs implémentent l’agroforesterie, la foresterie communautaire où elles accompagnent les peuples autochtones et communautés locales à diversifier leurs moyens de subsistance. Elles accompagnent également ces communautés locales dans le processus d’obtention des titres de concessions forestières, tout en leur apprenant de nouvelles techniques agricoles durables et en distribuant des semences performantes des cultures pérennes et vivrières. En outre, elles allouent de petits crédits aux agriculteurs, éleveurs et aux petits artisanats locaux ; fédèrent les petits producteurs ruraux en coopératives afin d’améliorer leur pouvoir de négociation tout en leur facilitant des achats groupés de multiples intrants nécessaires à leurs activités productives. Elles mènent également des plaidoyers auprès de diverses instances nationales et internationales pour défendre la cause de ces communautés locales. Grâce à cet accompagnement, plus de 200 communautés locales ont obtenu, des titres perpétuels des concessions forestières.

Cependant, il importe de souligner que, malgré leur ambition et leur pertinence, ces différentes initiatives dont les PIREDD, restent limitées par la faiblesse des structures étatiques et l’absence de gouvernance efficace. Autrement dit, en l’absence d’un Etat fonctionnel et d’une volonté politique ferme des décideurs, même des mécanismes comme les PIREDD et les appuis importants des bailleurs importants comme le CAFI et/ou le FONAREDD et bien d’autres peinent à remédier à la  faillite de l’Etat[29] en terme d’amélioration drastique de la gestion durable des ressources naturelles et du quotidien des populations rurales.

V.                  Conclusion et suggestions

Le tour d’horizon du potentiel agricole de la RDC met en évidence d’immenses ressources en terres arables estimées à plus de 80 millions de terres arables, des ressources animales et halieutiques estimées respectivement à 700.000 tonnes de poissons par an et à plus de 40 millions de têtes de gros bétail pouvant être hébergés dans notre pays. Et pourtant, paradoxalement, la population congolaise se trouve confrontée à une situation d’insécurité alimentaire chronique. Cette situation malencontreuse s’explique largement par une trajectoire politique caractérisée par des dysfonctionnements récurrents de gouvernance marqués, au fil des années, par une gestion politique prédatrice, des institutions fragiles et des conflits armés récurrents depuis l’accession du pays à l’indépendance.

Changer la situation complexe et multidimensionnelle de la RDC nécessite une approche holistique et pragmatique. Bien que des solutions traditionnelles mobilisant des acteurs majeurs tels que l’Etat, les politiques, les groupes armés, les partenaires techniques et financiers soient indispensables, elles doivent être complétées par la valorisation du génie local et des initiatives endogènes. Investir dans les capacités des communautés locales, renforcer leur résilience et promouvoir la gestion équitable des ressources peuvent constituer des leviers puissants pour un changement durable.

Ainsi, une autre clé pour sortir de cette impasse réside dans l’association des intelligences de l’élite et des communautés locales (dont le savoir doit être mis à contribution) autour d’un État fédérateur au service de l’intérêt commun. Il importe, dès lors, de promouvoir une politique agricole territorialisée basée sur la valorisation des potentiels agroécologiques de chaque province, tout en favorisant un accès sécurisé à la terre aux producteurs agricoles, en favorisant l’accès aux semences et autres intrants performants et en encourageant la mécanisation agricole légère.

Toutes ces initiatives doivent se faire en accord avec la préservation des forêts et des écosystèmes importants que regorge la RDC. L’une des voies pour réussir la relance de l’agriculture de grande envergure consiste en la coexistence des cultures pérennes et des cultures vivrières afin de favoriser à la fois la rentrée des devises et la sécurité alimentaire.

Enfin, en vue de renforcer cette analyse, quelques propositions sont formulées en axes stratégiques.

Axe 1. Renforcer la gouvernance agricole et environnementale : il s’agit notamment de promouvoir des politiques agricoles et environnementales territorialisées qui tiennent compte du potentiel agroécologique des provinces afin de favoriser une production agricole de haut niveau aussi bien quantitatif que qualitatif, alliant production vivrière et pérenne, tout en limitant l’ouverture de nouveaux fronts forestiers d’une part et d’autre part, de préserver les écosystèmes fragiles ou d’importance avérée. Dans cette optique, l’Etat pourrait envisager de créer des fonds agricoles permanent pour promouvoir une agriculture intelligente et durable.

Axe 2. Accroître la sécurité foncière et encourager la foresterie communautaire : il est question notamment d’envisager une meilleure sécurisation foncière en formalisant certains droits coutumiers et à concrétisant le projet de cadastre agricole promu par la politique agricole d’une part, et d’autre part de sécuriser, dans chaque province, un pourcentage déterminé, d’au moins 20% consacrées aux forêts communautaires, par le biais de l’octroi rapide et simplifié des concessions forestières des communautés locales (CFCL) ;

Axe 3. Développer les infrastructures rurales tout en respectant l’environnement : l’une de plus grandes barrières au développement de l’agriculture reste la fragilité des infrastructures rurales, à cause notamment de l’état de délabrement très avancé des routes nationales et des pistes rurales ; à cela s’ajoute l’absence d’infrastructure de stockage et de transformation. En réalité une production qui ne peut s’écouler n’a aucune importance, sinon de nourrir l’autarcie. Cette carence en infrastructure est à l’origine de dégradations de la qualité et de la valeur marchande des produits agricoles qui sont, par nature, rapidement périssables. Il importe donc non seulement d’améliorer prioritairement des axes routiers conduisant vers de grands bassins de production, dans chaque province, mais aussi de favoriser l’installation des infrastructures de stockage et des unités de transformation de taille moyenne afin, non seulement de garantir une plus-value aux produits agricoles et, par ricochet de lutter contre la pauvreté rurale, mais aussi de contribuer à la souveraineté alimentaire de la RDC. Ceci doit se faire sans entamer les forêts, les aires protégées et en promouvant une électrification rurale durable, en priorisant les énergies renouvelables et la réutilisation des déchets biologiques.

Axe 4. Renforcer la coordination des actions et interventions des partenaires techniques et financiers : ceux-ci doivent s’inscrire préférentiellement dans les priorités des projets gouvernementaux qu’ils sont censés appuyer et renforcer. A défaut de cela, le gouvernement doit s’assurer que leurs interventions ne soient pas en contradiction avec sa politique économique, agricole et environnementale. En outre, le gouvernement doit s’atteler à canaliser les immenses fonds climatiques débloqués en faveur de la RDC afin de promouvoir des projets agricoles durables, tout en réduisant sensiblement les frais de transaction généralement très élevés.

Axe 5. Adopter et promouvoir des technologies agricoles modernes et respectueuses de l’environnement : pour ce faire, la RDC doit promouvoir des pools de recherche agronomique par grandes zones agroécologiques afin de co-construire des innovations issues des savoirs locaux et, ainsi, de mettre au point des semences performantes et résilientes, des pesticides à impact environnemental contrôlé et accessibles aux bourses modestes des ruraux, la petite mécanisation agricole afin de réduire la pénibilité du travail de la femme et d’augmenter la production.

Axe 6. Recherche-action et participation communautaire pour une production durable : ici, il est question de renforcer les savoirs endogènes dont il faut valoriser et amplifier les pratiques de gestion durable des ressources naturelles tout en favorisant des échanges entre chercheurs et communautés locales ; l’idée étant de les y associer à la recherche en leur confiant certaines responsabilités précises.

Les six axes stratégiques ainsi proposés sont conçus afin de promouvoir une relance durable du secteur agricole afin de garantir un essor intégré de l’agriculture, sensible aux besoins des communautés locales, tout en favorisant une production en quantité et en qualité tout en préservant les immenses ressources naturelles de la RDC.


VI.                Références bibliographiques

-          Badie B, La diplomatie des droits de l’homme, Paris, Fayard, 2002.

-          Bolakonga I et Rousseau C-I (2024) : Diagnostic agraire de la province de la Tshopo, République Démocratique du Congo. Rapport d’expertise commandé par Enabel.

-          David Van Reybrouck ,Le Congo Une histoire, Acte du Sud, 2012.

-          Drique M et Lejeune C, « La justice sociale à l’épreuve de la crise écologique » in Revue d’éthique et de théologie morale, n°293, 2017/1.

-          Fao (2022) : Sécurité alimentaire, niveau de production agricole et animale en RDC. ReliefWeb. https://reliefweb.int (consulté le 12/03/2025)

-          Fao (2024) : Fao en République démocratique du Congo : le pays en un coup d’œil. Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture: Le pays en un coup d'œil. https://www.fao.org/republique-democratique-congo/fao-en-republique-democratique-du-congo/le-pays-en-un-coup-doeil/ru (consulté le 17 janvier 2025)

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-          Maindo, A., Bolakonga B., Ewango, C. & Amundala, N. 2019. « Cultural and socioeconomic aspects of oil palm in Tshopo and Mongala, DR Congo ». ETFRN news 59: Exploring inclusive palm oil production.

-          Maindo A, L’Etat à l’épreuve de la guerre, Thèse de doctorat en Science politique, Université Paris I, 2004.

-          Mémoires du Congo,  « La place de l’agriculture dans l’économie du Congo Belge » in AfricaMuseum.

-          Mupapa S., Le Congo et l’Afrique à l’orée du troisième millénaire, Kinshasa, PUC, 2004.

-          Pierre J, « Faim et politique : Mobilisations et instrumentations » in Politique Africaine, n°119, Octobre 2010, pp. 5-22.

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-          Willame J-C, L’automne d’un despotisme, Paris, Karthala, 1992.

-          Ziegler J., Destruction massive Géopolitique de la faim, Paris, Seuil, 2012.


[1] 10% de la superficie des terres arables serait mis en valeur contre seulement 1% des terres irrigables effectivement cultivé

[2] Lire avec intérêt Vermeersch, A, La question congolaise, Bruxelles, BuLens, 1906. A la page 139, cet auteur présente les bénéfices engrangés par ces entreprises entre 1902-1904 en termes de millions de francs belges. Ils équivalaient le double voire le triple des capitaux investis.

[3] Vermeersch A, Opcit, p.156.

[4]Idem, p.141.

[5] Hochschild A, Les Fantômes du roi Léopold, Bookey, 2007.

[6]Mémoires du Congo,  « La place de l’agriculture dans l’économie du Congo Belge » in AfricaMuseum, consulté le 8/9/2024 à 14h10.

[7]Mupapa Say, Le Congo et l’Afrique à l’orée du troisième millénaire, Kinshasa, PUC, 2004, pp. 30-31.

[8] Une des chefferies de l’espace Grand Bandundu. A noter que la RDC a connu plusieurs configurations et reconfigurations administratives jusqu’à ce jour. Le nombre des provinces varie au gré d’humeurs d’acteurs politiques. Il y a déjà eu 8, 10 provinces dans l’histoire et aujourd’hui, le pays en compte 26.

[9]Idem

[10]Idem

[11] Mémoires du Congo, Opcit.

[12] Radio Okapi, novembre 2023

[13] Mémoires du Congo, Opcit.

[14] Lire Maindo Monga Ngonga, L’Etat à l’épreuve de la guerre, Thèse de doctorat en Science politique, Université Paris I, 2004.

[15]Lire  David Van Reybrouck , Le Congo Une histoire, Acte du Sud, 2012.

[16] Mémoires du Congo, Opcit

[17] Cité par Lebailly P, Baudouin M et Ntoto AR, « Quel développement agricole pour la RDC ? » in Conjoncturescongolaises, 2014, pp. 48-49.

[18]Nkwembe, Guy, Makala cités parLebailly P, Baudouin M et Ntoto AR, Opcit, p.49. 

[19]Willame J-C, L’automne d’un despotisme, Paris, Karthala, 1992, p.62.

[20]De manière fragmentée en plusieurs zones d’influence souvent appuyées par des puissances étrangères

[21] Julien Paluku, dans une conférence à la FICKIN, le 3 janvier 2025 in Politico.cd du 5 janvier 2025 (en ligne)

[22] Cité par Pierre Janin, « Faim et politique : Mobilisations et instrumentations » in Politique Africaine, n°119, Octobre 2010, p.5.

[23] Critères de l’ONU cités par Ziegler J., Destruction massive Géopolitique de la faim, Paris, Seuil, 2012, p.34.

[24]Idem, p.44.

[25]Idem, p.45.

[26] République démocratique du Congo, Aperçu de la sécurité alimentaire et de la nutrition, novembre 2021.

[27]Vesperini H, Bryant E, Kalinga C et Kacou-Amondji, « La crise de la sécurité alimentaire en République Démocratique du Congo pourrait s’aggraver dans les prochains mois » inhttps://fr.wfp.org/communiques-de-presse/la-crise-de-la-securite-alimentaire-en-republique-democratique-du-congo#:~:text=FAO%2DNewsroom%40fao.org, consulté le 8/9/2024 à 14h53

[28]Ibidem

[29]Badie B, La diplomatie des droits de l’homme, Paris, Fayard, 2002, p.228.

 
 
 

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