Les pratiques communicationnelles et le changement de comportement au sein de la Police Nationale Congolaise
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Yodith Mungala Sampia
Apprenante en DEA/DES, Département des Sciences de l’information et Communication, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Kinshasa ; e-mail : yodithmungala25@gmail.com

Résumé
L’article analyse le rôle des pratiques communicationnelles dans le changement de comportement des agents de la Police Nationale Congolaise (PNC). Il part de l’hypothèse selon laquelle la communication organisationnelle, interne et externe, constitue un levier déterminant de transformation des attitudes professionnelles et d’amélioration des relations police-population.
C’est grâce à l’approche qualitative que cette étude a été réalisée avec la combinaison de l’ethnographie à l’analyse de contenu. En mobilisant les théories de la communication organisationnelle (relations humaines, systémique, interaction symbolique et sensemaking), l’étude montre que les dysfonctionnements comportementaux observés au sein de la PNC sont étroitement liés à la qualité des interactions communicationnelles.
L’article propose enfin des pistes de réforme fondées sur une communication éthique, participative et contextualisée. Il démontre que le changement de comportement au sein de la Police Nationale Congolaise ne peut se limiter au respect des lois et pratiques communicationnelles actuelles mais par une adaptation et une redéfinition imagée et contextuelle de celles-ci.
Mots-clés : communication organisationnelle, comportement policier, PNC, police de proximité, changement social.
Abstract
This article analyzes the role of communication practices in behavioral change among officers of the Congolese National Police (PNC). It is based on the hypothesis that organizational communication, both internal and external, constitutes a key lever for transforming professional attitudes and improving police–population relations.
By adopting a qualitative approach, this study combined ethnography with content analysis. Drawing on theories of organizational communication (human relations, systems theory, symbolic interactionism, and sensemaking), the study shows that the behavioral dysfunctions observed within the PNC are closely linked to the quality of communicative interactions.
The article finally proposes reform pathways grounded in ethical, participatory, and context-sensitive communication. It demonstrates that behavioral change within the Congolese National Police can’t merely be restricted to adhering to laws an communication practices but must involve their refinement and contextual symbolic redefinition.
Keywords: organizational communication, police behavior, PNC, community policing, social change.
Introduction générale
Dans de nombreux contextes africains, les institutions policières sont confrontées à une crise de légitimité caractérisée par une faible confiance des populations et des pratiques professionnelles parfois contestées. En République Démocratique du Congo, la Police Nationale Congolaise (PNC) n’échappe pas à cette réalité. Les relations entre police et citoyens sont souvent marquées par la méfiance, les tensions et la perception d’abus de pouvoir.
Dans ce contexte, la question de la communication apparaît comme un enjeu central. En effet, la manière dont les agents communiquent entre eux et avec la population influence directement leurs comportements professionnels. Ainsi, cet article pose la question suivante : dans quelle mesure les pratiques communicationnelles peuvent-elles contribuer à un changement durable de comportement au sein de la PNC ?
La présente étude soulève une question principale : dans quelle mesure les pratiques communicationnelles peuvent-elles contribuer à un changement durable de comportement au sein de la Police Nationale Congolaise ? Nous nous posons aussi les deux questions suivantes : quelles sont les logiques communicationnelles qui soutiennent ces pratiques et quel est leur impact dans la poursuite du changement de comportement du policier congolais.
Cette problématique trouve son importance dans le contexte actuel de réforme institutionnelle et de revalorisation de l’image de la police en République démocratique du Congo. En effet, les multiples critiques formulées à l’égard de la Police Nationale Congolaise ; notamment les accusations de violences, de corruption, d’abus d’autorité et de déficit de proximité avec la population, révèlent la nécessité d’une transformation profonde des comportements professionnels et relationnels des agents de police.
Dans cette perspective, la communication apparaît comme un levier stratégique capable d’influencer les attitudes, les représentations et les pratiques professionnelles. Les pratiques communicationnelles renvoient ici à l’ensemble des mécanismes de communication interne et externe utilisés au sein d’une institution : diffusion de l’information, sensibilisation, communication hiérarchique, campagnes éducatives, dialogue avec les citoyens, médias sociaux, formations interactives, communication engageante et dispositifs participatifs.
Ces pratiques ne se limitent pas à transmettre des informations ; elles visent également à produire de l’adhésion, de la confiance et une modification progressive des comportements organisationnels.
L’hypothèse fondamentale de cette réflexion est que le changement durable des comportements policiers dépend moins des sanctions administratives que de la mise en place d’une culture communicationnelle fondée sur la responsabilité, la transparence, l’éthique et l’interaction permanente avec la population.
Une communication efficace peut renforcer la conscience professionnelle des agents, favoriser le respect des droits humains et instaurer une relation de confiance entre la police et les citoyens.
Par ailleurs, plusieurs chercheurs soulignent que les institutions policières modernes doivent intégrer une communication dialogique, participative et professionnelle afin d’améliorer leur gouvernance et leur légitimité sociale. Ainsi, la réforme de la police ne saurait réussir sans une stratégie communicationnelle cohérente capable de transformer les mentalités et les pratiques quotidiennes des agents.
Dès lors, cette étude cherchera à analyser les mécanismes communicationnels susceptibles d’influencer durablement les comportements au sein de la Police Nationale Congolaise, en évaluant notamment : le rôle de la communication interne dans la discipline professionnelle ; l’impact de la communication institutionnelle sur l’image de la police ; la contribution des médias traditionnels, des médias numériques et des hors médias dans la transformation des pratiques policières ; ainsi que les limites structurelles, culturelles et organisationnelles qui freinent l’efficacité de ces dispositifs communicationnels.
Outre cette introduction, cette étude est composée du cadre théorique de la communication des organisations et du comportement, d’une approche méthodologique, des résultats de la recherche, des limites et défis, de discussion et une conclusion générale.
2. Cadre théorique : communication organisationnelle et comportement
Selon Elton Mayo (1933), les théories de la communication organisationnelle permettent d’éclairer les dynamiques internes des institutions. L’approche des relations humaines montre que la communication influence la motivation et le comportement des agents.
Le modèle Trans théorique du changement a été développé par James Prochaska et Diclemente (1983). Ils se sont intéressés à comprendre comment les individus arrivent à changer et modifier leurs habitudes. Ces changements peuvent être causé par la personne par elle-même soit avec l’aide d’un thérapeute. Ils s’intéressent au changement de comportement d’un individu et pas sur le changement au sein d’un groupe d’individus.
John Kotter a, quant à lui, mené une étude sur la démarche qui vise à changer non pas un individu mais un groupe. Il est auteur de l’ouvrage : « Conduire le changement » dans lequel présente une démarche caractérisée par un processus en huit étapes ( John Kotter 2015).
3. Approche méthodologie
La recherche qualitative est reconnue pour sa capacité de produire des données détaillées sur les individus et leur vie sociale, ce qui permet de mieux comprendre les pratiques de la communication au sein de la Police Nationale Congolaise.
Parmi les méthodes qualitatives, nous avons utilisé l’ethnographie. En effet, « l’ethnographie est considérée comme la partie descriptive de l’ethnologie. L’ethnologie est la science des groupes et des cultures ethniques. L’ethnographie consiste dans l’observation et l’analyse de groupes humains considérés dans leur particularité et visant à la restitution aussi fidèle que possible, de la vie de chacun d’eux » ( Alain Laramée et Bernard Vallée 2005).
L’analyse de contenu est définie pour la première fois par Berelson en 1948 comme : « une technique de recherche pour la description objective, systématique et quantitative, du contenu manifeste des communications, ayant pour but de les interpréter » (Bernard Berelson 1952) .
L’analyse de contenu nous a permis de faire une exploration des moyens de communication utilisés par la Police Nationale Congolaise de 2020 à 2026 pour comprendre les pratiques communicationnelles qui encouragent au changement de comportement dans cette institution. Nous avons fait l’analyse de contenu de la grande parade du 12 Novembre 2025, d’une émission magazine de la PNC du 10 Juin 2026 et de nos entretiens au sein du Commissariat Général de Kinshasa.
Notre étude a été réalisé en utilisant les techniques de récolte et analyse de données qualitatives suivantes : l’observation directe, recherches documentaires et une analyse des données numériques.
Il est important de signaler que notre recherche a été marqué par des entretiens semi-directifs avec une vingtaine des agents de la PNC.
4. Résultats de nos entretiens
Nous avons centré nos entretiens autour de cinq thèmes, à savoir : les connaissances, les attitudes, la perception, les pratiques et les suggestions
4.1. Les connaissances
Nous nous sommes intéressés à savoir quelle connaissance avaient nos interviewés sur les pratiques communicationnelles et sur les mesures mises en place pour accompagner le changement de comportement au sein de la PNC.
Nos recherches révèlent que les policiers congolais étant issus des origines différentes, ont eu des formations hétérogènes. Chacune basée sur le métier qu’ils occupaient avant la Police. L’absence de formation de base et continue constituent une des causes des mauvais comportements observés dans le chef du policier congolais. Il existe un poids de ce brassage ayant conduit à la création de la PNC. Le fait que les effectifs soient issus d’un brassage sans formation initiale de base et encore moins des formations régulières et continues communes crée un déficit d'identité policière unifiée. Chacun applique la "loi" selon son ancienne culture d'arme.
Le code déontologique n’est pas respecté, malgré la multiplication des campagnes de sensibilisation, des politiques publiques, des réunions, parades et causeries morales. Les comportements sociaux évoluent lentement au sein de la PNC. Il y a un déficit réel dans les stratégies communicationnelles utilisées.
Pour faire respecter le code déontologique et le régime disciplinaire de la PNC, il faut des subventions, lesquelles n’étaient pas suffisantes avent la mise en place du plan d’actions quinquennal de 2025 à 2030 du programme de la réforme de la PNC. Ceci représente également un frein à l’accompagnement de policier à adopter des bons comportements. C’est l’une de raisons de rechute et de détérioration de leurs comportements.
La problématique de la régularité de paiement de salaire apparait aussi comme cause de mauvaises pratiques au sein de la Police. Ils ne sont obligés de se faire justice en participant à des actes qui n’honorent pas la fonction du policier. Ceci conduit à une autre cause qu’est le manque de suivi ou de rigueur et le comportement inné de certains policiers. Il est constaté que certains policiers, une fois la sanction disciplinaire achevé, ils récidivent et refont les mêmes fautes pour lesquelles ils ont été sanctionnées auparavant.
Nos recherches révèlent également que les policiers congolais savent qu’est-ce qu’est une faute disciplinaire. Ils citent entre autre, l’ivresse, la consommation des stupéfiants ou leur vente, la destruction ou utilisation abusives de munitions, la destruction méchante, le retard sur le lieu de service ou lors d’un rassemblement... Ceci est la preuve qu’ils connaissent quels sont les comportements qu’ils ne doivent pas adopter. C’est ainsi qu’ils reconnaissent que « Soda bakangaka ye na sima mukongo te ». Ils sont avertis en amont et connaissent comment ils doivent se comporter en exercice ou non de leur métier.
Il y a aussi la question du constat de la faute commise. En effet, le policier ne peut être accusé que s’il existe des preuves tangibles contre lui. Sans cela, il n’y a aucune action disciplinaire ou en justice contre l’officier de police. Sachant qu’il n’existe pas des preuves, certains policiers n’améliorent pas leur comportement et continuer à adopter des comportements non conformes.
4.2. Les attitudes
Nous avons voulu comprendre qu’elle était la place de la discipline au sein de la PNC. La discipline est de rigueur et est reprise à plusieurs reprises lors de nos entretiens. Il apparait pour tous qu’elle doit être non seulement d’application mais être vécue au quotidien et partout par le Policier Congolais.
L’idéal face à la réalité
Pour mieux intégrer la notion de discipline, ils utilisent souvent la phrase : « Soda aza moto ya mibeko » pour dire que le policier est un homme qui respecte et obéit à la loi. Il faut noter que dans le langage populaire congolais, le terme « Soda » fait référence à la fois au policier et au militaire. Il représente tout officier de sécurité porteur d’une arme à feu.
Notre recherche a aussi révélé que puisque la discipline est un maitre mot, il ne devrait nullement avoir des cas de dépravation ou comportement non exemplaire au sein de la PNC. C’est ainsi qu’a vu le jour la Réforme de la PNC.
Il apparait qu’ils ont réellement conscience de la portée de leurs actes. Nous avons poussé nos recherches à comprendre les attitudes qu’adoptaient les policiers après une détention. Certains reprennent l’exercice de leurs fonctions avec une attitudes différentes et correctes. Cependant, la majorité se remettent à poser les mêmes actes ne craignant pas l’ouverture d’une nouvelle procédure disciplinaire. La sanction disciplinaire ou pénale ne semble pas dissuader certains policiers. Ceci faute de rigueur dans le suivi de ces sanctions et aussi à cause des comportements déviants encrés et qui passent pour étant normaux.
La gestion des récidivistes
Pour illustrer le cas de faute répétitive, les policiers parlent de « Mbalo mbala » C’est – à – dire à maintes reprises, les sanctions sont prises et à maintes reprises, certains policiers rechutent.
Les attitudes que présentent les policiers au sortir d’une sanction sont suivi par une cellule psychologique au sein de son unité ou commissariat. Cette cellule accompagne le policier à sa réinsertion professionnelle après sanction et analyse l’évolution positive ou négative de son comportement. Après accompagnement, la cellule décide de maintenir ou pas le policier dans ses fonctions. Elle agit de deux manières : discrètement et sans se cacher pour pouvoir cerner au mieux le changement ou pas accompli dans les attitudes et comportements du policier. La mise en place d’une cellule psychologique est un point positif qui démontre une volonté de transition d'une approche purement répressive vers une approche corrective/éducative.
Sachant que le policier sait manier les armes à feu, sa sortie des effectifs pour comportement inapproprié ne se fait pas directement. Une analyse est menée afin d’identifier le lieu où l’ex policier pourrait être utile à la société, à savoir dans un service administratif de la PNC. D’autres sanctions s’appliquent. A plusieurs reprises, les interviewés nous ont rappelé qu’ils sont soumis à un blocage d’avancée ou montée en grade. Le policer non exemplaire voit ses collègues passer d’un grade à l’autre et lui n’évolue pas.
4.3. La perception
Nous avons voulu connaitre et comprendre quelle était la perception sur le comportement de la PNC et sur la mise en place de la Réforme de la PNC.
A. Vision négative
La majorité pour ne pas dire la totalité a conscience de l’image ternie qu’a la PNC. L’image de la PNC demeure mauvaise et mérite qu’il y ait suffisamment des campagnes de sensibilisation pour arriver à conduire à un changement visible et perception par tous, autant la population que les policiers eux-mêmes.
L'appropriation de la Réforme (Doctrine des 3P et 3R)
Les principes de la Police de Proximité à travers la doctrine des 3P et 3 R : (Proximité, Partenariat, Prévention, Résolution de problèmes, Respect des droits humains, Redevabilité) sont connus théoriquement. L’information sur la réforme a été diffusée, mais sa perception se heurte à un manque de transparence dans la sélection des policiers à former.
4.4. Les pratiques
Nos recherches démontrent que les pratiques les pratiques attendues du Policier sont connues et mises en pratique bien qu’avec des écarts. Ces bonnes pratiques correspondantes aux missions de la Police, à savoir assurer le maintien et la sécurité de l’ordre public et l’assistance des personnes ainsi que de leurs biens. Ils reconnaissant que leurs actes doivent se tourner à servir la population qui est la bénéficiaire de leurs services.
La culture de l'obéissance aveugle
Dans la réalisation des bonnes pratiques attendues du policier, il apparait que celui-ci ne doit pas se plaindre d’un ordre qu’il reçoit. La discipline voudrait qu’il obéisse sans broncher d’où la phrase : « Kotosa sika sik’awa pe kozongisa monoko te ». Il doit exécuter les ordres et ne manifester aucune opposition ni réclamation. Notons que cela peut être un frein si l'ordre donné est contraire aux droits humains ou à la règlementation de la PNC.
Les causes structurelles des mauvaises pratiques
D’après les personnes interviewées, les causes structurelles des mauvaises pratiques au sein de la PNC sont :
- La précarité économique : Salaires irréguliers, bancarisation défaillante qui provoque de l'absentéisme ou des dérapages sur le chemin de la banque.
- L'analphabétisme fonctionnel : Beaucoup de policiers ne savent pas lire les textes juridiques ou le code déontologique.
- Le manque de subventions : Les ruptures de financement de la réforme (au profit de l'armée et de la justice) expliquent les rechutes comportementales.
Les 10 règles d’Or
Les policiers interviewés se sont aussi exprimés sur les bonnes pratiques appelées les 10 règles d’Or d’un commissariat de Police. Celles-ci présentent les bonnes pratiques à adopter et à faire perdurer au sein d’un commissariat de la Police. Parmi les 10 règles d’or, il y a que les services de la police sont gratuits. Une information vraie mais méconnue de la population. A chaque fois qu’un citoyen se rend à la Police, il doit payer pour pouvoir bénéficier d’une quelconque assistance policière.
Une lueur d’espoir
Le conseil local de sécurité de la Police de proximité (CLSP), issus de la Réforme de la Police, travaillent sur la sensibilisation sur le changement de comportement. Il a mené des actions, notamment dans la ville Province de Kinshasa, précisément dans la commune de Kinshasa et à Mont Kaly. Il a travaillé à faire renaître la confiance entre la population et la Police.
Au regard de quinze première année de la réforme, les résultats n’ont pas été si palpables. Certes, c’est suite au manque de financement nécessaire pour accompagner ses actions. Il a été décidé de reconduire les actions de la réforme pour 5 années soit de 2025 à 2030 avec l’appui du gouvernement congolais et des partenaires internationaux, à savoir : la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation de la République Démocratique du Congo, l’Organisation Internqtionale pour la Migration…
5.5. Les suggestions
Les suggestions faites par nos interviewées reflètent le besoin d’une communication plus efficace et un profond désir de changement.
A. Amélioration de la communication
La nécessité de recevoir les informations dans le temps et une implication de leurs supérieurs de transmettre les informations aux officiers de toutes les catégories. Ils recommandent également une large diffusion des actions de la Réforme pour encourager à adopter les bonnes pratiques.
Le changement de comportement
Pour lutter contre l’analphabétisme au sein de la PNC, il faut favoriser les formations et les campagnes de sensibilisation. Il faut introduire la culture de l’excellence et promouvoir les bonnes pratiques.
5. Pratiques communicationnelles au sein de la PNC en RDC
Les pratiques communicationnelles au sein de la constituent aujourd’hui un enjeu majeur dans le processus de réforme sécuritaire et de modernisation institutionnelle en République démocratique du Congo.
Elles désignent l’ensemble des mécanismes de transmission de l’information, des interactions professionnelles, des stratégies de communication médiatique et hors médias ainsi que des modes de relation entre la police, ses agents et la population. Ces pratiques concernent à la fois la communication interne, entre les structures hiérarchiques et les agents, et la communication externe destinée au public, aux médias et aux partenaires institutionnels.
La communication au sein de la PNC est organisée par le Service d’Information et de Communication au sein de la PNC (SICOP)[1]. Il organise toutes les activités médiatiques et protocolaires de la PNC.
Le service d’Information et de Communication[2] de la PNC compte six département, à savoir: le département Presse écrite, le département audiovisuel, le Département technique, le département d’imprimerie, le département de la documentation, le département des relations publiques et protocole.
La PNC utilisent principalement trois moyens de communication, à savoir : les médias traditionnels, les médias numériques et les hors médias.
La télévision est le seul média traditionnel utilisé actuellement par le SICOP. Il diffuse à la RTNC 1 et 3, la RTVS1 et à Kin 24 une émission magazine d’une trentaine de minutes. Ce Magazine de la Police est un outil important de communication institutionnelle et des relations publiques. L'objectif principal de ce magazine est de redorer ou stabiliser l'image de la Police Nationale Congolaise auprès de la population, à travers le rapprochement de la police et de la population.
Le SICOP communique aussi à travers les médias numériques, notamment sur l’adresse suivante : https://www.police.gouv.cd ». Le SICOP publie à travers les ondes numériques les différents messages liés au métier de la Police, notamment sécuriser les personnes et leurs biens. Ce média est exclusivement réservé à l’usage de Policier.
Enfin il y a ce qu’on appelle les hors médias. Il s’agit des moyens de communication non médiatiques parmi lesquels, nous pouvons citer : les réunions, les parades, les causeries morales, les campagnes de sensibilisation et les instructions permanentes.
Dans le contexte congolais, les pratiques communicationnelles de la PNC se développent dans un environnement marqué par des défis multiples : déficit de confiance entre la population et les forces de l’ordre, insuffisance de formation professionnelle, faiblesse des outils technologiques de communication, problèmes de gouvernance institutionnelle et persistance de certaines pratiques contraires à l’éthique policière.
Face à cette réalité, plusieurs programmes de réforme ont insisté sur la nécessité d’une communication stratégique afin d’améliorer l’image de la police et de renforcer la relation police-population. La communication institutionnelle au sein de la PNC poursuit plusieurs objectifs.
Elle vise d’abord la diffusion des valeurs professionnelles telles que la discipline, la responsabilité, le respect des droits humains, le service public et le respect du code déontologique de la PNC. Elle permet également d’assurer la coordination entre les différents services policiers, de renforcer la cohésion organisationnelle et de faciliter la circulation des informations opérationnelles.
Selon Glody Kabulu Muyoyi (2022), la question de l’image de la police congolaise demeure centrale dans la communication institutionnelle, car les bavures policières relayées dans les médias influencent fortement la perception populaire de l’institution policière.[3] Les pratiques communicationnelles de la PNC se manifestent notamment à travers : les parades, les causeries morales, les communiqués officiels ; les conférences de presse ; les émissions radiotélévisées ; les campagnes de sensibilisation citoyenne ; les réseaux sociaux ; les formations en communication destinées aux cadres et inspecteurs ; les interactions communautaires dans les quartiers et communes.
Dans le cadre des réformes actuelles, plusieurs partenaires internationaux, dont le Programme des Nations Unies pour le Développement et la MONUSCO, accompagnent la PNC dans le renforcement des capacités communicationnelles de ses agents. Des formations ont été organisées sur la communication externe, la communication assertive, la communication épicène ainsi que sur les techniques modernes d’information institutionnelle.
La communication externe apparaît particulièrement importante dans la construction d’une police de proximité. Elle permet d’établir une relation de confiance avec les citoyens, d’encourager les dénonciations des abus et de promouvoir une culture de collaboration sécuritaire. Ainsi, les stratégies communicationnelles contribuent progressivement à transformer la représentation sociale de la police congolaise.
Cependant, plusieurs limites freinent encore l’efficacité de ces pratiques communicationnelles. Parmi celles-ci figurent : le manque de financement, l’insuffisance des infrastructures numériques ; le manque de formation spécialisée ; la centralisation excessive de l’information ; les difficultés d’accès aux médias publics ; ainsi que la persistance d’une culture administrative autoritaire héritée de l’ancien système sécuritaire.
Ces difficultés montrent que la réforme de la communication policière doit s’accompagner d’une transformation globale de la gouvernance institutionnelle et des pratiques professionnelles.
D’un point de vue théorique, les pratiques communicationnelles au sein de la PNC peuvent être analysées à partir des théories de la communication organisationnelle et de la communication publique. Pour Annie Bartoli (1995), la communication institutionnelle constitue un outil stratégique de management et de cohésion organisationnelle. Bernard Miège (1996) souligne quant à lui que la communication moderne participe à la construction de la légitimité sociale des institutions publiques. Dans cette perspective, la PNC ne peut renforcer son autorité républicaine sans développer une communication transparente, participative et crédible.
Au sein de la PNC, les pratiques communicationnelles se manifestent à trois niveaux :
5.1. Communication hiérarchique
Elle est principalement descendante et repose sur la transmission des ordres. Cette forme garantit la discipline, mais limite parfois la rétroaction des agents de terrain. Ceci est remarquable dans les émissions télévisées qui passent à la RTNC1 entre 13h00 et 13h30.
La communication hiérarchique désigne l’ensemble des échanges d’informations qui circulent au sein d’une organisation selon les niveaux de pouvoir et de responsabilité. Elle est structurée par la hiérarchie (du supérieur vers le subordonné, du subordonné vers le supérieur, ou entre collègues de même niveau). Les parades et causeries morales en sont des exemples majeurs où l’information part du supérieur vers l’ensemble de troupes sans laisser place au feedback ou réaction des agents de la PNC.
La communication hiérarchique constitue un pilier fondamental du fonctionnement organisationnel. Lorsqu’elle est bien structurée et participative, elle devient un levier puissant de transformation des comportements professionnels et d’amélioration des performances institutionnelles.
5.2. Communication interne informelle
Les échanges entre collègues jouent un rôle important dans la construction des normes de comportement, parfois plus influent que les instructions officielles.
La communication interne informelle est un élément incontournable de toute organisation. Bien qu’elle échappe au contrôle hiérarchique, elle constitue un indicateur précieux du climat social et un levier potentiel de cohésion, à condition d’être comprise et intelligemment intégrée dans la stratégie globale de communication.
Par cette communication interne informelle, certains messages sont dénaturés et transmis de façon erronée. Prenons l’exemple de la sanction réservée à policier accusé d’une faute disciplinaire que la loi limite à une arrestation pendant 15 jours maximum. Nos entretiens ont révélé, que la pratique courante dans plusieurs commissariats et sous commissariats est une arrestation jusqu’à 21 jours. Cette mauvaise pratique a été véhiculé à travers une communication interne informelle.
5.3. Communication externe avec la population
Elle concerne les interactions quotidiennes lors des interventions policières. Elle constitue le principal espace de production de la légitimité policière.
La communication externe avec la population désigne l’ensemble des actions par lesquelles une organisation (institution publique, police, ONG, entreprise) informe, dialogue et interagit avec les citoyens. Elle vise à établir une relation de confiance, de transparence et de coopération entre l’institution et la société. Elle ne se limite pas à transmettre des informations : elle implique aussi l’écoute des besoins et des préoccupations de la population. Dans un État comme la République démocratique du Congo, elle joue un rôle crucial dans la gouvernance publique, notamment dans les secteurs sensibles comme la sécurité, la santé ou l’environnement.
La communication externe avec la population constitue un levier stratégique de transformation sociale et institutionnelle. Dans un contexte comme celui de la RDC, elle est indispensable pour restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions, en particulier dans le domaine sécuritaire. C’est ainsi qu’a été mis en place le bureau de la réforme de la PNC pour redorer l’image de la PNC et fluidifier la relation entre la police et la population congolaise.
5.4 Communication et changement de comportement
Le changement de comportement des agents de la PNC dépend fortement de la qualité des pratiques communicationnelles.
Dans un contexte marqué par des crises de gouvernance, de légitimité institutionnelle et de cohésion sociale, la question du changement de comportement apparaît comme un enjeu central en République Démocratique du Congo.
La communication, en tant que processus d’interaction sociale, joue un rôle déterminant dans la transformation des attitudes et des pratiques. À Kinshasa, les défis liés à l’insalubrité, à la violence urbaine ou encore aux relations entre la population et les institutions publiques révèlent la nécessité d’une communication efficace et adaptée. Dès lors, une question se pose :
Dans quelle mesure les pratiques communicationnelles peuvent-elles favoriser le changement de comportement dans la société congolaise ?
Malgré la multiplication des campagnes de sensibilisation et des politiques publiques, les comportements sociaux évoluent lentement en RDC. Ce constat met en évidence un déficit dans les stratégies communicationnelles utilisées. Ainsi, la problématique centrale de cette étude est la suivante : Pourquoi la communication échoue-t-elle parfois à produire un changement de comportement durable dans le contexte congolais ?
La communication constitue un levier stratégique de changement de comportement en RDC. Toutefois, son efficacité dépend de sa capacité à intégrer les réalités socioculturelles, à impliquer les acteurs concernés et à instaurer un climat de confiance.
Une communication bien conçue peut ainsi contribuer à une transformation durable des comportements et au renforcement de la cohésion sociale.
A. Internalisation des normes professionnelles
Une communication claire et cohérente favorise l’appropriation des règles déontologiques et réduit les comportements arbitraires.
B. Réduction des tensions internes
Une bonne circulation de l’information améliore la coordination et limite les conflits organisationnels.
L’internalisation des normes professionnelles est un processus fondamental pour toute organisation. Elle permet de passer d’une logique de contrainte à une logique de responsabilité et d’éthique. Dans le contexte congolais, elle constitue un enjeu stratégique majeur pour la réforme des institutions et le changement durable des comportements.
C. Amélioration des relations police-population
L’amélioration des relations entre la police et la population constitue aujourd’hui l’un des défis majeurs de la gouvernance sécuritaire en République démocratique du Congo. Cette problématique s’inscrit dans le cadre des réformes institutionnelles visant à instaurer une police républicaine, professionnelle, proche des citoyens, respectueuse des droits humains et répondant au standard international. En effet, pendant plusieurs décennies, les rapports entre la police et les citoyens ont souvent été marqués par la méfiance, les violences, les tracasseries administratives, la corruption et le déficit de communication. Ces réalités ont progressivement fragilisé la confiance populaire envers l’institution policière.
Face à cette situation, la doctrine de la « police de proximité » apparaît comme une stratégie essentielle pour reconstruire la confiance entre la police et la population. Cette approche sécuritaire repose sur le partenariat, la participation citoyenne, la prévention de l’insécurité et la communication permanente entre les forces de l’ordre et les communautés locales.
Selon Goyon Maombi Milemba (2021), la police de proximité met au centre de son action les besoins sécuritaires exprimés par la population, contrairement au modèle traditionnel fondé essentiellement sur la répression. [4]
L’amélioration des relations police-population passe d’abord par le renforcement de la communication institutionnelle et communautaire. Une police qui dialogue avec les citoyens, écoute leurs préoccupations et explique ses actions développe progressivement une image de proximité et de légitimité sociale.
Dans cette perspective, les forums communautaires, les conseils locaux de sécurité, les campagnes de sensibilisation et les rencontres entre policiers et habitants deviennent des mécanismes importants de médiation sociale et de prévention des conflits.
La communication joue également un rôle central dans la lutte contre les stéréotypes négatifs qui entourent la police congolaise. Glody Kabulu Muyoyi (2022) souligne que les bavures policières largement diffusées dans les médias ont contribué à détériorer l’image de la PNC auprès des citoyens kinois[5]. Ainsi, la réforme de l’image institutionnelle de la police exige une communication transparente, professionnelle et responsable.
Par ailleurs, la professionnalisation des agents constitue une condition indispensable pour améliorer durablement les relations avec la population. Une police bien formée au respect des droits humains, à l’éthique professionnelle et aux techniques modernes de gestion des conflits inspire davantage confiance aux citoyens.
La qualité des comportements individuels des policiers influence directement la perception populaire de l’institution policière. Felly Lukunga Ngomba (2018) affirme que le comportement du policier demeure l’un des principaux obstacles à la réussite de la police de proximité à Kinshasa.[6]
L’amélioration des conditions socio-professionnelles des policiers représente également un facteur déterminant. Les faibles rémunérations, le manque d’équipements, les difficultés sociales et les mauvaises conditions de travail favorisent parfois les pratiques de corruption et les abus d’autorité. Dès lors, la restauration de la confiance entre police et population suppose aussi une réforme structurelle de l’institution policière.
En outre, la participation de la société civile dans les mécanismes locaux de sécurité contribue à renforcer la collaboration entre les citoyens et la police. Les organisations communautaires, les leaders locaux, les associations des jeunes et les structures de défense des droits humains jouent un rôle important dans la médiation sociale, la prévention de la violence et l’évaluation des actions policières.
L’expérience de la police de proximité menée dans certaines villes congolaises, notamment à Kinshasa, Bukavu, Bunia et Mbujimayi, montre que le dialogue régulier entre policiers et habitants favorise progressivement la diminution du sentiment d’insécurité et l’amélioration de la coopération communautaire.
Les recherches de Dominique Wisler (2021) démontrent que la participation citoyenne dans les stratégies locales de sécurité contribue positivement à la prévention de la criminalité et à la consolidation de la confiance publique. [7] Ainsi, l’amélioration des relations police-population en RDC ne dépend pas uniquement des réformes juridiques, mais aussi de la capacité de la police à développer une culture de proximité, d’écoute, de responsabilité et de respect de la dignité humaine.
La construction d’une sécurité durable exige donc une collaboration permanente entre l’État, la police et les citoyens. Des pratiques communicationnelles fondées sur l’écoute et le respect renforcent la confiance des citoyens et modifient positivement les attitudes des agents.
6. Limites et défis
Malgré son importance, la communication ne peut à elle seule transformer les comportements policiers. Plusieurs obstacles persistent : conditions socio-économiques difficiles des agents ; faible institutionnalisation de la formation continue ; incohérence entre discours officiel et pratiques réelles ; persistance de cultures organisationnelles informelles. Ces facteurs limitent l’impact des stratégies communicationnelles.
En dépit des efforts engagés dans le cadre de la réforme de la PNC, plusieurs limites et défis continuent de freiner l’amélioration durable des relations entre la police et la population. Ces obstacles sont d’ordre institutionnel, économique, organisationnel, socioculturel et communicationnel. Ils affectent non seulement l’efficacité de l’action policière, mais également la confiance des citoyens envers les forces de l’ordre.
L’un des principaux défis demeure le déficit de confiance entre la police et les citoyens. Dans plusieurs provinces de la RDC, la population associe encore la police à des pratiques de corruption, d’extorsion, de violences physiques et d’abus d’autorité.
Cette méfiance est alimentée par certaines expériences quotidiennes vécues par les citoyens, notamment lors des contrôles policiers, des arrestations arbitraires ou des tracasseries administratives.
Selon Felly Lukunga Ngomba (2018), les comportements déviants de certains agents compromettent fortement la réussite de la police de proximité à Kinshasa.[8]
Par ailleurs, l’insuffisance des moyens matériels et financiers constitue un obstacle majeur au fonctionnement efficace de la PNC. Le manque d’équipements modernes, l’insuffisance des infrastructures, la faiblesse des moyens logistiques et les conditions précaires de travail limitent considérablement les capacités opérationnelles des policiers. Cette situation pousse parfois certains agents à développer des pratiques informelles de survie économique, notamment la corruption et les perceptions illicites.[9]
Le problème de la faible formation professionnelle représente également un défi important. Il faut noter que les policiers congolais sont issus d’un brassage des ex gendarmes, ex Kadogo, ex militaires, … et n’ont pas reçu une formation de base lors de leur recrutement. Dans plusieurs cas, les policiers ne bénéficient pas d’une formation continue suffisante en matière de droits humains, de gestion des conflits, de communication communautaire et d’éthique professionnelle. Or, l’absence de compétences relationnelles adéquates nuit à la qualité des interactions entre la police et les citoyens.
Dominique Wisler ( 2021) souligne que la professionnalisation des agents constitue une condition essentielle pour renforcer l’efficacité de la police de proximité en RDC.[10]
À cela s’ajoute la persistance d’une culture institutionnelle autoritaire héritée des anciens systèmes sécuritaires. Pendant longtemps, les forces de l’ordre en RDC ont été perçues comme des instruments de coercition politique plutôt que comme des services publics au service des citoyens. Cette culture administrative hiérarchique et répressive continue parfois d’influencer les comportements policiers actuels (Thierry Nlandu Mayamba 2012).[11]
Les difficultés liées à la communication institutionnelle constituent également une limite importante. La circulation insuffisante de l’information, le manque de transparence dans les opérations policières et l’absence de mécanismes efficaces de dialogue avec les communautés entretiennent souvent les malentendus et les tensions sociales. Glody Kabulu Muyoyi (2022) estime que l’image de la police congolaise reste fortement affectée par la médiatisation des bavures policières et par la faiblesse des stratégies de communication publique.[12]
Un autre défi majeur concerne l’implication insuffisante de la population dans les politiques locales de sécurité. Dans plusieurs quartiers, les mécanismes participatifs tels que les conseils locaux de sécurité ou les forums communautaires demeurent peu opérationnels. Pourtant, la sécurité participative constitue un élément essentiel de la police de proximité.[13]
En outre, l’instabilité politique et les conflits armés dans certaines régions de la RDC compliquent davantage la mission de la police. Dans les zones affectées par l’insécurité, les priorités sécuritaires sont souvent centrées sur le maintien de l’ordre et la lutte contre les groupes armés, au détriment du développement des relations communautaires.[14]
Enfin, la faiblesse du système judiciaire et l’impunité de certains agents impliqués dans des violations des droits humains contribuent à fragiliser la crédibilité de la police. Lorsque les abus policiers ne sont pas sanctionnés de manière transparente, la population développe un sentiment d’injustice et de méfiance vis-à-vis des institutions sécuritaires.[15]
Ainsi, les limites et défis des relations police-population en RDC montrent que l’amélioration de la sécurité publique ne dépend pas uniquement des réformes légales ou organisationnelles. Elle exige également une transformation profonde des pratiques professionnelles, de la gouvernance institutionnelle, de la communication publique et des conditions socio-économiques des policiers.
7. Discussion
L’analyse montre que la communication organisationnelle dans la PNC est à la fois un outil de régulation et un espace de production des comportements. Toutefois, pour produire un changement durable, elle doit être intégrée dans une réforme globale de l’institution incluant la formation, la discipline et l’amélioration des conditions de travail.
Une police de proximité efficace repose sur une communication bidirectionnelle, participative et éthique.
Pour être efficace, cette communication ne doit pas se limiter à l’écrit mais favoriser des supports imagés. Ces derniers doivent contribuer à sensibiliser les policiers à adopter des bons comportements mais aussi les faire parler. Quitter une communication hiérarchique descendante et encourager la communication bidirectionnelle (du supérieur hiérarchique aux officiers de rang et vice-versa).
Conclusion générale
L’analyse des pratiques communicationnelles au sein de la met en évidence le rôle fondamental de la communication dans la transformation des comportements institutionnels et dans l’amélioration des relations entre la police et la population.
Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, les crises de confiance et les exigences de réforme institutionnelle, la communication apparaît comme un outil stratégique de gouvernance, de médiation sociale et de légitimation de l’action policière.
Cette étude a montré que les pratiques communicationnelles ne se limitent pas à la simple transmission de l’information. Elles participent à la construction d’une culture professionnelle fondée sur le dialogue, la transparence, la responsabilité et la proximité avec les citoyens.
À travers la communication interne, la PNC peut renforcer la cohésion organisationnelle, améliorer la circulation des informations et promouvoir les valeurs éthiques au sein de ses structures.
Quant à la communication externe, elle contribue à restaurer progressivement l’image de la police, à développer la confiance publique et à favoriser la participation citoyenne dans les politiques locales de sécurité.
L’étude a également souligné l’importance de la police de proximité comme modèle moderne de gestion sécuritaire centré sur la collaboration entre la police et les communautés locales. Les forums communautaires, les campagnes de sensibilisation, les conseils locaux de sécurité et les dispositifs participatifs constituent des mécanismes essentiels pour prévenir les conflits, lutter contre l’insécurité et renforcer la coopération entre policiers et citoyens.
Cependant, malgré les avancées observées dans le cadre des réformes sécuritaires en RDC, plusieurs limites demeurent préoccupantes. Le déficit de confiance entre la population et la police, la corruption, les insuffisances matérielles et financières, la faible professionnalisation des agents, la persistance d’une culture autoritaire ainsi que les difficultés de communication institutionnelle continuent de fragiliser les relations police-population.
Ces obstacles montrent que la réforme de la PNC ne peut réussir sans une volonté politique forte, un investissement durable dans la formation professionnelle et une amélioration des conditions de travail des policiers.
Par ailleurs, la réussite d’une communication policière efficace dépend également de l’implication des acteurs sociaux, notamment la société civile, les médias, les organisations communautaires et les partenaires internationaux. La sécurité publique ne peut être durable que lorsqu’elle repose sur une dynamique participative où la population devient un partenaire actif de la gouvernance sécuritaire.
En définitive, les pratiques communicationnelles constituent un levier essentiel pour promouvoir une police républicaine, professionnelle, proche des citoyens en République démocratique du Congo et répondant au standard international. Elles offrent la possibilité de transformer progressivement les mentalités, de renforcer la légitimité institutionnelle de la police et de construire une culture de sécurité fondée sur le respect des droits humains, la confiance mutuelle et la responsabilité collective.
Les pratiques communicationnelles jouent un rôle central dans la transformation des comportements au sein de la Police Nationale Congolaise. Elles influencent la motivation des agents, la gestion des conflits et la relation avec la population. Cependant, leur efficacité dépend de leur articulation avec des réformes structurelles profondes.
Ainsi, une amélioration durable du comportement policier en RDC passe nécessairement par une reconfiguration de la communication organisationnelle, orientée vers la transparence, la participation et la responsabilité.
Bibliographie indicative
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Kabulu Muyoyi, Glody. 2022. « Enjeux de la communication de l’image de la Police Nationale Congolaise et le public kinois (RDC) ». Ziglôbitha, no spécial 5.
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Miège, Bernard. 1996. La société conquise par la communication. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble.
Virginie de la Renaudie et Magali Ronsmans, Communication et développement durable, Pour des pratiques responsables, edipro.
ACP. 2024. « Police nationale : 20 inspecteurs outillés sur les stratégies de communication externe ».
ACP, 2025. « Réforme de la police : le renforcement de la communication institutionnelle envisagé ».
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PNUD RDC — Programmes d’appui à la réforme et à la professionnalisation de la police congolaise.
Recueil des lois et décrets relatifs à la Réforme de la Police Nationale Congolaise, Op. Cit.P.11.
Décret 13/017 du 6 Juin 2013 portant organisation et fonctionnement du commissariat général de la PNC
[1] Recueil des lois et décrets relatifs à la Réforme de la Police Nationale Congolaise, Op. Cit.P.11.
[2] Décret 13/017 du 6 Juin 2013 portant organisation et fonctionnement du commissariat général de la PNC.
[3] Glody Kabulu Muyoyi, « Enjeux de la communication de l’image de la Police Nationale Congolaise et le public kinois (RDC) », Ziglôbitha, no spécial 5, 2022.
[4] Goyon Maombi Milemba, « Le changement du paradigme sécuritaire à l’aune de la police de proximité en République Démocratique du Congo », Revue des Sciences Juridiques, vol. 1, no 1, 2021.
[5] Glody Kabulu Muyoyi, « Enjeux de la communication de l’image de la Police Nationale Congolaise et le public kinois », Ziglôbitha, 2022
[6] Felly Lukunga Ngomba, « Dialectique des relations police-population : analyse sur la nouvelle police dite de proximité dans la ville de Kinshasa », Revue Intelligence Stratégique, 2018.
[7] Dominique Wisler, Silva Monti-Ohannessian et Rafael Avila Coya, « Impacts of community policing on security: evidence from Mbujimayi in the Democratic Republic of Congo », Police Practice and Research, vol. 22, no 1, 2021.
[8] Felly Lukunga Ngomba, « Dialectique des relations police-population : analyse sur la nouvelle police dite de proximité dans la ville de Kinshasa », Revue Intelligence Stratégique, 2018
[9] ISS Africa, « Réformer la police en RDC : un défi de taille », 2020
[10] Dominique Wisler, Silva Monti-Ohannessian et Rafael Avila Coya, « Impacts of community policing on security: evidence from Mbujimayi in the Democratic Republic of Congo », Police Practice and Research, vol. 22, no 1, 2021
[11] Thierry Nlandu Mayamba, « Mapping Police Services in the Democratic Republic of Congo », IDS Bulletin, vol. 43, no 4, 2012
[12] Glody Kabulu Muyoyi, « Enjeux de la communication de l’image de la Police Nationale Congolaise et le public kinois », Ziglôbitha, 2022.
[13] RRSSJ, « Communication sur le rôle de la Société Civile dans les Conseils Locaux de Sécurité », 2012.
[14] Nations Unies, Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO).
[15] Amnesty International, « Rapport sur la situation des droits humains en RDC », 2024.

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