Transition Ecologique et lutte contre le Changement Climatique. Quelle compensation pour la République démocratique du Congo dite pays solution ?
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ALONI Barthel
Relations Internationales, Université de Kinshasa.
E-mails : barthelaloni@gmail.com – barthel.aloni@yahoo.fr

RESUME
La République Démocratique du Congo (RDC) est considérée comme un “pays solution” face au changement climatique grâce à ses immenses forêts, ses tourbières et ses ressources en eau, qui absorbent chaque année de tonnes de CO₂ et des minerais stratégiques indispensables à la transition énergétique (cobalt, lithium). La question centrale est celle de la compensation : comment valoriser ce rôle stratégique et obtenir un soutien financier et technologique équitable pour accompagner cette transition écologique. Bien que la RDC soit une actrice majeure de la régulation climatique mondiale, ce pays ne tire pas profit de compensation attendue au regard de financement international, la reconnaissance du rôle de la RDC, comme “poumon de la planète” et rémunération via des mécanismes de crédits carbone. est cruciale et capitale ; le soutien à la transition énergétique (hydroélectricité, solaire, agriculture durable) à travers les investissements verts, Investissements verts ; le renforcement institutionnel, un appui pour améliorer la gouvernance forestière et lutter contre la déforestation et enfin, la Justice climatique que la RDC exige et demande pour que sa contribution à la stabilité climatique mondiale soit compensée par des ressources financières et technologiques équitables.
Mots clés : transition écologique, changement climatique, compensation, pays-solution
ABSTRACT : The Democratic Republic of Congo (DRC) is considered a “solution country” in the face of climate change thanks to its immense forests, peatlands and water resources, which each year absorb tons of CO₂ and strategic minerals essential to the energy transition (cobalt, lithium). The central question is that of compensation : how to promote this strategic role and obtain equitable financial and technological support to support this ecological transition. The DRC has millions of hectares of tropical rainforests, the second largest forest in the world. She is a major player in global climate regulation. However, the country is already experiencing the effects of climate change through increased poverty, vulnerability of populations,... in terms of expected compensation with regard to international financing, recognition of the role of the DRC, as “lung of the planet” and remuneration via carbon credit mechanisms is crucial and capital; support for the energy transition (hydroelectricity, solar, sustainable agriculture) through green investments, Green Investments; institutional strengthening, support to improve forest governance and fight against deforestation and finally, climate justice that the DRC requires and requests so that its contribution to global climate stability is compensated by equitable financial and technological resources.
Keywords : ecological transition, climate change, compensation, solution country
INTRODUCTION
Dès les années 1960, la Communauté internationale a pris conscience de la nécessaire protection de l'environnement[1]. Cette prise de conscience est née du constat que les activités humaines liées tant à la production qu'à la consommation, portaient atteinte, voire de façon irrémédiable, aux écosystèmes avec pour conséquence une menace sur la survie même de l'Humanité. Les illustrations de cette appréciation étaient devenues incontestables : les marées noires causées par des accidents, les brouillards empoisonnés, l'extinction des espèces de la faune et de la flore sauvages, l'augmentation des températures, etc. Il a été constaté que certaines activités humaines pourraient modifier les caractéristiques du climat mondial, faisant peser sur les générations présentes et futures la menace de graves conséquences économiques et sociales tels que le changement de la qualité de vie, les menaces directes sur le devenir de l'humanité, les températures élevées, les fortes pluies, les sécheresses, etc.[2]
La traduction de la prise de conscience de la communauté internationale liée à la protection de l'environnement atmosphérique s'est officiellement manifestée depuis la première Conférence de Nations Unies sur l’environnement tenue à Stockholm du 05 au 16 juin 1972.[3] La dangerosité de la croissance économique, fondée sur la forte industrialisation, sur l’environnement qui subissait déjà les effets du réchauffement climatique et la perte de la biodiversité avait été reconnue pendant ces assises[4] Après ces assises de Copenhagen, plusieurs écologistes dénonçaient les causes et les responsables principaux de la crise environnementale depuis Sommet de la Terre de Rio de Janeiro au Brésil du 3 au 14 juin 1992[5]. Il s’ensuivit que ce sommet a permis à plusieurs pays de mettre en place des ministères d’environnement, des institutions publiques du développement durable, des parties écologistes[6]. La prise de conscience environnementale se fait également remarquer avec les organisations annuelles des COP (Conférence des Parties), depuis 1994, par les Nations Unies pour traiter sur la crise environnementale globale, précisément le problème de réchauffement climatique mondiale[7]. Par exemple, à la COP26, tenue à Glasgow du 1er au 12 novembre 2021, le président congolais, Félix-Antoine Tshisekedi, a présenté la RDC comme un véritable « pays-solution » à la crise climatique, en raison de ses forêts, de ses tourbières, de son réseau hydrographique et de ses ressources minérales[8].Dès lors, bien que la RDC n’ait pas encore été officiellement déclarée « pays-solution » par un acte juridique international, le gouvernement congolais et les chercheurs congolais militent pour que leur pays soit reconnu comme tel [9].Ainsi, le pays devra bénéficier de l’attention du monde, pour sauvegarder ce riche patrimoine, et garantir à sa population le droit de jouir de toutes ses potentialités environnementales , qui sont essentiellement le droit d’accès aux « fonds climatiques, en vue d’une compensation équitable et juste, au regard des sacrifices et abnégation que les congolaises et congolais devront consentir pour la préservation et la gestion rationnelle de ces ressources, revêtues dorénavant d’un intérêt planétaire.
Force est de constater que, la République Démocratique du Congo, souvent présentée comme un "pays solution" face au changement climatique, se trouve, cependant, face à un dilemme complexe : privilégier une transition écologique qui protège ses forêts et sa biodiversité, ou céder à des pressions qui pourraient mener à l'expropriation forestière pour des projets de développement. Plus grave encore, la RDC est également confrontée à des défis importants en matière de développement économique et de lutte contre la pauvreté.
D’où la RDC s’est inscrite dans le processus de transition écologique désignant un ensemble de démarches visant à adapter les sociétés humaines aux limites environnementales, notamment par la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la dépendance aux énergies fossiles, par le développement d'une économie circulaire et le renforcement de la résilience des territoires.[10]
Le problème résulte du fait que la RDC promue comme pays solution avec pour ambition la promotion de l’économie verte comme poumon écologique, régulatrice du climat mondial, ne bénéficie nullement de ses forêts et de sa biodiversité. Il est aucun impact significatif quant à cette vocation tant vantée. La RDC est partie prenante dans l’Accord de Paris (article 4) et a actualisé sa Contribution Déterminée au niveau national (CDN) en 2022, visant une réduction de 21 % de ses émissions d’ici 2030.[11]
Notre préoccupation s’attèle sur la question de savoir : Comment la RDC, malgré son rôle majeur dans la préservation de l’environnement mondial et la séquestration du carbone, ne bénéficie-t-elle pas d’une compensation proportionnelle aux services écologiques qu’elle rend à l’humanité, et quelles solutions permettraient de concilier justice climatique et développement national ?
Pour répondre à cette question, la présente étude démontre que le modèle actuel échoue à protéger les populations, en raison de financements internationaux complexes, longs et conditionnés, notamment à travers REDD+ et les crédits carbones. Ces mécanismes, souvent peu transparents, limitent l’accès direct aux fonds et peuvent générer des contrats inéquitables avec les communautés locales.
Pour parvenir à cet argumentaire, il a été judicieux de recourir à la méthode exégétique et l’approche dialectique. La méthode exégétique a consisté, d’une part, à analyser les instruments juridiques internationaux, régionaux et nationaux relatifs à l’environnement, auxquels la RDC a souscrit. Elle a permis d’analyser la manière ou l’ordonnancement dont ces instruments juridiques internationaux, notamment l'Accord de Paris et les conventions des Nations Unies sur la biodiversité et la lutte contre les changements climatiques. Ces instruments juridiques visent à favoriser la gestion durable des ressources naturelles, à prévenir les risques, à lutter contre toutes les formes de pollutions humaines, et à améliorer la qualité de la vie des populations dans le respect de l’équilibre écologique. Ainsi, la démarche méthodologique adoptée dans cette réflexion repose sur la combinaison de deux méthodes complémentaires : l’approche méthode exégétique et la méthode dialectique.
La méthode dialectique analyse des faits sociaux explicables, des structures décisionnelles sous-jacentes, des faits invisibles mais réels et observés de la vie sociale. En même temps, celte méthode met l'accent sur les dysfonctionnements sociaux et les perspectives de changement social. Dans cette perspective dialectique, l'ensemble de la réalité sociétale est appréhendé à travers des cléments contradictoires et à travers les manières dont les individus ou les groupes tentent de les dépasser.
Aussi, au regard de la nature de notre sujet, considérant la RDC pays-solution, au regard de la transition écologique et l’insuffisance des compensation juste et équitable, l'on constate qu'il y a un problème dialectique existant entre le vœu de la communauté internationale de la RDC comme poumon écologique et solution aux changements climatiques et la politique forestière et la diplomatie environnementale, ce qui justifie le recours à cette méthode dialectique dans l'analyse des thèses et des antithèses pour nous permettre d'en tirer une synthèse, après que celles-ci soient confrontées contradictoirement dans le cadre de cette dissertation.
Eu égard de ce qui précède, notre article s’articule autour de l’accaparement forestier, Taxe carbone, compensation et justice sociale et de la gouvernance prospective environnementale.
1. Accaparement Forestier et Taxe Carbone, Compensation Et Justice Sociale
Il s’illustre les tensions entre la protection des forêts congolaises dans le cadre de la lutte mondiale contre le changement climatique et les réalités sociales vécues par les populations locales. Il s’avère que la valorisation internationale des forêts de la RDC comme puits de carbone et réserve écologique mondiale peut parfois conduire à des phénomènes d’accaparement forestier, où des États, des multinationales ou des organisations environnementales obtiennent un contrôle important sur les espaces forestiers au détriment des communautés riveraines. D’où l’analyse des conséquences sociales, économiques et foncières de certains projets de conservation, de crédits carbone ou d’aires protégées qui limitent l’accès des populations aux terres, aux ressources naturelles et aux activités de subsistance. Il est également une évidence sur les enjeux de justice sociale, de souveraineté environnementale et de redistribution équitable des bénéfices issus de la transition écologique, en insistant sur la nécessité d’intégrer les droits des communautés locales et autochtones dans les politiques climatiques et les mécanismes internationaux de compensation.
1.1 Accaparement forestier
L’accaparement forestier constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de la gouvernance environnementale mondiale, particulièrement dans les pays disposant d’importantes réserves forestières comme la République démocratique du Congo. Dans le contexte de la transition écologique et de la lutte contre le changement climatique, les forêts sont devenues des espaces stratégiques convoités à la fois pour leur capacité de stockage du carbone, leur biodiversité exceptionnelle et leur valeur économique.
La RDC, qui abrite une grande partie du bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie, occupe désormais une place centrale dans les politiques climatiques internationales. Cependant, cette importance écologique mondiale s’accompagne de nombreuses tensions liées à l’appropriation, au contrôle et à l’exploitation des espaces forestiers. L’accaparement forestier renvoie ainsi au processus par lequel des acteurs publics ou privés, nationaux ou étrangers, acquièrent ou contrôlent de vastes superficies forestières souvent au détriment des populations locales et des communautés autochtones[12].
Dans le cas de la RDC, ce phénomène s’inscrit dans une longue histoire d’exploitation des ressources naturelles héritée de la période coloniale. Déjà sous l’administration de l’État indépendant du Congo dirigé par le roi Léopold II, les ressources forestières étaient exploitées dans une logique extractive tournée vers les besoins du marché international. Les populations locales étaient exclues de la gestion de leurs territoires et soumises à des formes de travail forcé destinées à maximiser l’exploitation du caoutchouc et du bois[13]. Cette logique historique d’appropriation externe des richesses naturelles s’est poursuivie après l’indépendance à travers différentes formes de concessions forestières accordées à des entreprises multinationales. Ainsi, la mondialisation économique et la transition écologique contemporaine tendent parfois à reproduire des mécanismes similaires de contrôle extérieur des ressources stratégiques congolaises.
Avec l’intensification des préoccupations climatiques mondiales depuis les années 1990, les forêts congolaises sont progressivement devenues un enjeu géopolitique majeur. Les accords internationaux sur le climat, notamment la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques adoptée lors du Sommet de Rio en 1992, ont renforcé l’idée selon laquelle les forêts tropicales constituent des instruments essentiels de régulation climatique mondiale[14]. Dans ce contexte, les pays industrialisés et les organisations internationales ont développé plusieurs mécanismes de conservation destinés à réduire la déforestation et les émissions de gaz à effet de serre. Parmi ces mécanismes figure notamment le programme REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts), présenté comme un outil permettant de rémunérer les pays forestiers pour leurs efforts de conservation.
En RDC, plusieurs projets de conservation ont provoqué des tensions entre les autorités, les investisseurs et les populations locales. Dans certaines régions, les communautés rurales dénoncent l’absence de consultation préalable lors de l’attribution des concessions forestières ou des projets de conservation carbone. Des restrictions d’accès aux terres agricoles, à la chasse, à la pêche ou à l’exploitation traditionnelle des ressources forestières sont parfois imposées au nom de la protection environnementale. Pourtant, pour les populations riveraines, la forêt représente avant tout un espace vital assurant la subsistance économique, culturelle et sociale des communautés[15]. Ainsi, lorsque les politiques climatiques limitent l’usage traditionnel des terres sans compensation adéquate, elles peuvent accentuer la pauvreté et les inégalités sociales.
L’accaparement forestier se manifeste également à travers les concessions attribuées aux entreprises d’exploitation du bois. Malgré l’existence d’un moratoire instauré en 2002 sur l’octroi de nouvelles concessions forestières industrielles, plusieurs organisations internationales ont dénoncé des violations récurrentes de cette mesure en RDC. Selon Global Witness certaines concessions auraient été attribuées de manière opaque, sans respect des procédures légales ni prise en compte des droits coutumiers des populations locales[16]. Cette situation illustre les faiblesses de la gouvernance forestière congolaise, marquée par la corruption, l’insuffisance des mécanismes de contrôle et la faiblesse institutionnelle de l’État.
Par ailleurs, l’importance stratégique des minerais nécessaires à la transition énergétique mondiale accentue davantage la pression sur les espaces forestiers congolais. La demande croissante en cobalt, cuivre, lithium et coltan pour la fabrication des batteries électriques et des technologies vertes entraîne une expansion des activités minières dans plusieurs régions forestières de la RDC. Cette dynamique crée une contradiction majeure entre les objectifs internationaux de protection environnementale et l’exploitation intensive des ressources indispensables à la transition énergétique mondiale. Selon Vlassenroot et Raeymaekers, les ressources naturelles congolaises demeurent au cœur des rivalités économiques et géopolitiques internationales, ce qui fragilise les perspectives d’une gestion durable et souveraine des territoires forestiers[17].
Les populations autochtones, notamment les peuples pygmées, figurent parmi les groupes les plus affectés par l’accaparement forestier. Depuis des générations, ces communautés entretiennent une relation étroite avec la forêt, qui constitue à la fois leur habitat, leur source de nourriture et le fondement de leur identité culturelle. Cependant, plusieurs projets de conservation ou de création d’aires protégées ont entraîné des déplacements forcés ou des restrictions d’accès aux territoires ancestraux. Les organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement les discriminations et les violences subies par ces populations dans le cadre de certains projets environnementaux[18]. Cette situation soulève la question de la justice climatique et de la reconnaissance des droits des peuples autochtones dans les politiques environnementales internationales.
L’accaparement forestier en RDC s’inscrit également dans les logiques du capitalisme vert. Ce concept désigne la tendance à intégrer les enjeux écologiques dans les mécanismes du marché mondial à travers les crédits carbones, les investissements verts et la marchandisation des services écosystémiques. Dans cette perspective, les forêts deviennent des ressources économiques génératrices de profits financiers pour les acteurs capables de contrôler leur gestion. Or, plusieurs critiques estiment que cette approche privilégie souvent les intérêts des investisseurs et des grandes puissances au détriment des besoins réels des populations locales[19]. La transition écologique risque alors de reproduire des rapports de domination Nord-Sud dans lesquels les pays africains fournissent les ressources environnementales indispensables à la stabilité climatique mondiale sans bénéficier d’une compensation équitable.
Face à ces défis, plusieurs voix plaident pour une gouvernance forestière plus inclusive et plus équitable. Les experts insistent sur la nécessité de renforcer la participation des communautés locales dans la gestion des ressources forestières et dans les négociations relatives aux projets climatiques. La reconnaissance des droits fonciers coutumiers apparaît également comme un élément essentiel pour prévenir les conflits et protéger les populations contre les risques d’expropriation. Selon Nguinguiri, la sécurisation foncière des communautés locales constitue une condition indispensable pour assurer une gestion durable des forêts en Afrique centrale[20].
En outre, la question de la compensation financière occupe une place centrale dans le débat sur l’accaparement forestier. La RDC revendique régulièrement une rémunération plus importante pour les services environnementaux rendus à l’humanité à travers la préservation de ses forêts. Cependant, plusieurs observateurs soulignent que les financements climatiques accordés au pays demeurent largement insuffisants par rapport à l’importance écologique du bassin du Congo. Cette situation alimente un sentiment d’injustice internationale dans la mesure où les pays industrialisés, principaux responsables historiques des émissions de gaz à effet de serre, bénéficient indirectement des capacités de régulation climatique des forêts congolaises sans assumer pleinement le coût économique de leur conservation.
Ainsi, l’accaparement forestier apparaît comme une problématique multidimensionnelle mêlant enjeux environnementaux, économiques, sociaux et géopolitiques. La RDC se trouve au cœur des contradictions de la transition écologique mondiale : d’un côté, elle est reconnue comme un acteur essentiel de la lutte contre le changement climatique ; de l’autre, elle demeure confrontée à des formes persistantes de dépendance et d’exploitation de ses ressources naturelles. Dans ce contexte, la véritable question réside dans la capacité du pays à transformer son statut de « pays-solution » en levier de développement souverain et de justice sociale plutôt qu’en nouvelle forme d’expropriation écologique.
2. Taxe carbone, compensation et justice sociale
La question de la taxe carbone, des mécanismes de compensation climatique et de la justice sociale occupe une place centrale dans les débats contemporains sur la transition écologique mondiale. Dans le contexte de la lutte contre le changement climatique, les États industrialisés, les organisations internationales et les institutions financières ont progressivement mis en place plusieurs instruments économiques destinés à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Parmi ces mécanismes figurent les taxes carbones, les marchés d’échange de crédits carbone ainsi que les fonds internationaux de compensation environnementale. Ces dispositifs reposent sur l’idée selon laquelle les activités polluantes doivent être soumises à une contribution financière afin d’encourager la réduction des émissions et de financer des politiques de protection environnementale[21]. Toutefois, derrière les objectifs écologiques affichés, se posent des questions fondamentales liées à la justice sociale, à l’équité internationale et à la redistribution des bénéfices issus de la transition écologique, particulièrement pour les pays du Sud comme la République démocratique du Congo.
La taxe carbone désigne un prélèvement fiscal appliqué aux activités émettrices de dioxyde de carbone ou d’autres gaz à effet de serre. Elle repose sur le principe du « pollueur-payeur », développé dans les politiques environnementales internationales depuis les années 1970. Ce principe vise à faire supporter aux acteurs économiques le coût environnemental des pollutions qu’ils génèrent[22]. Dans les pays industrialisés, la taxe carbone est souvent présentée comme un instrument permettant de favoriser les énergies renouvelables, de réduire la consommation des énergies fossiles et de financer les politiques climatiques. Cependant, son application à l’échelle mondiale soulève des déséquilibres majeurs, car les pays les plus pauvres subissent fortement les conséquences du changement climatique alors qu’ils sont historiquement les moins responsables des émissions mondiales. Dans ce contexte, la RDC occupe une position particulière dans la gouvernance climatique internationale. Grâce à ses forêts tropicales, ses tourbières et sa biodiversité exceptionnelle, le pays joue un rôle essentiel dans l’absorption mondiale du carbone. Le bassin du Congo constitue en effet l’un des principaux puits de carbone de la planète, capable de stocker plusieurs milliards de tonnes de dioxyde de carbone[23]. Cette capacité écologique fait de la RDC un acteur stratégique dans les politiques internationales de lutte contre le changement climatique. Dès lors, plusieurs responsables politiques et experts congolais considèrent que la communauté internationale devrait accorder une compensation financière importante au pays pour les services environnementaux qu’il rend à l’humanité.
La notion de compensation climatique renvoie précisément à l’idée selon laquelle les pays ou entreprises fortement émetteurs de gaz à effet de serre doivent financer des projets de réduction ou de séquestration du carbone dans d’autres régions du monde. Les mécanismes de compensation carbone permettent ainsi à certains acteurs économiques de continuer leurs activités polluantes tout en finançant des projets forestiers ou environnementaux destinés à compenser leurs émissions. Dans ce cadre, les forêts congolaises sont devenues un espace stratégique pour les investissements liés au carbone. Des programmes internationaux comme REDD+ ont été mis en place afin de soutenir financièrement les efforts de conservation des forêts tropicales dans les pays du Sud[24].
Cependant, plusieurs critiques soulignent les limites et les contradictions de ces mécanismes de compensation. Selon Martinez-Alier, les marchés carbones tendent parfois à transformer la nature en marchandise intégrée dans les logiques du capitalisme mondial[25]. Les forêts deviennent alors des actifs financiers évalués en fonction de leur capacité de stockage du carbone plutôt qu’en fonction de leur importance sociale, culturelle ou écologique pour les populations locales. Cette financiarisation de l’environnement risque de renforcer les inégalités entre les pays industrialisés et les pays en développement, notamment lorsque les populations locales ne bénéficient pas réellement des revenus générés par les projets carbones.
En RDC, plusieurs projets liés à la compensation carbone ont suscité des controverses concernant la répartition des bénéfices et les droits des communautés locales. Dans certaines régions forestières, des contrats de conservation ont été signés entre des investisseurs étrangers et les autorités locales sans consultation suffisante des populations concernées. Or, pour de nombreuses communautés rurales, la forêt représente un espace essentiel de survie économique, d’identité culturelle et de cohésion sociale[26]. Lorsque les politiques climatiques imposent des restrictions sur l’agriculture, la chasse ou l’exploitation traditionnelle des ressources forestières sans alternatives économiques viables, elles peuvent provoquer une aggravation de la pauvreté et des tensions sociales. La question de la justice sociale devient alors fondamentale dans l’analyse des politiques climatiques internationales. La justice climatique repose sur l’idée selon laquelle les responsabilités et les coûts liés au changement climatique doivent être répartis de manière équitable entre les États, les entreprises et les populations. Les pays industrialisés, responsables historiques de la majorité des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle, devraient logiquement assumer une part plus importante des efforts financiers liés à la transition écologique[27].
Pourtant, dans la pratique, les pays africains continuent souvent de supporter les conséquences environnementales et sociales du réchauffement climatique sans recevoir des compensations proportionnelles à leur contribution écologique mondiale.
Dans le cas de la RDC, cette situation alimente un débat croissant autour de la notion de « dette écologique ». Ce concept désigne l’obligation morale et économique des pays du Nord envers les pays du Sud en raison de l’exploitation historique des ressources naturelles et des dommages environnementaux causés par l’industrialisation massive. Selon Latouche, les mécanismes actuels de compensation climatique demeurent largement insuffisants face à l’ampleur des inégalités écologiques mondiales[28]. Malgré son rôle crucial dans la régulation climatique, la RDC reste confrontée à la pauvreté, à l’insuffisance des infrastructures et aux faibles capacités institutionnelles nécessaires à une gestion durable de ses ressources naturelles.
Par ailleurs, les enjeux de gouvernance constituent un défi majeur dans la gestion des financements climatiques. Plusieurs organisations internationales soulignent les risques de corruption, de mauvaise gestion et de détournement des fonds destinés aux projets environnementaux en RDC. Selon la Banque mondiale, l’efficacité des mécanismes de compensation dépend fortement de la transparence institutionnelle, de la participation des communautés locales et du renforcement des capacités administratives nationales[29]. Sans mécanismes de contrôle efficaces, les revenus issus des crédits carbones ou des financements verts risquent de profiter principalement aux élites politiques ou aux acteurs économiques internationaux plutôt qu’aux populations directement concernées.
En outre, la transition écologique mondiale entraîne de nouvelles formes de dépendance économique pour les pays du Sud. Les financements climatiques, les aides environnementales et les investissements verts sont souvent conditionnés par les priorités définies par les bailleurs internationaux. Cette situation limite parfois la souveraineté des États africains dans la définition de leurs politiques de développement. Pour certains auteurs, les mécanismes de compensation carbone peuvent ainsi devenir des instruments de contrôle économique et politique dans le cadre de la gouvernance environnementale mondiale[30]. La protection des forêts africaines risque alors d’être déterminée davantage par les besoins climatiques des pays industrialisés que par les intérêts socio-économiques des populations locales.
La problématique de la justice sociale concerne également les populations autochtones et les communautés forestières vivant dans les zones protégées. Les peuples autochtones de la RDC, notamment les communautés pygmées, sont souvent marginalisés dans les négociations relatives aux projets environnementaux. Pourtant, leur mode de vie traditionnel contribue historiquement à la préservation durable des écosystèmes forestiers. Plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent les expulsions, les restrictions territoriales et les discriminations subies par ces populations dans le cadre de certains programmes de conservation[31]. Cette situation révèle les contradictions entre les objectifs de protection environnementale et les principes de justice sociale.
Face à ces défis, plusieurs experts plaident pour une réforme profonde des mécanismes internationaux de compensation climatique. Ils insistent sur la nécessité de mettre en place des politiques plus équitables fondées sur la reconnaissance des droits des communautés locales, la participation démocratique et le partage juste des bénéfices environnementaux. Dans cette perspective, la compensation financière accordée à la RDC ne devrait pas être considérée comme une simple aide internationale, mais comme une reconnaissance du rôle stratégique joué par le pays dans l’équilibre écologique mondial.
La RDC revendique ainsi de plus en plus son statut de « pays-solution » afin d’obtenir une meilleure valorisation économique de ses ressources écologiques. Cette revendication repose sur l’idée que les forêts congolaises rendent un service environnemental global indispensable à la stabilité climatique de la planète. Toutefois, plusieurs analystes soulignent que la compensation financière ne suffira pas à elle seule à résoudre les problèmes structurels du pays. Une véritable transition écologique juste nécessite également des investissements dans l’éducation, les infrastructures, la santé, la gouvernance et la diversification économique afin de permettre à la population congolaise de bénéficier durablement des richesses environnementales nationales.
Cette réflexion met en évidence les contradictions profondes de la transition écologique mondiale. D’un côté, la lutte contre le changement climatique impose une protection accrue des ressources naturelles africaines ; de l’autre, les mécanismes économiques mis en place pour financer cette transition reproduisent parfois des rapports d’inégalités hérités de la mondialisation et de l’histoire coloniale. La question fondamentale demeure donc celle de savoir si la transition écologique internationale permettra réellement à la RDC d’accéder à un développement souverain et équitable ou si elle conduira à une nouvelle forme de dépendance écologique et économique.
Nous constatons certaines contradictions entre discours politiques et l’applicabilité concrète des attentes et missions assignées à la RDC. Les contradictions entre les discours politiques sur la transition écologique et leur applicabilité concrète constituent aujourd’hui l’un des principaux enjeux de la gouvernance environnementale mondiale. Depuis plusieurs décennies, les États, les organisations internationales et les grandes puissances économiques multiplient les déclarations en faveur du développement durable, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la protection des ressources naturelles. Les sommets internationaux sur le climat, notamment ceux organisés dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, insistent régulièrement sur l’urgence d’agir face au réchauffement climatique et sur la nécessité de promouvoir une transition énergétique plus respectueuse de l’environnement[32]. Pourtant, malgré ces engagements politiques et diplomatiques, les pratiques économiques et géopolitiques internationales révèlent de nombreuses incohérences entre les principes affichés et les réalités de leur mise en œuvre, particulièrement dans les pays du Sud comme la République démocratique du Congo.
Dans le cas de la RDC, cette contradiction apparaît avec une intensité particulière. Le pays est présenté sur la scène internationale comme un « pays-solution » en raison de ses vastes forêts tropicales, de sa biodiversité exceptionnelle, de ses réserves hydriques et de son potentiel écologique stratégique dans la lutte contre le changement climatique. Les dirigeants politiques internationaux reconnaissent régulièrement le rôle central du bassin du Congo dans la régulation climatique mondiale. Cependant, dans le même temps, les grandes puissances économiques et les multinationales intensifient l’exploitation des ressources minières congolaises indispensables à la transition énergétique mondiale. Cette double dynamique révèle une tension fondamentale entre le discours écologique mondial et les logiques économiques qui structurent encore le système international contemporain.
La transition énergétique mondiale repose largement sur le développement des technologies dites vertes telles que les véhicules électriques, les panneaux solaires, les batteries lithium-ion et les infrastructures numériques. Or, la fabrication de ces technologies nécessite des quantités considérables de minerais stratégiques, notamment le cobalt, le cuivre, le coltan et le lithium, dont la RDC possède d’importantes réserves. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale en minerais critiques pourrait quadrupler dans les prochaines décennies en raison des objectifs internationaux de décarbonisation. Cette situation place la RDC au centre des nouvelles rivalités économiques et géopolitiques mondiales[33].
Cependant, cette réalité révèle une contradiction majeure : alors que les discours politiques internationaux appellent à la protection de l’environnement et au développement durable, les mécanismes économiques de la transition écologique entraînent une intensification de l’extractivisme dans les pays africains. L’exploitation minière nécessaire à la production des technologies vertes provoque des pollutions massives, la destruction des écosystèmes, la déforestation et la dégradation des conditions de vie des populations locales. Selon Bonneuil et Fressoz, la transition écologique contemporaine ne remet pas fondamentalement en cause le modèle productiviste mondial ; elle déplace simplement les formes d’exploitation environnementale vers de nouveaux espaces stratégiques[34].
Les contradictions entre discours et applicabilité se manifestent également dans les engagements financiers internationaux liés à la lutte contre le changement climatique. Lors de plusieurs conférences internationales, les pays industrialisés ont promis de mobiliser des financements importants pour soutenir les pays en développement dans leurs efforts d’adaptation climatique et de protection environnementale. Pourtant, plusieurs rapports montrent que les montants réellement versés demeurent largement insuffisants par rapport aux besoins réels des pays africains. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques, les engagements financiers des pays développés en faveur du climat restent en dessous des objectifs fixés lors des accords internationaux[35].
Dans le cas de la RDC, cette insuffisance des financements climatiques contraste fortement avec l’importance stratégique du pays dans l’équilibre écologique mondial. Les autorités congolaises revendiquent régulièrement une compensation financière plus importante pour les services environnementaux rendus par les forêts du bassin du Congo. Toutefois, malgré les discours de solidarité climatique, les mécanismes internationaux de financement demeurent limités, complexes et souvent conditionnés par des exigences administratives difficiles à satisfaire pour les États africains. Cette situation alimente un sentiment d’injustice et de marginalisation dans les relations internationales environnementales.
Les contradictions apparaissent aussi dans la gouvernance des projets environnementaux internationaux. Les programmes de conservation forestière, notamment ceux liés aux mécanismes REDD+, sont officiellement destinés à réduire la déforestation et à soutenir les communautés locales. Cependant, plusieurs études montrent que certains projets de conservation ont entraîné des restrictions foncières, des déplacements de populations et des conflits sociaux dans plusieurs régions forestières africaines[36]. Ainsi, des politiques présentées comme écologiques peuvent parfois produire des conséquences sociales négatives lorsqu’elles ne tiennent pas suffisamment compte des réalités locales.
La question des populations autochtones illustre également ces contradictions. Les discours internationaux insistent fréquemment sur l’importance de protéger les droits des peuples autochtones dans le cadre des politiques environnementales. Pourtant, dans plusieurs régions de la RDC, les communautés pygmées continuent de subir des discriminations, des expulsions et des restrictions d’accès à leurs territoires ancestraux au nom de la conservation des forêts ou de l’exploitation des ressources naturelles. Selon le Forest Peoples Programme, les populations autochtones demeurent souvent marginalisées dans les négociations relatives aux projets climatiques et environnementaux malgré les principes officiellement reconnus par les institutions internationales[37].
Les contradictions entre discours et réalité concernent également les politiques nationales congolaises. Les autorités de la RDC affirment régulièrement leur volonté de protéger les ressources naturelles et de promouvoir un développement durable. Plusieurs stratégies nationales de lutte contre le changement climatique ont été adoptées avec le soutien des partenaires internationaux. Toutefois, dans la pratique, l’État congolais demeure fortement dépendant des revenus issus de l’exploitation minière et forestière. Cette dépendance économique limite la capacité des autorités à imposer des normes environnementales strictes ou à réduire les activités extractives polluantes. Selon Marysse et Tshimanga, les contraintes économiques et budgétaires poussent souvent les États africains à privilégier les revenus immédiats de l’exploitation des ressources naturelles au détriment des objectifs environnementaux de long terme[38].
La faiblesse institutionnelle constitue un autre facteur important expliquant les difficultés d’applicabilité des politiques environnementales. La corruption, l’insuffisance des mécanismes de contrôle et le manque de moyens administratifs réduisent considérablement l’efficacité des réglementations environnementales en RDC. Plusieurs entreprises minières et forestières exploitent les ressources naturelles dans des conditions qui ne respectent pas toujours les normes écologiques ou sociales prévues par la législation nationale. Selon Global Witness, l’opacité dans l’attribution des concessions minières et forestières favorise les abus économiques et les violations environnementales[39]. Par ailleurs, les contradictions des discours politiques apparaissent également dans les relations entre les grandes puissances et les pays africains. Les États industrialisés encouragent officiellement les politiques de protection environnementale en Afrique tout en poursuivant leurs stratégies économiques de sécurisation des ressources minières stratégiques. La compétition entre les États-Unis, la Chine, l’Union européenne et d’autres puissances pour le contrôle des minerais critiques africains révèle les dimensions géopolitiques de la transition écologique mondiale. Selon Zaki Laïdi, l’écologie est devenue un nouvel instrument de puissance dans les relations internationales contemporaines[40].
Cette géopolitique écologique produit des formes de dépendance économique et technologique qui limitent la souveraineté des pays africains. La RDC exporte principalement des matières premières brutes sans bénéficier pleinement de la transformation industrielle et technologique liée à la transition énergétique mondiale. Les profits majeurs de l’économie verte sont captés par les industries technologiques des pays développés tandis que les pays producteurs supportent l’essentiel des coûts environnementaux et sociaux de l’extraction minière. Cette situation illustre les inégalités structurelles du système économique mondial.
Les contradictions entre discours et applicabilité concernent aussi les entreprises multinationales engagées dans les secteurs des technologies vertes. De nombreuses compagnies internationales mettent en avant leurs engagements en faveur du développement durable et de la responsabilité environnementale. Pourtant, plusieurs enquêtes ont révélé des violations des droits humains, du travail des enfants et des pratiques polluantes dans certaines chaînes d’approvisionnement liées aux minerais stratégiques africains[41]. Ainsi, les technologies présentées comme écologiques reposent parfois sur des processus de production socialement et environnementalement problématiques. La question de la justice climatique apparaît dès lors essentielle pour comprendre ces contradictions. Les pays africains contribuent très faiblement aux émissions historiques de gaz à effet de serre, mais ils subissent fortement les conséquences environnementales, économiques et sociales du changement climatique ainsi que les impacts extractifs de la transition énergétique mondiale. Selon Chancel, les inégalités climatiques mondiales reflètent profondément les déséquilibres historiques du développement économique international[42]. Face à ces contradictions, plusieurs chercheurs et mouvements sociaux plaident pour une transition écologique plus juste et plus équitable. Cette approche implique non seulement la réduction des émissions de carbone, mais également la transformation des rapports économiques internationaux, la protection des droits des populations locales et le partage équitable des bénéfices liés aux ressources naturelles stratégiques. Dans le cas de la RDC, cela suppose une meilleure valorisation économique des ressources nationales, le développement des capacités industrielles locales et le renforcement de la souveraineté environnementale.
Les débats autour de la compensation écologique illustrent également cette recherche d’équité. Plusieurs responsables africains estiment que les pays industrialisés devraient accorder des compensations financières plus importantes aux pays qui contribuent à la stabilité climatique mondiale grâce à leurs ressources naturelles. Toutefois, la compensation ne peut être efficace sans mécanismes transparents de gouvernance, sans participation des communautés locales et sans politiques de développement social durable.
Les contradictions entre discours politiques et applicabilité montrent les limites actuelles du modèle international de transition écologique. Les objectifs climatiques mondiaux ne pourront être atteints durablement si la transition énergétique repose sur de nouvelles formes d’exploitation écologique, économique et sociale dans les pays du Sud. La RDC se trouve au cœur de cette contradiction mondiale : pays indispensable à la lutte contre le changement climatique, elle demeure pourtant confrontée à des formes persistantes de dépendance extractive, de pollution environnementale et d’inégalités structurelles. La véritable transition écologique nécessite donc une transformation profonde des logiques économiques et géopolitiques qui organisent actuellement la gouvernance mondiale de l’environnement.
3. GOUVERNANCE PROSPECTIVE ENVIRONNEMENTALE
3.1 Gouvernance prospective environnementale
La gouvernance prospective environnementale de la RDC est une démarche visant à anticiper les défis écologiques et climatiques du Bassin du Congo. Elle articule la gestion des écosystèmes (forêts, tourbières, minerais critiques) et la lutte contre la pauvreté, bien qu'elle reste freinée par des défis de mise en œuvre et de fragilité institutionnelle.
La République Démocratique du Congo joue un rôle stratégique dans la gouvernance environnementale mondiale, en abritant une grande partie des forêts tropicales. Cependant, l'éducation relative à l'environnement y est insuffisante, ce qui limite la sensibilisation et la responsabilité des citoyens face aux enjeux écologiques. Il est crucial de renforcer cette éducation pour améliorer la relation des Congolais avec leur environnement et favoriser une meilleure gouvernance.
Cette meilleure gouvernance s’illustre par une diplomatie environnementale active par les stratégies de conservation inclusives. Le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution menacent la prospérité et le bien-être. Tous les pays sont confrontés aux conséquences négatives de cette triple crise environnementale, mais ce sont les pays les plus pauvres qui en souffrent le plus. Des accords multilatéraux, une coopération internationale et la solidarité sont nécessaires pour faire face à cette crise.
Les divers enjeux géopolitiques, notamment la diplomatie environnementale en République Démocratique du Congo (RDC) souligne que les conflits futurs seront centrés sur les ressources écologiques, et que la RDC doit adopter une diplomatie environnementale proactive pour renforcer sa position sur la scène mondiale. Les écosystèmes de la RDC, en particulier ses forêts, sont cruciaux pour la lutte contre le changement climatique et pourraient faire de ce pays un acteur clé dans la gouvernance mondiale.
La diplomatie prospective environnementale de la RDC est une stratégie émergente visant à positionner le pays comme « pays-solution » face à la crise climatique. Elle anticipe les négociations mondiales et cherche à monétiser ses services écosystémiques (forêts, tourbières, minerais stratégiques) tout en protégeant sa souveraineté.
La diplomatie environnementale prospective est l'anticipation et l'intégration des enjeux écologiques (climat, biodiversité, ressources) dans la stratégie géopolitique des États. Elle utilise des outils de modélisation scientifique, des négociations multilatérales et des partenariats pour prévenir les crises futures et défendre les intérêts nationaux face au changement global.
La Valorisation souveraine des ressources stratégiques est très capitale. La valorisation souveraine des ressources stratégiques en RDC passe par une maîtrise accrue de son sous-sol (cobalt, coltan, cuivre). Cela implique l'adoption de politiques de transformation locale pour capter une plus grande valeur ajoutée, le renforcement de la traçabilité minière et la mise en place d'instruments étatiques de régulation et de sécurisation de ces minerais critiques.
La République démocratique du Congo est l’un des pays les plus nanties en ressources minières sur l’échiquier planétaire. Son sous-sol regorge tas de minerais dits stratégiques (cobalt, cuivre, lithium, or, coltan ou encore germanium…), indispensables à la transition énergétique mondiale. Pourtant, cette richesse n’a pas encore permis au pays de se hisser au rang des économies émergentes. Bien au contraire, la RDC vit au quotidien un paradoxe : celui d’un pays immensément riche en ressources naturelles, mais pauvre en développement.
2. Défis et perspectives d'avenir
Malgré les ambitions affichées, la gouvernance environnementale fait face à des obstacles structurels : pression démographique, exploitation minière intensive, faible implication des communautés locales dans les prises de décisions réelles et difficultés d'application des sanctions.
Il convient aujourd’hui d’avoir un leadership remarquable et une vision prospective qui impulsera une nouvelle dynamique de gouvernance environnementale et forestière en RDC.Le leadership stratégique, la vision réformatrice et un management public efficace et sérieux avec un sens élevé de gouvernance dans la gestion durable du secteur forestier en RDC.
Sur les aspects environnementaux et de développement durable, le secteur forestier congolais est resté pendant plusieurs années confronté à des difficultés structurelles, à une faible coordination institutionnelle ainsi qu’à l’absence de résultats suffisamment visibles malgré l’importance stratégique des ressources forestières nationales. Pendant longtemps, la RDC, malgré son immense potentiel écologique, forestier et climatique, n’a pas pleinement capitalisé son rôle stratégique dans la gouvernance environnementale mondiale.
En outre, les nouvelles orientations de gouvernance s’avèreraient une mutation stratégique majeure reposant notamment sur la transparence dans la gestion forestière, la redevabilité institutionnelle, le respect des communautés locales, la sauvegarde des écosystèmes ainsi que le renforcement de la crédibilité internationale de la RDC dans les négociations climatiques. Ces réformes traduirait une approche moderne de gouvernance éco-climatique intégrée, articulée autour des principes de durabilité, de résilience environnementale et de justice climatique.
CONCLUSION
En définitive, Mythe ou réalité, les engagements pris par les Etats dans le cadre du régime juridique climat laissent planer beaucoup de doutes quoique des avancées dans la mise en œuvre des instruments juridiques internationaux sur les Changements Climatiques soient perceptibles, notamment l'existence d'un cadre juridique assez cohérent. Car ces régimes juridiques doivent encore faire face à d'énormes pesanteurs politiques, géopolitiques et géostratégiques qui pourraient annihiler les efforts relevés.
Vu la dimension géostratégique des forêts congolaises la RDC représente aujourd’hui l’un des principaux régulateurs bioclimatiques mondiaux grâce à son massif forestier tropical, ses tourbières et sa biodiversité exceptionnelle. Les forêts congolaises ne constituent pas uniquement un patrimoine national ; elles représentent un capital écologique mondial indispensable à la stabilité climatique planétaire.
Les réformes et le leadership sérieux dans le concert de nations s’avèrent très indispensables afin de consolider les acquis du secteur environnemental et forestier, étant donné que la RDC peine à reconstruire sa crédibilité environnementale internationale et de repositionner son secteur forestier comme un pilier stratégique du développement durable, de la résilience climatique et de la diplomatie verte africaine.
La RDC se trouve à la croisière des chemins. Elle peut devenir un véritable levier de la transition écologique mondiale, ou au contraire, un exemple de spoliation verte. Pour éviter le second scénario, il est impératif de renforcer les capacités de contrôle et de transparence dans l’octroi des concessions, garantir les droits fonciers des communautés locales et autochtones. Elle doit revoir les modèles de développement pour intégrer la justice climatique, développer des alternatives énergétiques locales pour réduire la pression sur les ressources forestières.
La RDC a les ressources, mais le choix politique reste crucial pour ne pas transformer le pays solution en une illusion verte.
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