ALTERNANCE DU POUVOIR : GAGE D’UNE STABILITE DEMOCRATIQUE EN RDC.
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Delly TSHIOMA KATATA
Chefs des Travaux à l’Université Libre de Kinshasa et à l’Université de Kinshasa
Papy Bernard NSEKA LILOLO MATA NSEKA
Chefs des Travaux à l’Université Libre de Kinshasa et à l’Université de Kinshasa

Résumé :
L'alternance politique est une garantie pour assurer la stabilité démocratique d'un pays et favoriser son développement dynamique. Pour une démocratie en développement telle que la République Démocratique du Congo, l'instauration d'une alternance politique à chaque cycle électoral d'un ou deux mandats constitutionnels permettra aux Congolais de renouveler leur leadership en punissant ceux qui n'ont pas bien gouverné le pays et en portant au pouvoir ceux dont les idées innovantes semblent mener le pays sur la voie du développement. Plus le pays expérimentera régulièrement ce cycle, plus il aurait des chances de le voir se stabiliser et éventuellement s'épanouir.
Political alternation is a guarantee to ensure the democratic stability of a country and to promote its dynamic development. For a developing democracy such as the Democratic Republic of Congo, the establishment of political alternation at each electoral cycle of one or two constitutional terms will allow the Congolese to renew their leadership by punishing those who have governed the country poorly and by bringing to power those whose innovative ideas seem to lead the country toward development. The more the country regularly experiences this cycle, the greater the chances of seeing it stabilize and eventually flourish.
INTRODUCTION
La République Démocratique du Congo traverse depuis près de quatre décennies, une crise sécuritaire dont les conséquences humanitaires approchent celles de deux grandes guerres mondiales, plus de six millions des morts et près de cinq cent mille femmes violées chaque année. Jamais une guerre du temps moderne n’a causé un tel drame sans susciter l’émotion de la planète. Malheureusement, l’omerta en est le principe de ce que vit la RDC.
A l’origine de la crise sécuritaire se trouve à notre avis, une cause endogène, à savoir l’instabilité institutionnelle des années 90 qui fut alimentée par les disputes politiciennes autour de la gestion du pouvoir et du besoin de refondation de l’Etat qui semblait être en faillite[1]. La persistance des mésententes politiciens se solda par le recours d’un groupe aux armes pour renverser le pouvoir de Mobutu.
Depuis lors, de cycles de violences caractérisent la partie Est de la République Démocratique du Congo impliquant les ambitions de certains Etats voisins de s’approprier des vastes territoires de ce grand pays, le rendant faible et fragile dans le rôle qu’il devrait assumer dans le développement de la région africaine. A chaque cycle, les appels au dialogue et à la réconciliation nationale fusent de partout et ceux-ci finissent par se tenir. Au bout de compte, des cartes des responsabilités se distribuent, les élections se tiennent et les contestations qui s’en suivent rabattent à nouveau des cartes pendant que le pays persiste dans l’insécurité freinant son élan de développement et accentuant les menaces de son implosion.
Dans le contexte qui est le nôtre, l’Etat congolais aujourd’hui peine à exercer son autorité et/ou sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national, des groupes armés soutenus par des Etats voisins fragilisent sa concorde et de nouveau, les appels au dialogue fusent de partout alors qu’il y a un ordre constitutionnel établit avec un régime pour sa gestion.
Quelle est à l’heure actuelle, la pertinence d’organiser un dialogue entre les acteurs politiques pendant que le pays traverse une guerre d’agression qui devrait en principe conduire les acteurs politiques à s’aligner derrière le Président de la République dans un bloc national afin de faire face à l’agression ?
Pourquoi vouloir un dialogue alors que l’actuel Président de la République est à son dernier mandat et n’affiche aucune ambition de se pérenniser au pouvoir même si ces intentions lui sont prêtées par les opposants à son régime.
Nous soutenons particulièrement que l’alternance démocratique du pouvoir reste la voie par excellence de renouveler la classe dirigeante du pays. Et plus on en connaît, plus le pays connaitra des dirigeants qui s’améliorent à chaque cycle électoral et prendra enfin, le chemin de son émergence dans le concert des nations ; car la République Démocratique du Congo à la vocation d’être un Etat au cœur du développement de l’Afrique.
Si un débat doit exister, il doit être axer sur le comment promouvoir l’alternance démocratique du pouvoir en sorte qu’elle devienne le seul mode d’accession à la magistrature suprême. Ainsi, nous pensons contribuer à cette grande réflexion en l’abordant autour des questions ci – après :
Ø Comment consolider le régime démocratique opté par la RDC comme mode de sa gouvernance ?
Ø Dans le contexte post – conflits, est – ce l’alternance ne serait – elle pas la voie idéale d’assoir la démocratie dans ce pays à la taille d’un continent ?
Il est aujourd’hui connu de tous que si la démocratie est de nos jours le meilleur régime de gouvernance d’un Etat, son instauration dans un pays sortant d’un régime totalitaire et dictatorial s’avère difficile mais pas un luxe comme certains l’on prétendu, car c’est un processus qui va de la transformation des mentalités jusqu’au changement des valeurs susceptibles de constituer des obstacles à l’instauration de celle – ci (démocratie) dans un pays où a régné la dictature.
Pour être claire et compréhensible dans notre réflexion, la nécessité s’impose de structurer celle – ci en des points suivants :
Ø Brèves notions de la démocratie ;
Ø Comprendre la notion de l’alternance en politique et en démocratie ;
Ø Le contexte de la République Démocratique du Congo.
I. BREVES NOTIONS DE LA DEMOCRATIE
La démocratie est un terme politique de l’antiquité, apparu à Athènes, qui signifie le gouvernement par le démos, le peuple. En langage courant, ce terme se réfère au gouvernement populaire ou à la souveraineté populaire, au gouvernement représentatif ou au gouvernement à participation directe, et même (mais incorrectement) au gouvernement républicain ou constitutionnel.[2]
La classification classique des régimes distinguait autre – fois le gouvernement d’un seul (la monarchie), de quelques-uns (aristocratie) et de beaucoup (démocratie). On considérait parfois la démocratie comme une forme corrompue, dans la classification qui présentait la tyrannie comme la forme corrompue de la monarchie, l’oligarchie comme la forme corrompue de l’aristocratie, et l’anarchie comme la forme corrompue du gouvernement par le peuple.[3]
La démocratie, dans son incarnation plus récente, postérieure au XVIIIème siècle, est devenue un critère essentiel d’appréciation des régimes politiques plutôt qu’une forme de régime en tant que tel.
Elle est alors entendue comme un système de gouvernement dans lequel le peuple est censé être l’instance souveraine de prise des décisions, d’orientation et de contrôle de l’ensemble de la société.[4] Autrement dit, et ainsi que le disait l’ancien Président américain Abraham LINCOLN, la démocratie est « le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ».[5]
Deux variantes de la démocratie ont existé concomitamment dans l’histoire, notamment la démocratie libérale (celle qui met l’accent sur le concept de liberté, avant tout celle de l’individu et dans ses choix d’association, de partis, d’opinions et d’expression) et la démocratie socialiste ou populaire dont les valeurs fondamentales sont l’égalité et la justice. Mais avec l’effondrement du bloc communiste qui promouvait la démocratie socialiste, la démocratie libérale est devenue synonyme de « démocratie » prouvant ainsi l’universalisme démocratique voulus par les Etats-Unis d’Amérique.
Cette démocratie se fonde sur les piliers ou institutions suivantes :
1. Le suffrage ou les élections : l’organisation des élections est le premier élément sur lequel se fonde la démocratie. C’est donc le droit reconnu aux citoyens de participer à la prise de décision et à la gestion de la cité, soit en étant consultés sur des textes (constitutions, loi, etc.), soit en élisant les gouvernants. Par le suffrage, le pouvoir devient un jeu de compétition et non de force. Car par le passait, il faisait l’objet de force et guerres.
2. Le pluralisme : il est à la fois politique et économique, voire même sociale. En bref, il exprime les manifestations de l’idée pluraliste : sur le plan politique il se résume par l’existence de plusieurs parties politiques qui se livrent à la compétition du pouvoir afin de le conquérir et l’exercer. Il faut noter par ailleurs que ce jeu engendre une majorité politique d’une part, portée ou pouvoir par les élections et une minorité politique organisée en opposition reconnue d’autre part. Sur le plan économique, le libéralisme stipule l’idée de la libre entreprise et de manière la plus avancée le non interventionnisme de l’Etat dans les affaires économiques, le marché se régulant lui-même.
3. La séparation des pouvoirs : un pouvoir n’est équilibré que par un autre pouvoir. Ce principe a été pensé par les penseurs (Montesquieu et John Locke) dans l’objectif d’éviter qu’un pouvoir concentré se livre à écraser les libertés et droits des citoyens. Chaque pouvoir étant limité, trouve dans chaque autre un contrepoids.
II. COMPRENDRE LA NOTION D’ALTERNANCE EN POLITIQUE ET EN DEMOCRATIE
Etymologiquement le mot alternance vient du latin alternus, alternatif, l’un après l’autre, successif, lui-même venant d’alter, l’autre. Ceci veut dire que l’alternance est l’action d’alterner, de se succéder dans le temps de manière régulière.[6]
En politique, ce mot a été transposé ou tiré du domaine agricole et des systèmes de formation fondé sur un apprentissage qui alterne la formation professionnelle en entreprise et dans un centre de formation. Il correspond donc en politique à la situation d’un régime politique où des courants, des tendances ou des partis politiques différents se succèdent au pouvoir. C’est le cas lorsque la majorité politique est renversée par l’opposition, dans le respect des règles constitutionnelles, lors d’une élection législative ou présidentielle, par exemple.[7]
L’alternance peut aussi être comprise comme une succession régulière au pouvoir de partis ou des coalitions de partis dans le cadre des institutions existantes. La possibilité d’en avoir est l’une des conditions nécessaires à la démocratie. Elle témoigne en effet de l’existence de libertés politiques et d’un régime pluraliste où le parti au pouvoir accepte de se retirer en cas de défaite électorale. Elle a donc pour conséquence de renforcer la légitimité de la constitution et l’adhésion des citoyens au régime politique.
Il faut noter que l’alternance politique se caractérise par une manifestation globalement acceptée de l’expression du souverain à travers les diverses doctrines relevant de la souveraineté ainsi que la possibilité offerte d’un choix avant tout politique qui en fait une réalité perceptible par le citoyen et consubstantielle à la démocratie.
Dans l’évolution historique de l’idée de l’alternance politique, cette dernière est pour le citoyen une réalité en ce sens qu’il lui revient à lui, le souverain, de déterminer une orientation politique, de formuler à travers l’expression d’un vote, un choix politique fort et original le temps d’une législature.[8]
Cela signifie que, pour être à l’origine, il doit prendre part et prendre parti. Certes, ce choix se faisait, à l’origine, en fonction de critères bien différents que ceux d’aujourd’hui. Partisan de la monarchie constitutionnelle ou de la République hier, il a, par la suite, dû se prononcer en faveur d’orientation politiques conservatrices ou progressives, au–delà de la question du régime au dix – neuvième siècle (monarchie, empire ou république).[9]
L’alternance politique, outre sa nature quasi – réflexive, s’avère une nécessité absolue pour le citoyen dans un monde qui se globalise et dans lequel les idéologies ont sombré, réduisant d’autant la portée de celle–ci ou plutôt ses manifestations visibles.[10]
III. LE CONTEXTE DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
La République Démocratique du Congo souffre de l’instabilité politique depuis son accession à l’indépendance, d’aucuns estiment que c’est suite à l’immaturité politique de ses opérateurs politiques, qui furent non seulement jeunes, mais aussi non préparés pour assumer les responsabilités de gestion de la chose publique après le départ des Colons. D’autres par contre, pensent que c’est la mainmise de l’extérieur notamment des grandes puissances occidentales, dont la convoitise des richesses est de mise et l’ingérence chaque fois décriée par les congolais, qui sont à la base de cette réalité.
En effet, dans le processus de création et d’instauration de l’Etat congolais, les premiers acteurs politiques se heurtèrent à mille et une difficultés, dont les plus déterminantes furent :
Ø Le manque de compréhension du contexte internationale de l’époque et des enjeux, voire défis qui attendaient le nouvel Etat ;
Ø La difficulté de se mettre d’accord ou de produire une homogénéité autour du projet de construction de l’Etat nouvellement mis en place avec le départ des colonisateurs ;
Ø La difficulté de s’organiser seul, car les colons étaient partis dans les discours et non dans les actes, ce qui veut dire que rien ne pouvait être fait sans leur aval et approbation, et sans qu’ils marquent de leurs empruntes toute nouvelle initiative ;
Ø La difficulté financière qui résulte du blocage de la part des colons des capitaux frais des entreprises publiques créées pendant la période coloniale ; les congolais accèdent ainsi aux affaires sans ressources financières, ce qui les plongent dans les crises multiformes, même alimentaire.
Les difficultés ci–évoquées, ne permirent pas au jeune Etat de s’organiser et de s’affirmer dans le concert africain, plus loin, il va même perdre son rang sur l’échiquier mondial, car avant le départ des colonisations, le Congo était classé huitième au rang mondial au même diapason que le Canada et la Corée du Sud.
La Cacophonie politique des années 60 – 65 va conduire à l’avènement de la dictature favorisée par la conjoncture internationale de guerre froide. L’Etat se trouve confisqué et le pouvoir concentré aux mains d’un seul individu qui en fera son affaire au point de reproduire en acte ce que Louis XIV déclara en parole en ces termes : l’Etat c’est moi.[11]
La fin de la guerre froide ouvre une ère nouvelle, celle de l’universalisme démocratique et libéral, le régime dictatorial et totalitaire en place depuis 1965 se vit dans l’obligation de s’ouvrir pour répondre favorablement à ce vent dit de la pérestroïka en instaurant la démocratie ou en se convertissant en un régime démocratique.
La période de transition fut alors non seulement très longue, mais catastrophique pour le peuple congolais. Le désordre politique des politiciens, caractérisé par la prostitution politique, le clientélisme, le tribalisme et le coup bas fera émerger deux classes politiques, l’une dite de la mouvance présidentielle animée par le conservatisme du pouvoir avec tous les méandres que cela pouvait produire, l’autre dite de l’opposition radicale incapable de renverser le régime. De ces classes, la politique était devenue un jeu de théâtre dont l’issue n’était pas possible à connaitre. Ce qui occasionnera le renversement du régime de MOBUTU par un coup de force militaire.
L’arrivée au pouvoir de celle–ci avec Laurent Désiré KABILA à la tête, inaugura une ère nouvelle, censée donner espoir aux congolais fatigués par la dictature. Mais l’espoir s’envolera à la suite des contradictions observées au sein de la plateforme politique dénommée AFDL, (Alliance des forces démocratie pour la libération) assiette politique du nouveau pouvoir.
Le Congo entre donc dans le cycle infernal des conflits, qui le déchire, le déstabilise et le met au rang de zone rouge, grise etc. Les événements successifs qui se déroulent au lendemain de l’assassinat de Laurent Désiré KABILA notamment l’arrivée au pouvoir de Joseph KABILA, la tenue du dialogue inter-congolais en Afrique du sud, la tenue des élections en 2006 font retrouver le Congo son unité, sa stabilité et son chemin de stabilité du cadre macro – économique.
A l’heure actuelle, la RDC semble vouloir à nouveau sombrer sur le plan politique et voire sécuritaire à la suite du divorce politique de l’alliance entre le FFC (Front Commun du Congo) et CACH (Cap pour le Changement) coalition formée à l’issue des élections de 2018 pour gouverner le pays. Aucun plan issu d’une vision commune des filles et fils sans couleur politique n’est réellement adopté et mis en place pour son devenir et son émergence sur la scène internationale. La cacophonie politique qui a toujours brouillée l’avenir du Congo semble de retour, la rivalité de pouvoir entre ceux qui gouvernent et ceux qui se trouvent dans l’opposition s’intensifie, les uns comme les autres ne sont près à privilégier l’intérêt supérieur de la nation. Quel avenir pour le Congo ? Est – il sombre ou présage un lendemain meilleur ? Quel avenir pour la démocratie congolais ? L’alternance politique ne sera-t-elle- pas une nécessité pour sauver cette démocratie ?
Le jeu démocratique normal exige la présence d’un côté, la majorité gouvernante et de l’autre, l’opposition critique et constructive. Le premier a un rôle de gouverner l’Etat selon la vision et le plan de société acceptés et approuvés par la majorité de la population lors des élections, ses actions visant à promouvoir le développement de l’Etat en assurant le bien-être social et la justice distributive. La seconde (l’opposition) a pour rôle de surveiller l’action de la majorité ou pouvoir si elle répond à l’aspiration générale de la population. Elle émet ses critiques autour de dérapages observés dans l’action gouvernementale en y apportant des perspectives.
Réalité non observable en Afrique de manière générale, et en République Démocratique du Congo de manière particulière, car l’esprit qui anime la majorité comme l’opposition est celui pour l’une, la conservation machiavélique du pouvoir, même quand il n’y a plus des initiatives novatrices, on y reste pour le prestige ; et pour l’autre celui d’hôte-toi que je m’y mette même quand il n’y a pas un plan alternatif à proposer pour la gouvernance de l’Etat ou de l’ensemble de la société.
Ceci nous fait constater l’absence d’un esprit et d’un idéal Républicain. Même si la plupart de nos dirigeants se réclament de républicains, nombreux sont ceux qui n’en savent pas les significations.
Monique CANTO-SPERBER note qu’être républicain, c’est vouloir que l’Etat soit dirigé par un ou quelques citoyens, élus ou désignés par les autres citoyens ; c’est exiger que l’Etat fonctionne selon le droit, sans violence ni arbitraire ; c’est décider que le pouvoir émane d’un corps électorale rassemblant tous les citoyens adultes ; c’est souhaiter enfin que les citoyens participent activement à la vie démocratique dans un Etat de liberté, où ils puissent se former librement une opinion, grâce à une presse, des réunions et des associations libres.[12]
On voit que la République ne traduit pas seulement une organisation des institutions. Elle résume aussi des engagements politiques forts. Le régime républicain incarne en effet un ensemble de principes moraux et juridiques qui garantissent le suffrage universel, les droits fondamentaux et l’égalité de tous devant la loi, qui inspirent aussi la lutte contre les privilèges et les situations exorbitantes, sur un territoire et au sein d’une nation. L’idée républicaine porte également en elle des valeurs, comme celle d’impartialité et d’égalité de traitement.[13]
Enfin, le gouvernement républicain est le creuset de l’intérêt générale, le lieu d’une reformulation des intérêts particuliers dans les termes d’un intérêt collectif qui les dépasse, et ne résulte pas d’un simple arbitrage contractuel entre eux.[14] Y a-t-il de républicains au Congo ?
Le jeu démocratique de la majorité et opposition, se solde généralement par l’établissement de l’alternance à la suite soit de l’échec de la majorité à répondre favorablement aux attentes et aspirations de la population, soit par le besoin de celle–ci (souverain primaire) à renouveler les hommes dont elle estime être longtemps restés au pouvoir et à court d’initiatives novatrices.
Pour le cas spécifique de la République Démocratique du Congo, le besoin de l’alternance politique voulue par le peuple en 2018 se situait à notre avis dans ces deux cas. Dans le premier cas, la majorité qui était depuis 2006 au pouvoir présentait de faillite dans la gouvernance du pays. Les missions qu’elle s’était assignées notamment dans le cadre du programme politique dénommé « cinq chantiers » n’avaient pas été réalisées tel qu’en vissage par celle-ci. Les conditions de vie de la population de manière générale sont restées précaires, le pays lui-même toujours classé à la queue des nations en ce qui concerne le développement humain.
Ceci ne veut pas dire que les efforts n’avaient pas été fournis ou que rien n’avait été fait, certes, l’on observe bon nombre de réalisations, mais qui semblaient non significatives selon les attentes de la population. Les conditions se détérioraient presque chaque année dans les domaines de l’éducation, de la santé, d’emploi et de sécurité pendant que l’équipe gouvernante se félicitait dans les chiffres et statistiques qui semblaient à leur avis être améliorés, alors que le constat sociologique était celui d’un échec. La surveillance des élections de 2011 comme celle de 2018 par la population a démontré à suffisance l’expression du besoin d’alternance.
Dans le deuxième cas, il faut signaler que la majorité incarnée par le chef de l’Etat JOSEPH KABILA était arrivée au pouvoir en 2001 même si le contexte diffère du cadre institutionnalisé de 2006, ça faisait déjà dix-huit ans qu’il était à la tête de la République Démocratique du Congo, et donc plus de la moitié de la période que MOBUTU est resté au pouvoir, s’il se maintenait en 2018, il aurait embrassé sans doute le chemin de MOBUTU et ses paires africains dont le seul désir est de s’éterniser au pouvoir.
Du simple constat, ne serait-ce pas de l’usure, du vieillissement de l’homme quoi qu’il soit jeune en âge. Nous avons été étonnés en 2018 par la réaction d’un vieux mécanicien à la question lui posée en ses termes : pensez-vous accorder un autre mandat au président JOSEPH KABILA aux prochaines élections ? Répondant dans une attitude d’exclamation, il dit « qu’est-ce que le président JOSEPH KABILA fera encore qu’il n’a pas pu faire si on lui accordait un troisième mandat ? Non, qu’on laisse le président se reposer du grand travail abattu au cours de ces dix-huit années dont il a consacré sa jeunesse, que ses hommes le laissent même si son départ à la tête de nation congolaise entrainera la perte de leurs privilèges. Le pays tout entier se souviendra de lui du fait de l’avoir pacifié, redressé sur le plan économique avec le retour des investisseurs, des capitaux étrangers, bref de l’amélioration du climat des affaires ».[15]
Même si l’échantillon n’est pas représentatif pour faire la projection de l’ensemble, ce qu’exige la science, mais ces propos révélaient à l’époque une opinion grandissante à l’égard du Président KABILA. Elle était aussi observée dans la participation des citoyens à la vie politique, il se dégageait un grand désintéressement dans le chef de ceux-ci (la population) faisant de la politique une affaire de seuls politiciens qualifiés des assoiffés du pouvoir. Par conséquent, l’action gouvernementale ne se faisait accompagner du soutien populaire.
Qu’est- ce qu’il faut faire pour sauver et pérenniser cette jeune démocratie congolaise ? Nous pensons qu’il faut à l’heure actuelle privilégier les possibilités d’une alternance régulière à chaque cycle de deux mandats de cinq ans. Le respect de mandat doit être de rigueur. Les hommes doivent se succéder au pouvoir aux termes d’un ou de deux mandats. Plus l’alternance au pouvoir aux termes des mandats constitutionnels sera observée, plus il y aurait effort dans l’amélioration de la gouvernance. L’alternance devenant une règle, nous consolideront certainement la démocratie et assisterons progressivement à l’amélioration de la gouvernance, et le pouvoir ne sera plus confisqué par un seul individu ou groupe, et l’Etat congolais retrouvera sa vocation.
Le constat fait de la majorité actuelle, notamment celle issue des élections de 2023 qui semble améliorer la gouvernance malgré les innombrables scandales observés, justifie notre analyse.
Bibliographie
1. J. BREMOND, Dictionnaire de la pensée politique, Hatier, Paris 1989 ;
2. Wikpedia, l’alternance politique : réalité ou nécessité ? www.wikpedia.org ;
3. Franz HAYT, du XVIIème siècle à nos jours, éd. Wesmael – charlier, Namur 1968 ;
4. Monique Canto – SPERBER, Les règles de la liberté, éd. Plon, Paris 2003 ;
5. NGOMA BINDA, La participation politique, 2ème édition, Ifep, Kinshasa, 2005 ;
6. Robert D. Kaplan, The Coming Anarchy: Shattering the Dreams of the Post-Cold War, Edition Random House, New York 2000;
Lire à ce sujet, l’article de Robert D. Kaplan intitulé The Coming Anarchy, publié en 1994 et qui abordait la question de la faillite des Etats en Afrique de l’Ouest.
J. BREMOND, Dictionnaire de la pensée politique, Hatier, Paris 1989, p. 163
J. BREMOND, Op.cit, p. 164
Idem
NGOMA BINDA, La participation politique, 2ème édition, Ifep, Kinshasa, 2005, p. 158
Wikpedia
Idem
Wikpedia, l’alternance politique : réalité ou nécessité ? www.wikpedia.org
Franz HAYT, du XVIIème siècle à nos jours, éd. Wesmael – charlier, Namur, 1968, p. 18
Monique Canto – SPERBER, Les règles de la liberté, éd. Plon, Paris 2003, p. 245
Idem
Monique Canto – SPERBER, Op.cit, p.245
Propos recueillis au cours de nos enquêtes

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