ETAT DE SIEGE DANS LES PROVINCES DU NORD-KIVU ET DE L’ITURI EN R.D. CONGO : QUELLE INCIDENCE SUR L’ACTIVISME MILICIEN DANS LA PARTIE EST DU PAYS ?
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STATE OF SIEGE IN THE PROVINCES OF NORTH KIVU AND ITURI IN THE DRC: WHAT IMPACT ON MILITIA ACTIVISM IN THE EASTERN PART OF THE COUNTRY?
Gilbert SHAMAVU MUDERHWA (shamavugilbert75@gmail.com)
Maître de recherche au centre de Recherche en Sciences humaines (CRESH) à Kinshasa, Département de SPARI-BG, Section SPA

Résumé :
Le milieu humain nous pose des problèmes plus difficiles que le milieu naturel. L’état de siège décrété depuis mai 2021 dans l’Est de la R.D. Congo pour lutter contre l’insécurité récurrente dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, est aujourd’hui un véritable arbre dont ses feuilles cachent la forêt. En effet, étant une réponse forte au cri de détresse à la population meurtrie, néanmoins, il est décrié par une panoplie d’acteurs, tant à l’interne qu’à l’externe.
Comme l’instauration de la paix traine à se dessiner, notre objectif est de démontrer les différents procédés ou stratégies pouvant conduire à la stabilisation de la R.D. Congo. Pour ce faire, deux chapitres seront développés : l’approche conceptuelle de l’étude (I) et les retombées de l’état de siège sur la guerre dans l’Est de la R.D. Congo (II).
Mots-clés : État de siège, État, conflit, sécurité et responsabilité.
Abstract:
The human environment presents us with more difficult problems than the natural environment. The state of siege declared in May 2021 in eastern DRC to combat the recurring insecurity in the provinces of North Kivu and Ituri is now a veritable tree whose leaves obscure the forest. Indeed, while a strong response to the cries of distress from the suffering population, it is nevertheless criticized by a wide range of actors, both internal and external. As the establishment of peace remains elusive, our objective is to demonstrate the various processes or strategies that could lead to the stabilization of the Democratic Republic of Congo. To this end, two chapters will be developed: the conceptual approach of the study (I) and the impact of the state of siege on the war in eastern DRC (II).
Keywords: State of siege, State, conflict, security, and responsibility.
INTRODUCTION
Le milieu humain nous pose des problèmes plus difficiles que le milieu naturel. Toutes les récriminations, tous les regrets sont superflus : c’est avec ses hommes, leurs qualités et leurs défauts, que devra s’édifier la nouvelle Afrique, en général (R. DUMONT, 1962), et la R.D. Congo, en particulier.
En effet, l’état de siège mis en vigueur depuis le 6 mai 2021 dans l’Est de la République démocratique du Congo (R.D. Congo) pour lutter contre l’insécurité récurrente dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, est aujourd’hui un véritable arbre dont ses feuilles cachent la forêt. Étant une réponse forte au cri de détresse à la population meurtrie, néanmoins, il est décrié par une panoplie d’acteurs, tant au niveau interne qu’externe.
Après s’être dit sensible au cri de détresse de la population dans l’Est de la R.D. Congo, le Président de la République, son excellence Monsieur Félix Tshisekedi a décrété l’état de siège depuis le 1er mai 2021 pour lutter contre l’insécurité chronique sur cette partie du pays. Comme toute l’Est de la RDC est embrasée par la guerre, l’état de siège n’a été décrété que dans deux provinces, à savoir : le Nord-Kivu et l’Ituri.
Pour comprendre la situation actuelle de ces deux provinces soumises au pouvoir militaire, on doit pouvoir chercher sa cause dans le passé du Kivu. Ainsi, déjà en 1937, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, l’Administration Belge a procédé à la transportation des milliers de citoyens du Rwanda pour désengorger ce pays confronté à la surpopulation. Il s’agit du processus de la Mission d’Immigration des Banyarwanda (MIB) allant de 1936 à 1956, qui ont drainé des flux de migrants de la première décennie d’indépendance. Ces transportés seront impliqués dans la guerre dite de Kanyarwanda à Goma en 1960 ainsi que dans les conflits interethniques de Masisi et de Walikale de 1992 contre Mobutu.
En 1959, des vagues des Tutsi en provenance du Rwanda envahissent le Sud et le Nord-Kivu à la suite du soulèvement hutu de novembre 1959 et des représailles contre les Tutsi à la fin des années 1963, après la tentative avortée des tutsi de prendre Kigali par les armes. C’est dans ce groupe que se rangent les Banyamulenge installés sur les collines de Lemera, Katobu et Mulenge au Sud-Kivu par le Haut-commissariat des Nations-Unis pour les réfugiés en 1959.
En 1963 et 1965, le Kivu accueille des fugitifs, rescapés de l’épuration politique consécutives à des tentatives de renversement du gouvernement rwandais.
En 1972, le Burundi est plongé dans la catastrophe humanitaire du génocide sélectif porté contre les Hutu. Les survivants de cette tragédie se déversent sur les collines du Kivu. À la fin des années 1970, une partie de la population ougandaise se déverse dans les territoires de Beni, de Butembo et de Rutshuru, fuyant la guerre de libération contre la dictature d’Idi-Amin.
En 1993, après l’assassinat du Président burundais, Mercior Ndadaye, des milliers de réfugiés burundais fuyant des troubles interethniques s’installent dans la plaine de la Ruzizi ; et en 1994, à la suite du génocide rwandais, l’ONU, à travers l’opération dite « Turquoise », déverse des millions de Hutu dans le Kivu.
Au regard de ce qui précède, la guerre d’occupation commence au Sud-Kivu le 29 octobre 1996 par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL) et sera qualifiée d’une « guerre de libération ». Son objectif était, de « libérer le peuple congolais de la dictature et la remise à celui-ci de son pouvoir confisqué par le dictateur Mobutu (P. MATHIEU et J.-C. WILLAME, 1999)». Certes, il ne s’agissait pas d’une libération, mais plutôt, d’une opération militaire préparée de longue date par le Rwanda et l’Ouganda, appuyée par les grandes puissances, parmi lesquelles, les États-Unis (C. BRAECKMAN, 1999).
Par cette guerre, la R.D. Congo a été envahie par de nombreux États voisins et non voisins, ayant l’ambition de chasser le président Mobutu en vue d’instaurer une vraie démocratie. Comme l’opération militaire était ourdie depuis de temps, cette intervention militaire s’est traduite et devint alors une véritable guerre civile qui se déroula sur fond des violations massives des droits de l’Homme, des pillages… et déclencha alors une mobilisation armée dans tout l’Est du pays.
Une autre guerre éclate lorsque les relations se détériorent entre le Président Laurent-Désiré Kabila et ses alliés Rwandais en août 1998. Elle a permis que les grandes parties de l’Est du pays soient occupées par des factions rebelles, regroupées autour d’un mouvement dénommée « Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) », soutenu par le Rwanda et l’Ouganda.
Eu égard à ce qui précède, cette étude suscite des interrogations pour cerner le contour de l’état de siège et la dynamique de la guerre dans l’Est de la R.D. Congo. Elles sont, entre autres :
- L’état de siège en vigueur au Nord-Kivu et en Ituri depuis le 6 mai 2021, est-il une panacée pour juguler l’insécurité chronique qui frappe l’Est de la R.D. Congo depuis 1996 ?
- Quel est sa répercussion sur l’activisme milicien dans le Kivu et comment mettre fin à cette situation ?
- Comment transformer l’état de siège en une machine redoutable pour le développement de l’Est de la R.D. Congo ?
Il n’y a pas une voie unique pour se développer. Pour y arriver, la R.D.Congo devra instaurer l’ordre à son interne. Sans attendre de démonstration propre à convaincre les plus sceptiques, le choix impose la dynamique patriotisme-nationalisme comme solution directe à l’insécurité chronique dans l’Est du pays, car la guerre est la variable explicative de l’état de siège.
En effet, le climat de « ni chaud ni froid » observable aujourd’hui à l’Est de la R.D. Congo, n’est pas étranger. Il s’expliquerait par le tempérament, non seulement des troupes (du AFC-M23-RDF, des milices populaires, etc.) sur le terrain, mais aussi de celui de la population meurtrie, qui ne sait plus à quel Ange se vouer, et des stratégies de l’État congolais de sécurisation de la population.
L’objectif de cette étude est de démontrer qu’outre l’état de siège en cours dans les provinces précitées, la R.D. Congo mérite la paix et une attention particulière en Afrique Centrale. Il sera aussi question ici de démontrer d’autres stratégies pouvant rendre l’état d’urgence plus efficace.
Selon Amnesty international, depuis 2022, l’état de siège est utilisé comme un instrument pour écraser la dissidence. De cette stratégie, les forces de sécurité et de défense ont été dotées des pouvoirs étendus qui ne sont pas justifiés par l’objectif déclaré de l’état de siège et qu’elles utilisent pour réduire au silence toute personne demandant des comptes sur les agissements des autorités établies au Nord-Kivu et en Ituri (ANESTY INTERNATIONAL, 2022).
Pour Talatala, l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri a été prorogé plusieurs fois : le 17 novembre 2025, l’Assemblée nationale, en seconde lecture l’a prolongé pour la 112e fois. Au cours de la plénière, sur 340 votants, 318 pour, 22 contre et aucune abstention (TALATALA, 2025).
Comme il y a peu de littératures au sujet de l’état de siège en R.D. Congo, entant que chercheur avisé, connaissant le terrain et traitant des « politiques publiques comme une chasse gardée », pour analyser les faits, la méthode d’analyse stratégique appuyée des techniques d’entretien, d’observation directe et de documentation nous serviront de guide.
Cette méthode se justifie, dans le sens où, selon Michel Crozier et Erhard Friedberg, l’analyse stratégique s’intéresse aux relations de pouvoirs entre les acteurs interdépendants. Elle part du constat selon lequel, « le jeu des acteurs est déterminé par la cohérence du système et par des contraintes environnementales. À cet effet, selon les capacités propres des acteurs, selon la configuration particulière de leurs champs stratégiques respectifs et selon la structure et les « règles » des jeux auxquels ils participent dans l’organisation, les stratégies peuvent donc varier plus ou moins considérablement : elles peuvent être plus ou moins risquées, plus ou moins agressives ou, au contraire, plus ou moins défensives (M. CROZIER et E. FRIEDBERG , 1977)». C’est dans ce cadre que nous considérons toutes les mesures prises par le gouvernement congolais pour endiguer le fléau d’insécurité comme de stratégies.
Pour analyser les faits, nous partirons de 2021 à 2024, car depuis cettepériode, une perte de confiance mutuelle entre congolais eux-mêmes, et entre Congolais et Rwandais se fait remarquer sur tous les plans .
Cette étude s’articule autour de deux chapitres : le premier chapitre aborde l’approche conceptuelle de l’étude tandis que le deuxième analyse les retombées de l’état de siège sur l’activisme arme à l’Est de la R.D. Congo.
I. APPROCHE CONCEPTUELLE DE L’ETUDE
I.1. Définitions des concepts de base
I.1.1. État de siège
L’expression « état de siège » renvoie à deux situations différentes : la première qui correspond à un fait réel, est l’état de siège militaire qui peut être déclaré par le commandant d’une place forte assiégée ou menacée par l’ennemi. La seconde situation est une fiction, d’où son nom : état de siège fictif ou politique. C’est un régime spécial de légalité, comportant une aggravation des systèmes de police, justifiée par l’idée de péril national (A. FRIEDLÄNDER, 1988). C’est cette seconde situation qui fait l’objet de la présente étude.
A. Pourquoi décréter l’état de siège ?
L’état a comme missions de :
- Réaliser l’intérêt général ;
- Assurer l’ordre public ;
- Sécurité les personnes et leurs biens.
Hormis ces missions traditionnelles, aujourd’hui, l’État cherche à réaliser le bien-être collectif en mettant à la disposition des citoyens des biens et des services indispensables à leur bien-être matériel et à leur épanouissement moral et intellectuel.
L’article 22 de la Constitution de la R.D. Congo stipule que toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion (CONSTITUTION DE LA R.D. CONGO, 2006). Mais, lorsqu’une ville est envahie par une troupe étrangère, l’autorité revêtue des pouvoirs de police mobilise l’armée. Et si l’ordre public est perturbé à l’interne, elle mobilise la police administrative.
À cet effet, l’article 85 de la Constitution donne la justification de la situation de l’état de siège en ces termes : « Lorsque des circonstances graves menacent, d’une manière immédiate, l’indépendance ou l’intégrité du territoire national ou qu’elles provoquent l’interruption du fonctionnement régulier des institutions, le Président de la République proclame l’état d’urgence ou l’état de siège, après concertation avec le Premier ministre et les Présidents des deux chambres, conformément aux articles 144 et 145 (CONSTITUTION DE LA R.D. CONGO, 2006)».
Cependant, l’état de siège s’assimile à l’état d’urgence. Ce dernier a les mêmes conséquences que l’état de siège, à la seule différence qu’il n’y a pas militarisation de l’administration.
L’état de siège est décrété, seulement par le Président de la république. En général, on n’observe une telle situation que quand il s’agit de crise menant au péril imminent résultant d’une guerre étrangère ou d’une insurrection à main armée. Dans ce cas, il entraine sur tout ou une partie du territoire national des situations telles que (A. FRIEDLÄNDER; P. AVRIL et J. GICQUEL ; A. FRIEDL, 1986 ; 1988) :
- Un transfert de compétence (militarisation de l’administration) : les pouvoirs de police normalement exercé par les autorités civiles sont transférés aux autorités militaires, sans que ce transfert soit absolu et automatique, puisqu’il faut que l’autorité militaire le juge nécessaire ;
- Une extension des pouvoirs de police autorisant les perquisitions de jour et de nuit au domicile des citoyens, l’interdiction des réunions et publications jugées de nature à exciter ou à entretenir les désordres, l’éloignement des repris de justice et des individus non domiciliés dans la zone de l’état de siège ; l’ordre de remise des armes et des munitions, ainsi que leur recherche et leur enlèvement, etc. ;
- Une extension de la compétence des tribunaux militaires qui peuvent connaître des infractions par des civils.
I.1.2. Milicien
Du point de vue sociologique, un milicien est un intervenant ou un soldat d’une milice. Une milice est alors une formation militaire ou paramilitaire, une police auxiliaire, dans certains pays (Grand Larousse encyclopédique , 1963) » et est souvent apparentée au « groupe armé (BANQUE MONDIALE)».
En R.D. Congo, une milice est une force locale, c’est-à-dire une troupe et/ou groupe d’hommes appelés Maï-Maï (P. MATHIEU, 1999) ou wazalendo[1] et dont le système de pensée ou l’ensemble des idées et croyances renvoie à l’idéologie des mouvements de résistance. C’est aussi un corps ou groupe formé par la population pour résister aux envahisseurs de la R.D. Congo. C’est en définitive une formation sans caractère officiel, formée par les patriotes congolais et chargée de défendre la population ou la patrie en recourant à la force, à la violence armée. C’est la catégorie des milices populaires apparues au Kivu depuis 1996 à 2003 pendant les deux guerres dites du Congo.
I.2. Définition des concepts connexes
I.2.1. Groupe armé
Le groupe armé est un acteur « insurrectionnel », souvent appelé guérilla. C’est une structure politique estimant que l’action armée est la seule stratégie susceptible de lui permettre d’atteindre son objectif, et vise souvent le renversement du régime (le cas du M23-AFC). C’est aussi parfois une organisation apparue dans un milieu démocratique dont le contexte ne permet pas de voir aboutir son projet s’il n’est pas majoritaire dans une population (BANQUE MONDIALE).
Le groupe armé est aussi un acteur non étatique qui poursuit généralement des objectifs politiques contre un gouvernement en recourant à la violence. La plupart des groupes armés combattent les pouvoirs en place, mais il arrive aussi qu’ils se battent entre eux. Certains groupes armés sont affiliés à des mouvements politiques tandis que d’autres opèrent indépendamment des partis politiques (H. ROMME, 2007).
D’où, une distinction nette se dessine entre un groupe armé national et un groupe armé étranger. On parle de groupe armé étranger pour désigner un groupe qui réalise ses actions dans un État autre que son État d’origine (les RDF). Le combattant est l’individu portant l’arme pour le compte d’un groupe armé. Il peut alors, soit adhérer aux idéaux politiques, soit servir au sein des groupes armés en tant que mercenaire (H. ROMME, 2007). Tel est le cas des forces étrangères qui opèrent sur le territoire congolais.
On utilise alors les concepts tels que milice, rébellion comme synonyme de groupe armé malgré quelques différences qui existeraient dans leurs définitions. Ce faisant, un groupe armé est différent d’un « groupe d’armées » qui est une réunion de plusieurs armées sous un même commandement, pour l’accomplissement d’une mission temporaire ou permanente à caractère stratégique (cas des forces de l’AFDL).
II. RETOMBEES DE L’ETAT DE SIEGE SUR L’ACTIVISME ARME À L’EST DE LA R.D. CONGO
Notre analyse sur la question de l’issue de l’état de siège sur l’activisme armé interpelle au même moment les politiques et les populations civiles. Dans son interprétation, nous développons ici les retombées directes de la décision gouvernementale ainsi que les différentes stratégies pouvant renforcer et rendre efficace cette décision.
II.1. Renforcement ou durcissement de la guerre
L’état de siège mise en vigueur depuis le 6 mai 2021 a suscité des remous de plus d’une personne dans la partie Est du pays. Par cette mesure, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri sont sous administration militaire. Aussi, leurs gouverneurs et vice-gouverneurs sont suspendus et remplacés par des autorités issues des rangs de l’armée et de la police, et les juridictions civiles cèdent le pas à des cours militaires. Notons que cette stratégie se ressemble aux différentes opérations militaires clientélistes vécues à l’Est du pays. C’est le cas des opérations lancées entre 2009 et 2011 contre les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) ainsi que pour d’autres groupes armés, appelées successivement Umoja Wetu (Notre Unité), Kimia (Le Silence) II et Amani Leo (La Paix aujourd’hui), qui ne réussirent à les affaiblir, mais qui eurent des effets préjudiciables sur la population, entrainant une insécurité généralisée et le déplacement massif de celle-ci.
Ce qui étonne de plus, est que l’état de siège a été proclamé dans deux provinces, pourtant, toute la partie Est du pays est touchée par la guerre et est même le foyer d’insécurité depuis 1996. Comme il en est ainsi, l’assaut sur Bunagana en 2021 par les rebelles du M23/AFC-RDF a révélé ce qui suit :
· Le renforcement des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et la résurgence d’une nouvelle force locale « les Wazalendo » ;
· Le renforcement du Mouvement du 23 mars (M23) et l’apparition de l’Alliance fleuve Congo (AFC).
A. Renforcement des FARDC et résurgence des Wazalendo
La prise de Bunagana en 2021 et l’occupation de la ville de Goma, fin janvier 2025, puis de Bukavu, deux semaines plus tard, aux mains des groupes rebelles pro-rwandais (M23-AFC-RDF) ont eu de conséquences incalculables sur l’activisme milicien au Kivu.
En effet, gérer les hommes et les changer, est un processus qui nécessite assez de temps et de stratégies. Plus de six décennies après l’indépendance, la décolonisation mentale n’a donc pas encore eu lieu dans nos têtes ; ce qui nous rend intellectuellement inaptes à oser penser d’un Congo moderne. Trahis par une évidente ignorance, le peuple congolais continue à battre tambour et d’attendre le salue même de ceux-là qui ont mis en place le système actuel de gouvernance, pourtant unanimement décrié. Dans cet état de chose, on doit chercher ou militer pour un nouveau système réellement au service du Congolais.
Cette tâche est de l’apanage, non seulement d’un Leadership engagé, légitime et prêt à défendre les valeurs de la République, mais aussi de toute la population. L’occupation actuelle des provinces du Nord et du Sud-Kivu par les rebelles du M23-AFC-RDF confirme cet état de chose.
A la prise de Bunagana, le gouvernement congolais pensait mater la rébellion par les simples jeux d’intimidation et des assauts d’éléments de l’armée nationale. Ayant senti la menace qui pesait sur le Kivu, la population a jugé de se prendre en charge. À l’instar des anciennes milices d’autodéfense populaire « Maï-Maï » observées dans la guerre de l’AFDL et qui utilisaient plus des armes blanches et rudimentaires, celles d’aujourd’hui, les Wazalendo, ont remarqué que sans le port d’armes modernes, elles sont incapables d’en découdre avec un adversaire lourdement armé et appuyé de l’extérieur. C’est ainsi qu’elles ont nécessité l’accompagnement des FARDC.
Pour justifier et couronner l’activisme des patriotes «Wazalendo », en septembre 2023, le gouvernement congolais a créé les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à partir de membres sélectionnés des groupes armés Wazalendo du Nord et du Sud-Kivu pour servir de « force supplétive officielle (D. BUSIME, 2025)». En décembre 2023, les VDP aux côtés d'autres combattants du Wazalendo sont activement engagé dans les combats dans ces deux provinces précitées, et leur activisme, en appuie aux FARDC a stoppé la progression des rebelles vers d’autres provinces et constituant un succès pour la population.
Selon le groupe d'experts de l’ONU sur la R.D. Congo, cette stratégie de former les VDP visait à les distinguer des autres groupes armés congolais qui avaient également adopté la bannière des Wazalendo (BBC, 2025). Ces milices populaires combattent aux côtés des FARDC et sont intégrées dans la Réserve armée de la défense (RAD) en vue de combattre les groupes rebelles, pourtant, « sont interdites toutes milices privées ou toute autre organisation de particuliers dont l’objectif est de recourir à la force, ou de suppléer l’armée ou la police, de s’immiscer dans leur action ou de se substituer à elles (ORDONNANCE-LOI 11-13 portant des mesures intéressant la sécurité publique (Milices privées), 1960) ».
Cette stratégie est permise par le fait que, selon Nicolas Machiavel, « pour protéger la liberté républicaine, il vaut mieux confier la garde de la liberté au peuple plutôt qu'aux élites (N. MACHIAVEL, 2004)», « puisque le peuple porte des ambitions plus modestes que les élites, il aurait moins tendance à vouloir usurper la liberté commune. Comme cette catégorie sociale ne cherche qu'à ne pas être dominée, elle n'aurait pas tendance à vouloir contrôler et détourner le pouvoir ou les institutions de la république. Étant donné que le peuple est majoritaire dans la cité et qu'il est apte à protéger la liberté, l'employer dans les armées est le meilleur moyen de défendre l’État de la domination étrangère et des conflits extérieurs (N. MACHIAVEL, 2004)».
Comme développé dans notre recherche ultérieure, le Kivu étant une plaque tournante attirant l’attention des affairistes de tout genre, son occupation par les rebelles pro-rwandais nécessite une approche purement congolaise. Étant donné que le problème actuel est centré sur l’Homme fiable et capable de servir l’État et la nation toute entière, et que les questions liées à la défense nationale sont frappées du sceau de secret absolu et ne peuvent pas faire l’objet d’un débat public, la guerre au propre comme au figuré est une affaire des généraux et non des députés et sénateurs, encore moins des leaders communautaires et chefs traditionnels ; pour maîtriser cette partie du territoire, il faut que le gouvernement (G. SHAMAVU MUDERHWA, 2022):
· Valorise le militaire et son métier ;
· Observe avec une attention particulière les provinces du Nord et du Sud-Kivu ;
· Recrute les éléments des forces de l’ordre dans le tissu social local congolais ;
· Forme ces nouveaux venus (dans l’armée) en se basant sur le quota par ethnie, sans distinction et par obligation ;
· Revoit le service de sécurité en vigueur, parce que les étrangers ont plus des pouvoirs à l’intérieur que des Congolais, etc.
B. Le renforcement du M23 et l’apparition de l’AFC
L’état de siège a eu aussi de répercussions sur la recomposition des forces rebelles en R.D. Congo. En effet, la guerre coûte beaucoup, dit-on. Pour miser sur l’armement, on doit mettre toutes les batteries en marche, c’est-à-dire mobiliser les ressources financières, matérielles, humaines et stratégiques. Dans cette perspective, l’état d’urgence devait aussi tenir compte de ces préalables, parce que les dirigeants politiques congolais et encore moins les acteurs de la société civile, s’abstiennent de réaliser ce que José Do Nascimento appelle la « pensée politique (J. DO NASCIMENTO, 2020) »[2].
Pour gagner la guerre, la bataille, …il faut d’abord maîtriser, connaître mieux le tissu social local du pays. En R.D. Congo, ledit tissu est compliqué, souvent, les forces militaires intervenant sur cette partie de la République ignorent ce principe. Or, toute guerre se termine par un accord. Souvent, ces accords accordent plus d’avantages aux étrangers qu’aux Congolais. Comme les forces rebelles maîtrisent plus le tissu social local que les FARDC déployées sur le terrain, ceci leur accorde plus de chance de s’imposer. La prise de Bunagana et la progression de la coalition AFC-M23-RDF vers Goma et Bukavu peuvent nous interpeler.
Dans ce contexte, le déploiement des éléments des FARDC dans la partie Est du pays sans le concours des forces locales, est une bérézina. Sous ce chapitre, Machiavel privilégie les armées composées de citoyens locaux plutôt que les armées formées de mercenaires étrangers (OLIVIER LECLERC-PROVENCHER, 2017).
Il sied à préciser que l’intervention des Wazalendo sur le terrain des opérations militaires ont permis, d’un côté à l’entreprise rebelle de se consolider, et de l’autre, aux démasquassions de grands financiers de la guerre en R.D. Congo, en l’occurrence le Rwanda.
II.2. Stratégies de stabilisation de la partie Est de la R.D. Congo au-delà de l’état de siège
II.2.1. Renforcement de l’administration publique
A. Sur les plans politique et administratif
L’administration publique est une organisation sociale que se donne tout groupe social évolué. Elle est l’instrument de cohésion et de coordination indispensable sans laquelle la société s’effrite. Son rôle, sa structure, son organisation et ses méthodes dépendent de la société dans laquelle elle se trouve insérée d’une part, de l’environnement et de l’évolution historique du milieu social, d’autre part.
En effet, pour saisir l’administration, il faut la replacer dans son contexte d’évolution comme ce fut le cas de tous les pays africains qui ont accédé à l’indépendance politique après avoir été soumis au régime colonial. Aujourd’hui, il n’est pas aisé de philosopher sur l’origine de l’administration publique congolaise. Mais, comme elle n’est pas issue d’une évolution des institutions, des idées politiques et des comportements sociaux, il est souhaitable de diagnostiquer les causes profondes de son malaise.
Ainsi dit, les missions administratives sont donc le reflet de celles de l’État. Les missions de l’État, qui sont essentiellement de nature politique, sont contingentes et évolutives. On organise les institutions pour qu’elles puissent les assumer. Les missions de l’administration publique sont au nombre de trois, à savoir :
· Maintenir l’ordre social ;
· Gérer les services publics ;
· Prendre en charge le développement économique et social de la nation.
En R.D. Congo, sur les plans politique et administratif, ces trois missions ne sont pas pleinement assurées ou tenues par leurs animateurs. Sous cet angle, les missions de l’ordre social et celles de prise en charge le développement économique et social piétinent.
C’est pourquoi, l’administration publique peut être alors appréhendée soit d’un point de vue fonctionnel, soit d’un point de vue organique (G. DUPUIS, M.-J. GUEDON et P. CRETIEN, 2009). Du point de vue fonctionnel, l’administration est considérée comme un ensemble d’activités qui se caractérisent à la fois par leurs finalités d’exercice. Ces finalités varient d’un État à un autre et dépendent de la conception que l’on se fait du rôle de la puissance publique. En dépit de cela, l’on peut admettre qu’elles ont trait avec le maintien de l’ordre public et la satisfaction de différents autres besoins d’intérêt général. Comme mode d’exercice, chaque domaine d’activité publique appelle ses solutions.
Du point de vue organique, l’administration est un ensemble d’organe ayant en commun de relever des personnes morales au sein desquelles agissent des personnes physiques.
Ainsi, les missions de l’administration ne sont jamais initiales mais secondes, et consistent à exécuter les tâches que les organes gouvernementaux lui confient. Comme souligné ci-haut, les missions de l’administration publique concernent les tâches de maintenir l’ordre social, de gérer les services publics et de prendre en charge le développement économique et social de la nation. C’est ces missions qui renvoient à la manière d’appréhender l’analyse institutionnelle.
Partant de cette réalité, en R.D. Congo, les dirigeants politiques ou les animateurs des institutions de la République se sentent peu obligés d’être au service des gouvernés. Ils s’approprient l’État avec tous ses instruments institutionnels, y compris politiques, administratifs, sécuritaires, judiciaires, etc., car ces derniers doivent fonctionner avant tout dans leur intérêt.
D’où, le domaine administratif est délaissé au profit de celui politique, pourtant, les deux domaines se complètent mutuellement. Aujourd’hui, au lieu de s’enrichir dans les affaires, commerce, construction, …tout congolais ayant le goût du lucre ne rêve que la politique.
Sous cet angle, même « l’élection est traitée comme un marché de dupes et/ou de concurrence imparfaite : elle met en présence, d’un côté, des politiciens et élus que nous appelons des acteurs de « classe sociale supérieure » s’appropriant seules les richesses du pays et grâce à celles-ci, se font élire. De l’autre côté, on trouve les électeurs en déficit d’informations et, par conséquent, ceux qui, par leurs choix politiques stratégiques ou économiques non calculés, après les élections, regrettent d’avoir voté, car l’élection d’un élu est un moyen efficacepour acquérir une légitimité formelle et se hisser au sommet de la société (G. SHAMAVU M., S. LIWAKA L. et J. DIEDIKA J., 2025)».
À cet effet, « Les électeurs acceptent l’inacceptable, vu la vie chère qu’ils mènent par rapport à leurs représentants et hommes politiques. Ce qui témoigne d’un grand combat que doit mener le gouvernement congolais pour une vraie démocratie représentative et participative. Au vu de ce prisme d’appauvrissement des électeurs et d’enrichissement des élus, il revient auxélecteurs de renverser la pyramide par leur changement de mentalité et de sortir du carcan ethnique et anti développement en élisant les candidats sans faire référence à l'ethnie, à la colline, à la province, etc. (G. SHAMAVU M., S. LIWAKA L. et J. DIEDIKA J., 2025)».
Dans ce cas-ci, le chef traditionnel ou le Roi et encore moins l’Administrateur du territoire n’ont pas d’estime comme le député national ou provincial. Cette inversion des rapports sociaux s’explique par les différents avantages d’un homme politique au gouvernement que dans d’autres secteurs de la vie en R.D. Congo.
C’est pourquoi, l’État congolais doit, d’une part, lutter contre cette inversion des rapports en valorisant les Chefs traditionnels (Rois) et les agents de la territoriales en leur dotant des moyens adéquats afin de mieux assurer leurs tâches, de l’autre part, établir l’équilibre entre les différentes classes sociales et salariales, et réformer son Administration.
B. Sur le plan militaire
Dès l’avènement du gouvernement de transition mis en place le 11 juillet 2004 en R.D. Congo, selon l’esprit et la lettre de l’Accord global et inclusif (AGI), l’armée congolaise a été chosifiée et disqualifiée. À l’époque, parmi les objectifs assignés au gouvernement, figurait au menu la formation d’une armée nationale restructurée et intégrée, une condition sine qua non pour instaurer la paix durable au pays. Mais, comme l’État congolais était piégé avec la formule de partage du pouvoir : 1+4 (un Président et ses quatre vice-présidents appartenant aux différents camps rebelles), la transition dite démocratique n’a pas réussi à constituer une armée purement congolaise.
Il sied à rappeler ici que tout commence au temps de l’AFDL, où l’armée congolaise était infiltrée des étrangers, des mercenaires ; une alliance constituée des plusieurs partis politiques d’obédience rwandaise qui ont pris le pouvoir par force. Pour aider le gouvernement congolais à se développer, l’Union européenne (UE), après la conclusion de l’accord de Sun City, a agi à travers une structure politique fabriquée et dénommée « Comité international d’accompagnement de la transition (CIAT) ». Créé en 2002, le CIAT était constitué des représentants des EU, de la Chine, de la Russie et abritait aussi, au niveau européen, des émissaires de l’UE, de la Commission européenne et de quelques États actifs dont la France, la Belgique et le Royaume Uni (MURHULA NASHI….).
Le CIAT, dirigé par l’ancien ambassadeur américain, William Swing, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU au Congo, avait comme mission d’arbitrer les conflits entre les différentes composantes de la transition. Selon le mode de choix des autorités de la transition et en rapport avec l’accord de Sun City, le CIAT faisait aussi partie du schéma tracé par les grandes puissances pour étouffer tout nationalisme congolais afin de mieux conquérir le pays. Certes, tout fut orchestré pour piéger les institutions de la République afin de les empêcher de fonctionner correctement et de prouver par-là l’incapacité des dirigeants. Ainsi, sous couvert de négociations politiques « inter congolaises », nous avons constaté que la stratégie de la Communauté internationale consistait à affaiblir les institutions du Congo avec l’adoption du schéma 1+4, et introniser les véritables maîtres du jeu.
Dès lors, les institutions de la R.D. Congo sont toujours piégées comme si les Congolais sont immatures de se libérer du plan tracé par les grandes puissances : investir à la tête des institutions des mercenaires ou des élites compradores en vue de ne pas gêner le plan d’occupation de la partie Est.
Aujourd’hui, l’état de siège poursuit son bonhomme de chemin avec une armée composée de mille feuilles issues des différents négociations et accords signés entre les autorités politiques et les factions rebelles. En temps, devant une armée infiltrée, non professionnelle et non républicaine, faut-il penser à l’idée de l’état de siège ?
L’état de siège nécessite la présence d’une armée forte et républicaine. C’est pourquoi, on doit dès le départ, définir clairement ses vraies tâches ainsi que les conditions préalables à l'exercice de ce métier et ce, en fonction du projet de société que le pays compte se donner. Cet exercice relève de la capacité managériale des autorités à tous les niveaux.
II.2.2. Application de la loi
Le politicien devient un homme d’État quand il commence à penser à la prochaine génération plutôt qu’aux prochaines élections (Winston Churchill). En visualisant cet adage avec des lunettes scientifiques, on constate qu’en R.D. Congo, les lois sont adoptées, votées, publiées…mais ne produisent aucun changement sur le terrain d’application. Devenu une routine, en présence d’une loi, la population la traite de slogan.
Depuis l’AFDL, tous les acteurs (nationaux et internationaux) ne parlent que de la guerre. Or, d’aucuns ne cessent de conclurent qu’elle a été appuyée par l’Ouganda, le Rwanda et dans une moindre mesure, le Burundi ; pourtant les vrais tireurs de ficelles se trouveraient ailleurs (Asiatiques, Européens, Américains, etc.) et ne sont pas inquiétés ni arrêtés. S’il s’agit d’arrestation, on n’inquiète que les faibles congolais. Pourquoi cette politique de deux poids deux mesures ?
Dans le cas de l’occupation des provinces du Nord et du Sud-Kivu par l’armée rwandaises, les autorités Congolaises doivent user de la prudence : dénicher les militaires et les civils compradors et les déférer devant la loi, peu importe leurs rangs, casquettes politiques, liens familiaux, etc. car sans punition, la rébellion s’érigera en loi.
II.2.3. Nationalisme et patriotisme
Le nationaliste voue un culte absolu à sa nation, dont les intérêts priment toute considération morale. Seul importe le développement de la puissance de la nation, au détriment des autres. Le patriotisme, quant à lui, est essentiellement défensif en marquant un attachement à un lieu et à un mode de vie, sans prétendre l’imposer à d’autres (ORWELL, 2021).
Lors de la guerre du RCD/Goma le 2 août 1998, celui-ci se justifiait de mettre fin à toutes les formes de dictature, à promouvoir le processus de démocratisation et de la reconstruction nationale, à promouvoir le bien-être social du peuple congolais, la paix et la sécurité au niveau national, sous régional et continental. Pour réaliser leurs rêves, les rebelles du RCD se sont servis d’une sous-traitance congolaise. C’est le cas de Wamba dia Wamba, Arthur Z’Ahidi Ngoma, le Dr Emile Ilunga, etc. Grâce à cette sous-traitance interne, les agresseurs ont maquillé l’agression en rébellion.
De même, avec l’offensive du M23-RDF/AFC contre Bunagana en juin 2022 au Nord-Kivu, cette rébellion composée des congolais et des étrangers, visait le lucre des biens et les pillages du pays. Au lieu que les congolais défendent la partie, ils sont au service des forces étrangères et agresseurs, considèrent la population civile comme une bête à sacrifier pour l’épanouissement et la jouissance des étrangers. Ils ne calculent non plus l’ampleur de leurs stratégies, non seulement sur leur avenir, mais aussi sur celui de la R.D. Congo.
Ainsi, les rebellions passées et actuelles devraient nous servir de leçons. Pour que le peuple congolais prouve son identité et témoigne qu’il aime réellement son pays, il doit faciliter les autorités politiques à opérer un changement, c’est-à-dire, à lever le défi de tous les maux qui accablent le pays. Mais aussi, les dirigeants politiques doivent mettre sur pied une nouvelle organisation politique, sociale et institutionnelle permettant d’inculquer une nouvelle idéologie aux Congolais en vue de transformer les « citoyens dits complaisants ou apathiques » en « citoyen gendarme ».
Il s’agit d’un processus d’inculquer aux Congolais l’idéologie d’une R.D. Congo propre aux Congolais et à protéger comme la prunelle de ses yeux. Quant aux politiques, chacun, quant à ce qui lui concerne, doit se faire l’image d’un pouvoir d’État tellement lourd à porter, difficile à exercer et à sauvegarder pour l’intérêt de la nation congolaise. Ils doivent savoir qu’ils sont avant tout les serviteurs du peuple congolais, c’est-à-dire de gestionnaires qui doivent constamment rendre compte au patron de leur gestion du patrimoine commun.
En analysant la situation politique actuelle de notre pays, tous les indicateurs montrent que le peuple souffre d’un manque d’une « révolution de la mentalité ». Étant donné que le patriotisme traduit le dévouement à un lieu particulier et à un mode de vie particulier, que l’on croit être le meilleur au monde mais que l’on ne souhaite pas imposer à d’autres personnes, il est par nature défensif, à la fois militairement et culturellement. Le nationalisme, au contraire, est inséparable d’un désir de pouvoir. C’est pour cette raison qu’un nationaliste pense uniquement, ou principalement, en termes de prestige concurrentiel et ses pensées tournent toujours autour des questions de victoire, de défaite, de triomphe et d’humiliation (ORWELL, 2021).
À cet effet, nous constatons que la guerre qui se pérennise à l’Est du pays risque d’emporter, non seulement toute la population, mais aussi les décideurs politiques, car cette partie du pays s’écarte petit à petit de la R.D. Congo aux vues de tous. Cette guerre a plus ouvert le Kivu à l’Afrique de l’Est qu’à la capitale Kinshasa. Du point de vue militaire, il y a plus des groupes armés étrangers que congolais, la production, les échanges commerciaux, …sont tournés vers l’Est africain. Cette situation favorise plus l’ouverture du Kivu au monde extérieur qu’à la capitale Kinshasa. C’est pourquoi, si l’ouverture du Kivu à l’Afrique de l’Est est une évidence, les différents échanges commerciaux transfrontaliers sont l’indicateur de cette intégration de proximité assurée par des populations de toutes sortes. Aujourd’hui, plusieurs postes douaniers permettent de se rendre compte de la densité de ces échanges et des flux optimisés par une série d’accords officiels entre le Burundi, le Rwanda et la R.D. Congo dans le cadre de la CEPGL pour fluidifier la circulation de biens et de personnes au sein des zones frontalières (G. SHAMAVU MUDERHWA, 2023).
Eu égard à ce qui précède, les dirigeants politiques et leurs administrés doivent militer pour un Congo uni, parce que la R.D. Congo est notre patrimoine commun. De même, la partie Est doit être libérée pour un développement harmonieux, car c’est un lieu stratégique pouvant permettre à la R.D. Congo d’avoir l’influence et la dominance sur l’Afrique de l’Est et de l’Ouest (R. POURTIER, 2023).
D’où, entant que nationaliste et patriote, le soutien aux Wazalendo-FARDC et aux Institutions de la République contre l’invasion de notre pays, sont des ingrédients pour la culture de la paix. Aussi, comme la libération des entités sous contrôle rebelles traine, étendre l’état de siège sur toutes les provinces de l’Est du pays, serait mieux en vue de contenir l’insécurité.
III. RESULTATS
L’état de siège décrété depuis le 1er mai 2021 et mis en vigueur le 6 mai 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, demeure un arbre dont ses feuilles cachent la forêt, parce que :
- A l’heure actuelle, l’administration (publique) ne joue pas pleinement son rôle, en sécurisant les personnes et leurs biens ;
- Dans le domaine militaire, les FARDC ne sont pas pleinement renforcées pour exécuter conséquemment leurs tâches, et celles déployées sur le terrain d’opérations militaires, n’ont pas la connaissance parfaite du tissu social local ;
- L’insécurité se pérennise, parce que l’état de siège, au lieu d’être levé, il se prolonge de plus en plus et la population civile perd de l’espoir de vivre, vu les conséquences de la guerre depuis l’avènement d’AFDL en 1996.
Les résultats démontrent aussi que la mesure de l’état de siège se heurte à un manque d’une révolution de la mentalité., Au lieu de mettre fin à la guerre, elle envenime la situation : dans les entités contrôlées par les rebelles, la corvée, le viol de femmes, le kidnapping et les enlèvements des jeunes sont légions. En utilisant les civils dans la guerre, le gouvernement congolais doit rester conséquent, parce que, si on veut donc former un peuple nombreux et armé pour pouvoir obtenir une grande domination, on le rend tel que par la suite il ne peut pas le gouverner à sa convenance; si on garde ce peuple peu nombreux et désarmé pour pouvoir le gouverner, on ne peut pas maintenirles territoires conquis (N. MACHIAVEL, 2004)».
Ainsi, le gouvernement doit évaluer la mesure de l’état de siège et de créer de conditions amenant tous les acteurs congolais (politiques, économiques et sociaux) voués à la paix de s’inscrire dans la dynamique du soutien à ses initiatives et aux Wazalendo-FARDC.
CONCLUSION
L’état de siège décrété le 1er mai 2021 et mis en vigueur depuis le 6 mai 2021 dans l’Est de la R.D. Congo dans l’objectif de lutter contre l’insécurité récurrente dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, est demeuré un arbre dont ses feuilles cachent la forêt.
Pour comprendre la situation sécuritaire sur cette partie du territoire congolais, on doit chercher son explication dans le passé du Kivu, c’est-à-dire depuis 1937, la période de la transportation des milliers de citoyens rwandais ou le processus de la Mission d’Immigration des Banyarwanda, allant de 1936 à 1956 (MIB) en vogue dans le Masisi au Nord-Kivu, par l’Administration Belge jusqu’à nos jours.
Notre objectif était de démontrer qu’outre l’état de siège en cours dans ces provinces précitées, la dynamique patriotisme-nationalisme s’avère la solution directe à l’insécurité chronique, non seulement dans ces deux provinces, mais aussi dans la partie Est de la R.D. Congo.
Pour analyser les faits, la méthode d’analyse stratégique appuyée des techniques d’entretien, d’observation directe et de documentation nous ont servi de guide. Ainsi, l’analyse stratégique de Michel Crozier et Erhard Friedberg nous a permis à considérer l’état de siège comme de stratégies visant à dissuader les ennemis de la paix et signale l’heure du décollage du développement de la R.D. Congo.
L’état de siège ou la militarisation de l’administration, est décrété, seulement par le Président de la république et s’observe en cas de situation de crise ou de péril imminent résultant d’une guerre étrangère ou d’une insurrection à main armée. Cependant, l’état de siège est assimilé à l’état d’urgence, à la seule différence qu’il n’y a pas militarisation de l’administration.
L’état de siège a eu comme conséquence, le durcissement de la guerre, facilitant à chaque acteur de rectifier ses tirs. D’un côté, il a permis au gouvernement congolais de renforcer son armée en se dotant des matériels de guerre et de revoir le commandement de structures militaires, en convainquant les résistants « Wazalendo » de marcher ensemble en vue de défendre les territoires occupés. De l’autre côté, les groupes rebelles se sont renforcés, avec une particularité : la création de l’AFC, une branche armée et non armée des Congolais opérant dans l’ombre sous l’égide du M23 et les démasquassions du Rwanda parmi les auteurs intellectuels et financiers de rebellions en R.D. Congo.
Ainsi, dans la lutte contre l’insécurité, un État responsable doit renforcer son administration et appliquer la Loi, etc. C’est pourquoi, pour réaliser ses missions traditionnelles et modernes, l’État recourt à l’instrument appelé « Administration ». Celle-ci sera plus forte si à l’interne du pays, il y a un élan patriotique-nationaliste.
Depuis 1960, la R.D. Congo est confrontée à des crises politiques récurrentes dont l’une des causes fondamentales est la contestation de la légitimité des institutions et de leurs animateurs, car ces derniers se sentent peu l’obligés d’être au service des gouvernés. Ils s’approprient l’État avec tous ses instruments institutionnels, y compris politiques, administratifs, sécuritaires, judiciaires, etc., étant donné qu’ils doivent fonctionner avant tout dans leurs intérêts.
En décrétant l’état de siège, l’autorité politique doit se rassurer que tous les moyens nécessaires (humain, financier, logistique, …) pour la réussite de sa décision lui sont favorables. Pour ce faire, elle doit se rassurer d’avoir une armée forte et républicaine. Au contraire, c’est la bérézina.
En analysant la situation politique actuelle de notre pays, la R.D. Congo, tous les indicateurs montrent que le peuple souffre d’un manque d’une « révolution de mentalité ». Plus de six décennies d’indépendance, la décolonisation mentale n’a donc pas encore eu lieu dans nos têtes ; ce qui nous rend intellectuellement inaptes à oser penser d’un Congo et des Congolais qualitativement différents de ce que nous sommes aujourd’hui. D’où, on doit militer pour un nouveau système réellement au service des Congolais.
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[1] Ce néologisme apparu depuis l’occupation des provinces du Nord et du Sud-Kivu en 2024
[2] La pensée politique est un champ de la réflexion. Elle porte sur la question de l’organisation de la cité et sur celle de l’exercice du pouvoir au sein de la cité. Elle aborde les questions relatives à l’État, à la typologie des régimes et des systèmes politiques, à la compétition entre les acteurs politiques, à l’organisation de l’appareil économique, sanitaire et sociale. Elle est à cet effet plus ambitieuse, surtout lorsqu’elle aborde la question de la condition passée, présente et future d’une société du point de vue de son aptitude à l’initiative historique.

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