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Mécanismes de renouvellement des ressources humaines et facteur majeur de performance au sein de l’entreprise privé Startimes Sarl média Congo à Kinshasa.

Tryphon ILENDA NGYANGISA

Assistant de deuxième mandat, tryphonilenda@gmail.com

Département de Sociologie, Faculté des Sciences Sociales, Administratives et Politiques (FSSAP), Université de Kinshasa (UNIKIN), Kinshasa, République démocratique du Congo.


Régine NAMBUWA BILA LENGE

Professeure associée,regine.nambuwa@unikin.ac.cd

Département de Sociologie, Faculté des Sciences Sociales, Administratives et Politiques (FSSAP), Université de Kinshasa (UNIKIN), Kinshasa, République démocratique du Congo.



Résumé

 

Cet article analyse les mécanismes de renouvellement des ressources humaines et les facteurs déterminants de la performance au sein de l’entreprise Startimes Sarl média Congo à Kinshasa. Sur le plan théorique, l'étude s'appuie notamment sur la théorie du contrat psychologique et celle du capital humain pour analyser la dynamique des attentes réciproques entre l'employeur et les salariés, ainsi que la valeur stratégique de la formation dans le contexte socio-économique congolais. À travers une approche qualitative mobilisant des entretiens semi-directifs auprès de 10 employés, l'étude révèle que les pratiques d’embauche sont largement dominées par la recommandation (50 %), souvent liée au clientélisme politique ou tribal, ainsi que par les tests et les relations personnelles. Les résultats mettent en lumière un déficit important en formation professionnelle (60 % des agents n'en bénéficieraient pas) et une forte insatisfaction salariale (70 %) malgré la régularité des paiements. L'étude conclut que la rémunération incitative (bonus et gratifications), une formation de qualité et la promotion interne sont les leviers majeurs pour accroître la productivité et l'efficacité du personnel dans ce contexte.

 

Mots-clés : Gestion des ressources humaines (GRH), Performance, Recrutement, Recommandation, Rémunération, Startimes Sarl, Kinshasa.

 

Abstract

 

This article analyzes human resource renewal mechanisms and the determinants of performance at the company Startimes Sarl Media Congo in Kinshasa. Theoretically, the study draws on psychological contract theory and human capital theory to examine the dynamics of mutual expectations between employer and employees, as well as the strategic value of training within the Congolese socio-economic context. Using a qualitative approach involving semi-structured interviews with ten employees, the study reveals that hiring practices are largely dominated by recommendations (50%)—often linked to political or tribal patronage—as well as by testing and personal connections. The results highlight a significant lack of professional training (with 60% of staff reportedly receiving none) and high levels of dissatisfaction regarding pay (70%), despite regular salary payments. The study concludes that performance-based incentives (bonuses and gratuities), quality training, and internal promotion are key levers for boosting staff productivity and efficiency in this context.

 

Keywords: Human Resource Management (HRM), Performance, Recruitment, Recommendation, Compensation, Startimes Sarl, Kinshasa.


    1. Introduction

 

La notion de gestion des ressources humaines (GRH) a connu une évolution majeure, passant d'une fonction purement administrative à une fonction de gestion stratégique au même titre que le marketing ou la finance. Initié par des auteurs comme Drucker (1954) et Bakke (1958), ce concept place désormais le travailleur au centre de l'organisation, le considérant comme une ressource capitale dont le développement et la motivation sont essentiels. Bien que les pratiques de GRH aient progressé ces vingt dernières années, ce développement reste inégal selon les entreprises et les régions.

Dans le contexte africain, la performance des organisations demeure un défi de taille. Les classements mondiaux, tels que le Fortune Global 500 (Fortune, 2023) ou le Forbes Global 2000 (Forbes, 2023), montrent une sous-représentation marquée des entreprises du continent, et particulièrement de la République Démocratique du Congo, qui ne figure dans aucun de ces palmarès récents. Pour Kamdem et al. (2020, p. 45), cette situation traduit un déficit de performance et de gouvernance qu’il est impératif de combler, car l’entreprise locale doit constituer le moteur principal de la croissance et du développement socio-économique en Afrique subsaharienne.

 

Au sein du secteur privé à Kinshasa, les entreprises évoluent dans un environnement hautement concurrentiel pour attirer et retenir les talents. La réussite d'une organisation dépend alors de sa capacité à instaurer un « contrat psychologique » solide, où les politiques de recrutement, de rémunération et de formation permettent de faire converger les intérêts des salariés avec ceux de l'employeur. Comme le souligne Munyata (2010, p. 84), « l'efficacité et l'efficience d'une production dépendent directement de l'homme et du style de commandement et de motivation auquel il est soumis. »

C'est dans ce cadre que s'inscrit la présente étude consacrée à l'entreprise de télédistribution Startimes Sarl média Congo. En tant qu'entreprise multinationale opérant en RDC, Rwanda, Congo Brazzaville, Ghana, Tanzanie etc. Startimes fait face à des enjeux cruciaux de renouvellement de son capital humain et de maintien de sa productivité. Des observations préliminaires ont toutefois révélé certaines irrégularités dans la gestion du personnel, notamment en ce qui concerne l'insuffisance des formations professionnelles et les modalités de recrutement.

 

Cette recherche se propose donc de répondre aux interrogations suivantes : quels sont les mécanismes de recrutement utilisés pour acquérir de nouvelles ressources humaines au sein de Startimes ? Quels sont les facteurs majeurs qui influencent la performance de son personnel ? Et enfin, quelle est la qualité de la formation dispensée aux agents ? L'objectif de cet article est d'analyser ces dynamiques internes pour comprendre comment elles impactent l'efficacité globale de l'organisation dans le contexte socio-économique congolais.

 

Outre l’introduction et la conclusion, cette réflexion est subdivisée en quatre points : le premier circonscrit le cadre théorique et conceptuel de l’étude, le second est consacré à la démarche méthodologique, le troisième présente les résultats de l’étude et le dernier porte sur la discussion de ces résultats.

 

2. Cadre Théorique et Conceptuel

2. 1. La Gestion des Ressources Humaines comme Fonction Stratégique

Le fondement théorique de la Gestion des Ressources Humaines (GRH) repose sur l'idée que le travailleur n'est pas un simple coût, mais une ressource capitale comparable aux autres ressources de l'organisation.

Historiquement, Drucker (1954, p.268.) est l'un des premiers à introduire le concept du travailleur comme ressource humaine centrale, affirmant que « la ressource humaine est, de toutes les ressources, celle qui a le plus de potentiel, et celle dont le développement offre le plus grand rendement ». Bakke (1958, pp. 21-25) fait évoluer cette notion en érigeant la GRH au rang de fonction de gestion stratégique au même titre que la finance ou le marketing, intégrant le développement des compétences et la formation des dirigeants.

Dans cette perspective, la performance d'une entreprise comme StarTimes dépend de sa capacité à passer d'une simple gestion administrative à une gestion axée sur l'enrichissement du travail et le développement des compétences.

2.2. La Théorie du Contrat Psychologique

Au-delà de l'aspect légal, la relation de travail est régie par un contrat psychologique de nature informelle et implicite. Ce cadre théorique, théorisé initialement par Argyris (1960) et structuré par Rousseau (1995), postule que l'employeur prend des engagements — des rétributions économiques et psychologiques — en échange des compétences et de la loyauté du salarié (Rousseau, 1995, p. 9).  Dans les développements contemporains, Griep et Vantilborgh (2018) ainsi que Coyle-Shapiro et al. (2019) enrichissent cette approche en démontrant que le contrat psychologique est dynamique et constamment réévalué. Selon ces auteurs, la perception d'une rupture du contrat psychologique ne déclenche pas seulement une baisse de motivation, mais altère profondément la justice organisationnelle perçue et le sentiment de réciprocité. Plus récemment, des travaux ancrés dans le contexte africain (Kamdem et al., 2020) soulignent que ce contrat ne se limite pas à un dialogue bilatéral individu-entreprise, mais intègre des attentes socioculturelles et communautaires élargies, influençant directement l'implication réelle du travailleur.

2.3. Le Lien entre Motivation, Rémunération et Performance

La littérature académique souligne que la rémunération incitative est un levier majeur de performance. Lévy-Leboyer (2002) et Sire (1994) démontrent que les bonus et gratifications ont un effet positif direct sur la satisfaction et l'implication du salarié. Pour Sire (1994, p. 106), « la gestion des rémunérations doit devenir un outil de flexibilité capable d'orienter directement les comportements individuels vers les objectifs de performance de la firme ».

Dans le contexte spécifique de la République Démocratique du Congo (RDC), le salaire revêt une dimension sociale particulière. Ainsi que l'observe Nambuwa (2021, p. 12), le revenu est souvent appréhendé comme une « propriété familiale » plutôt qu'individuelle, servant à réguler le budget élargi du ménage. Cela explique pourquoi la seule « régularité » de la paie ne suffit pas à garantir la performance si le montant brut ne couvre pas les besoins vitaux de la famille en contexte inflationniste.

2.4. La Théorie de l'Investissement en Capital Humain

Dans la lignée des travaux de Becker (1964) sur le capital humain, la formation est ici perçue comme un investissement immatériel visant à accroître la productivité. Selon Lethielleux (2010, pp. 85-88), la formation ne se limite pas à l'apprentissage technique : elle produit de la compétence et sert d'outil de socialisation et d'intégration culturelle.

L'entreprise consent à ce coût dans l'espoir d'un retour sur investissement (ROI) sous forme d'efficacité accrue. Le déficit de formation constaté dans cette étude (60 %) constitue donc un frein théorique et pratique majeur à l'atteinte des objectifs d'efficience de StarTimes, le personnel ne disposant pas des outils conceptuels pour maximiser son rendement.

2.5. La Performance en Contexte Africain : Clientélisme et Méritocratie

Dans le contexte africain, Hernandez (1997, pp. 52-55) souligne un déficit de performance global des entreprises africaines par rapport aux standards mondiaux, lié en grande partie à l'inadaptation des modèles de management occidentaux importés sans contextualisation.

Ce déficit est souvent accentué par des mécanismes de recrutement basés sur le clientélisme politique, tribal ou familial, plutôt que sur le mérite. Des auteurs comme Desaunay (1987) ou Ejiofor (1987) ont montré que ces pratiques de recommandation et de favoritisme nuisent à la stabilité et à l'efficacité des organisations en faisant fi du principe méritocratique de « l'homme qu'il faut à la place qu'il faut » (Desaunay, 1987, p. 34).

En résumé, la performance chez StarTimes n'est pas seulement une question de processus techniques, mais le résultat d'un équilibre entre une gestion méritocratique (recrutement), une rétribution juste (motivation) et un développement continu (formation) au sein d'un environnement socio-économique complexe.


3. Démarche méthodologie

Notre étude expose les pratiques et mécanismes de recrutement liés au renouvellement des ressources humaines, les facteurs qui influencent la performance du personnel, ainsi que le déficit en formation professionnelle adaptée.

Cette investigation a été menée au sein de la direction générale de l’entreprise de télédistribution StarTimes Media Congo Sarl, située dans la commune de la Gombe à Kinshasa. Le choix de cette multinationale a été dicté par les irrégularités majeures constatées dans la gestion de son personnel, notamment lors du renouvellement des ressources humaines et dans l’insuffisance des formations proposées aux agents. Notre démarche vise ainsi à contribuer à l'avancement  des sciences de gestion, à la sociologie du travail, aux principes fondamentaux  de la Gestion des Ressources Humaines  dans une organisation, notamment les questions liés à la formation, au recrutement, à la rémunération, aux conditions de travail, à la promotion et à la protection sociale dans une société en crise.

Pour réaliser ce travail, nous avons mobilisé une approche qualitative s'appuyant sur des entretiens semi-directifs, des observations directes et une analyse documentaire. Les entretiens ont été conduits à l’aide d’un guide thématique afin de recueillir les perceptions des acteurs clés de la gestion des ressources humaines : le Directeur des Ressources Humaines, les cadres de collaboration et les agents subalternes.

L'accès à ce terrain a été guidé par des critères d'inclusion et d'exclusion stricts. Pour être inclus, tout agent devait justifier d’une ancienneté d'au moins cinq (5) ans au sein de StarTimes Congo, lui permettant d’avoir traversé les différents cycles de recrutement et d'avoir bénéficié —ou manqué — d’une ou plusieurs formations professionnelles. À l'inverse, ont été exclus de la recherche tous les agents ayant moins de cinq ans d'ancienneté.

Au total, dix (10) entretiens approfondis ont été menés à travers les différents départements de l'entreprise. La taille de cet échantillon se justifie en premier lieu par le principe de saturation empirique : à partir du dixième entretien, la récurrence des propos indiquait qu'aucune donnée nouvelle ou significative ne venait enrichir la compréhension de notre objet d'étude. En outre, la difficulté de cibler des employés cumulant au moins cinq ans de longévité dans un secteur caractérisé par un fort taux de roulement du personnel (turn-over) explique également cette délimitation. Bien que restreint, cet échantillon couvre l'ensemble de la pyramide hiérarchique : le Directeur des RH (niveau stratégique), les cadres de collaboration (niveau managérial) et les agents subalternes (niveau opérationnel). Cette structure verticale permet une triangulation des points de vue au sein de l'organisation, ce qui garantit la validité et la solidité des données recueillies.

Le traitement des données qualitatives a été structuré autour d’une analyse thématique de contenu, visant à transformer le matériel brut des entretiens en une grille de lecture intelligible. L’usage du logiciel Excel a dépassé la simple compilation statistique pour devenir un véritable outil de matriçage qualitatif.

Le processus s'est déroulé en trois étapes clés :

  1. Codification et catégorisation : Après la transcription intégrale des dix entretiens, chaque verbatim a été découpé en unités de sens. À l'aide d'Excel, nous avons attribué des codes thématiques à ces segments de discours, permettant de faire émerger les axes majeurs de l'étude : mécanismes de recrutement, leviers de performance, et déficit de formation.

  2. Analyse de cooccurrence et triangulation : La construction d'une grille de cooccurrence sous Excel a permis de mesurer la récurrence des concepts clés et de les croiser selon la position hiérarchique des enquêtés (Directeur RH, cadres, agents subalternes). Cette méthode a permis d'identifier des liens forts, par exemple entre la « recommandation » et le sentiment d'injustice, ou entre le « salaire » et la notion de « propriété familiale ».

  3. Extraction des verbatims significatifs : La profondeur de l’analyse a été garantie par l’identification systématique des phrases marquantes qui illustrent le principe de saturation empirique. Excel a facilité l'isolement des avis divergents ou marginaux, permettant de ne pas lisser la réalité organisationnelle et de mettre en relief les tensions du « contrat psychologique » chez Startimes.

4. Présentation et analyse des résultats

Cette section expose les données recueillies auprès d'un échantillon de 10 employés (cadres et subalternes) de l'entreprise Startimes Sarl média Congo. L'analyse repose sur une approche qualitative visant à identifier les mécanismes de recrutement, les facteurs de performance et l'état de la formation au sein de l'organisation.

 

4.1. Les mécanismes de recrutement et d'embauche 

Le tableau ci-dessous présente, à travers les perceptions de nos enquêtés, les différents mécanismes et pratiques de recrutement mobilisés par la direction des ressources humaines de StarTimes pour l'embauche du personnel.

Tableau n° 1 : Résumé des réponses en rapports avec les mécanismes de recrutement et d’embauches

Question : Comment est-ce que la RH de Startimes procède-t-elle à l’embauche de son employé?

 

Réponses

Fréquence

Pourcentage

 

1

Connaissance ou relation

1

10%

 

2

Test (interview)

4

40%

 

3

Recommandation

5

50%

 

Total

10

100

 

Source : Nos enquêtes de terrain menées auprès du personnel de StarTimes Media Congo Sarl, mai 2026.

Le renouvellement du capital humain chez Startimes s'opère par trois canaux principaux. Selon les résultats du tableau n°1, la recommandation est le mécanisme dominant, citée par 50 % des enquêtés. Elle est suivie par les tests ou interviews (40 %) et les relations personnelles (10 %).

L'analyse de ces données révèle une prépondérance de réseaux informels. La "recommandation", souvent teintée de clientélisme politique, tribal ou ethnique, apparaît comme un défi majeur pour la performance. Comme le souligne l'un des enquêtés, ces pratiques empêchent souvent de « placer l'homme qu'il faut à la place qu'il faut », transformant les offres d'emploi en simples formalités administratives. Ce constat contredit les principes théoriques de recrutement basés sur la compétence et la moralité qui devraient primer pour assurer la stabilité de l'entreprise.

 

4.2. Les facteurs déterminants de la performance

 

Dans ce tableau ci-dessous, nous allons voir les différentes opinions des personnels liée à la performance des ressources humaines dans l’entreprise.

Tableau n° 2. Résumé de différentes réponses en rapport avec la responsabilité de GRH au sein de l’entreprise.   

Question : Que devrait faire le GRH dans l’entreprise pour que les personnels donnent la meilleure performance ?

Réponse

Fréquence

Pourcentage

1

Une formation de qualité interne et externe

      2

20%

2

Une bonne rémunération (bonus ou gratification

      3

30%

3

La considération hiérarchique

       1

10%

4

Climat social de paix entre employé

       1

10%

5

Attribution de promotions aux collaborateurs qui se distinguent par leur performance.

       2

20%

6

Le matériel approprié ou outils

      1

10%

Source : Nos enquêtes de terrain menées auprès du personnel de StarTimes Media Congo Sarl, mai 2026.

 

Interrogés sur les leviers pouvant accroître leur productivité (Tableau n°2), les employés identifient la rémunération (bonus ou gratification) comme le facteur prioritaire (30 %). Viennent ensuite la promotion interne (20 %) et la formation de qualité (20 %). Les autres facteurs (climat social, matériel approprié, considération hiérarchique) représentent chacun 10 % des opinions.

Cette hiérarchie des besoins souligne l'importance vitale du salaire en RDC, où il est perçu comme une « propriété familiale » plutôt qu'un simple revenu individuel. L'efficacité de l'agent dépend directement de sa capacité à répondre aux besoins quotidiens de sa famille. En accord avec les travaux de Levy-Leboyer (2002), une rémunération incitative (bonus) est ici perçue comme le socle de l'implication et de la motivation.

 

4.3. État des lieux de la formation professionnelle

 

Le tableau ci-dessous présente l'organisation de la formation professionnelle au sein de StarTimes Media Congo, conçue comme un levier d'accroissement de la productivité. Il est largement reconnu dans la littérature en gestion des ressources humaines que la formation constitue un outil stratégique indispensable, gage du développement des compétences du personnel et de la performance globale de l'entreprise.

Tableau n° 3 : Résumé sur la réaction des enquêtés en rapport avec la formation du personnel

Question : Est-ce que Startimes organise-t-elle des formations pour son personnel ?

Réponse

Fréquence

Pourcentage

1

OUI

4

40%

2

NON

6

60%

TOTAL

 

10

100

Source : Nos enquêtes de terrain menées auprès du personnel de StarTimes Media Congo Sarl, mai 2026.

La formation est théoriquement un investissement immatériel visant à renforcer les capacités des collaborateurs et la qualité des services. Cependant, les résultats (Tableau n°3) montrent un déficit majeur : 60 % des agents affirment que Startimes n'organise pas de formations pour son personnel. Les 40 % restants notent que si des formations existent, elles manquent souvent de qualité.

Ce manque d'investissement dans le développement des compétences freine l'adaptation des employés aux défis technologiques du secteur de la télédistribution. Pour certains agents, la réalité de la gestion des ressources humaines sur le terrain ne reflète pas les standards professionnels attendus, limitant ainsi les perspectives d'évolution au sein de l'entreprise.

 

4.4. Satisfaction salariale et climat social

 

Le tableau ci-dessous présente le degré de satisfaction des employés à l'égard de la rémunération versée par l’employeur.

Tableau n°4 : réaction des personnels en rapport avec la rémunération

Question : Etes-vous satisfait  de votre salaire ou rémunération ?

 

 

Réponse

Fréquence

Pourcentage

 

1

Un peu satisfait

2

20%

 

2

Satisfait

1

10 %

 

3

Insatisfait

7

70%

 

Total

10

100

 

Source : Nos enquêtes de terrain au sein de l’entreprise Startimes Média Congo Sarl,mai 2026

Enfin, le degré de satisfaction vis-à-vis de la rémunération (Tableau n°4) est alarmant : 70 % des employés se déclarent insatisfaits. Bien que l'entreprise soit reconnue pour la régularité de ses paiements, le montant perçu est jugé insuffisant pour couvrir les besoins essentiels.

Cette insatisfaction massive crée une tension au sein du "contrat psychologique" liant l'employé à Startimes. Comme la rémunération est l'alpha et l'oméga du travailleur congolais, ce déséquilibre entre l'effort fourni et la rétribution reçue impacte négativement le climat social et, par extension, la performance globale de l'organisation.

 

Ces résultats suggèrent que pour améliorer sa performance, Startimes doit passer d'un système de recrutement basé sur la recommandation à une gestion plus méritocratique, tout en révisant sa politique de rémunération et de formation.

 

5. Discussion des résultats

 

L’analyse des données recueillies au sein de Startimes Sarl média Congo met en lumière un décalage significatif entre les standards théoriques de la Gestion des Ressources Humaines (GRH) et les pratiques effectives sur le terrain kinois. Cette discussion s'articule autour de trois axes majeurs : le poids des réseaux sociaux dans le recrutement, le paradoxe de la rémunération en contexte congolais et la défaillance de l'investissement en capital humain.

 

5.1. Le recrutement : entre clientélisme et rationalité organisationnelle

 

Les résultats révèlent que 50 % des agents ont été recrutés par recommandation. Ce mécanisme, bien que courant en RDC, s'apparente souvent à un engagement clientéliste basé sur l'appartenance politique, tribale ou familiale. Comme le soulignent des travaux récents en management africain (Akpa, 2021 ; Kamdem et al., 2020), ce type de favoritisme et de népotisme constitue un frein majeur à la performance des organisations. En privilégiant les réseaux relationnels au détriment des compétences réelles, ces pratiques empêchent d'appliquer le principe fondamental d'efficacité organisationnelle consistant à « placer l'homme qu'il faut à la place qu'il faut ». Cette pratique crée un biais dès l'entrée du collaborateur : les offres d'emploi ne deviennent que des « simples formalités » administratives pour masquer des choix déjà arrêtés. Ce constat vient fragiliser la stabilité de l'entreprise et contredit les principes d'un recrutement basé sur la compétence, la moralité et les exigences techniques du poste.

 

5.2. Le paradoxe de la rémunération et le contrat psychologique

Les résultats de notre étude mettent en relief un paradoxe managérial majeur au sein de StarTimes Media Congo. D'une part, la rémunération incitative (bonus, gratifications) est identifiée par 30 % des employés comme le premier levier d'amélioration de la productivité. Ce constat corrobore les travaux de Lolo (2020) ainsi que ceux de Giraud et al. (2018), qui démontrent que les politiques d'incitation financière et la rémunération variable demeurent des leviers déterminants pour stimuler l'implication, la motivation intrinsèque/extrinsèque et l'engagement global des salariés au travail. D'autre part, un contraste saisissant apparaît : bien que l'entreprise se caractérise par une régularité exemplaire dans le versement des salaires, 70 % des agents se déclarent insatisfaits de leur rémunération.

Pour élucider ce paradoxe, il convient de dépasser le cadre de la simple transaction contractuelle occidentale et d'analyser la réalité socio-économique et culturelle propre à la République Démocratique du Congo (RDC). Comme le soulignent des travaux récents en management interculturel (Ngok Evina, 2018 ; Kamdem et al., 2020), le salaire en contexte africain n'est pas un revenu purement individuel, mais s'inscrit dans une dimension communautaire profonde où il est appréhendé comme une « propriété familiale » ou une ressource collective. Le revenu brut de l'agent ne finance pas seulement ses besoins personnels, mais sert avant tout à réguler le budget élargi du ménage et à assurer la subsistance ainsi que la solidarité au sein de la famille étendue.

Dès lors, dans un contexte fortement inflationniste, la seule régularité des paiements ne suffit plus si le montant nominal perçu s'avère incapable de couvrir les besoins vitaux du cercle familial.

Lorsque le salaire ne remplit plus cette fonction de moteur de survie collective, le contrat psychologique qui lie l'employé à StarTimes est rompu (Rousseau, 1995 ; Schein, 1978). Dans la littérature récente, Griep et Vantilborgh (2018) ainsi que Coyle-Shapiro et al. (2019) rappellent que la viabilité de ce contrat repose sur le principe de réciprocité : toute rupture dans la rétribution attendue dégrade l'engagement normatif et le comportement de citoyenneté organisationnelle.  L'agent ne peut plus consacrer l'intégralité de ses facultés professionnelles à l'accomplissement de ses tâches en entreprise. Sa motivation première — qui est la pérennité et la sécurité du foyer — n'étant plus assurée à l'extérieur, son niveau d'implication et sa productivité s'en trouvent directement affectés à l'intérieur de l'organisation. Comme le soulignent Kamdem et al. (2020) ainsi que Ngok Evina (2018) dans leurs travaux sur la GRH en Afrique subsaharienne, la frontière entre sphère privée et performance professionnelle est particulièrement perméable : l'efficacité d'un collaborateur dépend ainsi directement de sa capacité à assumer ses responsabilités familiales et communautaires grâce au fruit de son travail.

 

5.3. La formation : un investissement immatériel négligé

 

Alors que la formation devrait être le « gage du développement de son personnel », 60 % des enquêtés affirment que Startimes n'organise pas de sessions de renforcement de capacités. Pourtant, selon Laëtitia Lethielleux (2010), la formation est un moyen essentiel de produire de la compétence et de favoriser l'intégration culturelle des employés.

Le déficit constaté chez Startimes suggère une vision à court terme de la gestion du personnel. En négligeant cet investissement dans les ressources non tangibles, l'entreprise se prive d'un retour sur investissement en termes de productivité et de compétitivité. Ce manque de formation de qualité contribue à expliquer pourquoi aucune entreprise congolaise ne figure dans les classements de performance mondiale comme le Fortune Global 500 ou le Forbes Global 2000, soulignant le « déficit de performance » analysé par Hernandez (1997).

 

5.4. Vers une gestion de la performance durable

 

La performance humaine chez Startimes ne peut être atteinte sans une philosophie de l'action cohérente. Il ne suffit pas d'acquérir du capital humain par des voies clientélistes ; il faut, comme le souligne Bakke (1958), intégrer la GRH comme une fonction de gestion stratégique capable d'harmoniser les intérêts des salariés et des employeurs.

En conclusion, la discussion de ces résultats indique que l'amélioration des performances de Startimes nécessite une rationalisation de sa gestion et un accroissement de la rigueur organisationnelle. L'excellence dans les services rendus en RDC dépendra de la capacité des dirigeants à instaurer un climat social de paix, à fournir un matériel approprié et à valoriser la promotion interne pour les agents les plus méritants.

6. Conclusion et Recommandations

 

Cette étude avait pour objectif d'analyser les mécanismes de renouvellement des ressources humaines et d'identifier les facteurs majeurs de performance au sein de l'entreprise Startimes Sarl média Congo à Kinshasa. En mobilisant une approche qualitative auprès d'un échantillon de 10 employés, cette recherche a permis de confronter les théories classiques de la gestion des ressources humaines aux réalités spécifiques du secteur privé congolais.

Les résultats de l'investigation révèlent que le renouvellement du capital humain reste largement dominé par la recommandation (50 %), souvent teintée de clientélisme politique ou tribal. Ce constat souligne un défi majeur pour l'organisation : la difficulté de « placer l'homme qu'il faut à la place qu'il faut », ce qui impacte négativement la stabilité et l'efficacité de l'entreprise. Parallèlement, l'étude met en lumière un déficit critique en formation professionnelle, 60 % des agents affirmant ne bénéficier d'aucun programme de renforcement de capacités, freinant ainsi l'adaptation du personnel aux exigences du marché.

Concernant les leviers de performance, la rémunération incitative (bonus et gratifications) apparaît comme le facteur de motivation prépondérant pour les employés. Cependant, un paradoxe subsiste : malgré la régularité des paiements, une large majorité des agents (70 %) se déclare insatisfaite du niveau de leur salaire, lequel est perçu comme une propriété familiale devant répondre à des besoins vitaux quotidiens. Outre la rémunération, la promotion interne, le climat social et la qualité des outils de travail sont identifiés comme des catalyseurs essentiels de la productivité.

En conclusion, pour que Startimes média Congo puisse accroître sa compétitivité et figurer parmi les entreprises les plus performantes, elle doit impérativement professionnaliser ses processus de recrutement en s'éloignant du favoritisme et investir massivement dans le capital humain par le biais de formations de qualité.

 

Limites et perspectives de la recherche

Bien que cette recherche atteigne la saturation empirique grâce à dix (10) entretiens approfondis permettant une triangulation efficace des points de vue, elle présente des limites inhérentes à sa démarche qualitative et à ses choix méthodologiques.

En premier lieu, le critère d’ancienneté de plus de cinq ans, bien qu'essentiel pour obtenir une profondeur historique sur les pratiques de l'entreprise, introduit un biais de sélection. En excluant les recrues plus récentes, cette étude peut occulter les perceptions des nouveaux agents face aux politiques de recrutement actuelles ou aux récents changements de management au sein de StarTimes.

En second lieu, la portée géographique et organisationnelle de l'étude constitue une limite à sa généralisation. Centrées exclusivement sur la direction générale à Kinshasa, ces données pourraient différer dans les autres provinces de la République Démocratique du Congo (RDC). De plus, la culture d'entreprise propre à StarTimes, en tant que multinationale, possède des spécificités qui ne reflètent pas nécessairement les pratiques de gestion des ressources humaines des PME locales congolaises.

Enfin, sur le plan statistique, les fréquences et les pourcentages mobilisés dans ce travail ont une visée purement illustrative et indicative pour l'analyse thématique. Ils ne prétendent à aucune représentativité statistique globale, mais servent d'indicateurs de tendance au sein de notre échantillon restreint.

Loin d'annuler la validité de nos résultats, ces limites posent les jalons d'une réflexion plus vaste. Elles ouvrent ainsi la voie à de futures recherches quantitatives et comparatives que nous comptons approfondir, afin de généraliser ces observations à l'échelle nationale et à l'ensemble du secteur de la télédistribution en RDC.

Bibliographie

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